Arrêtons les roses pour la St Valentin !

Les Français s’apprêtent à acheter et s’offrir 1,5 millions de plantes et bouquets de fleurs ce week-end à l’occasion de la Saint-Valentin, un jour extrêmement important pour les fleuristes, un des seuls jours de l’année où les hommes achètent des fleurs en masse. ça pourrait être l’occasion de réfléchir aussi à la planète que nous voulons construire.

Pour une fois, à l’occasion de cet acte pourtant signifiant, réfléchissons un peu au monde que nous voulons construire et prenons conscience : quand on achète un produit, on achète aussi le monde qui va avec !  

Combien de roses vont ainsi partir ce week-end ? Environ 50 millions !

Quand on ne sait pas choisir, on est souvent tenté par les superbes roses que nous proposent à foison les fleuristes ! Surtout, avec la symbolique des couleurs, quoi de mieux que d’offrir un énorme bouquet de roses rouges qui saura mieux que nous traduire nos sentiments amoureux.

Serre horticole à côté de l’aéroport de Kunming (Chine) ; l’ingénieure gagne 100 $ par mois !

Mais au fait, vous en avez vu des roses épanouies au mois de février en France ? Surtout cette année où il fait vraiment bien froid. Offrir des roses le 14 février c’est un peu comme offrir des cerises ou des fraises, elles viennent forcément de très loin, et en plus, comme ce sont des produits périssables elles sont venues carrément en avion ! Au sens strict, elle embaument… le kérosène nos belles roses élevées près des aéroports au Kenya, en Éthiopie, en Afrique du Sud, en Équateur ou même en Chine, dans des conditions sociales que l’on peut imaginer très mauvaises !

Et bien entendu sans lésiner aucunement sur les pesticides, dont beaucoup sont interdits en Europe, car qui peut croire que ces roses aseptisées et gigantesques, à tige unique, qui supportent un transport de milliers de kilomètres, n’ont pas été violentées, trafiquées, boostées, artificialisées un maximum ? Certaines autres sortent de serres hollandaises chauffées et éclairées 24 heures sur 24, à base de charbon bien polluant, ou, au mieux, d’énergie nucléaire ! Sans compter les transports successifs, le plus souvent par camion, depuis la Hollande où de toute façon elles ont toutes transité.

C’est ça la planète que nous voulons ? Une planète où pour offrir un simple bouquet de 15 roses, on émet autant de gaz à effet de serre qu’un trajet de 200 kilomètres en voiture ?

Ne soyons pas rabat-joie, rien n’empêche d’offrir un bouquet de fleurs à sa belle pour montrer que, malgré tout, surtout en cette année particulièrement difficile à cause des confinements successifs, on est encore capable d’amour et d’acte gratuit. Mais des fleurs françaises, il y en a, et le secteur économique de l’horticulture ornemental est très puissant en France ; il représente 160 000 emplois qui ont été très fortement malmenés cette année à cause du confinement. Nous avons donc une excellente occasion de montrer qu’on veut moins polluer la planète et plus de solidarité sociale dans notre pays, ce qui rajouterait beaucoup de sens à notre cadeau amoureux !  

Un des visuels plein d’humour de la pétition : http://joffredesfleurslocales.fr

Les idées plus écologiquement correctes ne manquent pas : camélias, tulipes, amaryllis, iris, crocus, jasmins, mimosas, anémones, freesias, cyclamens, primevères, jonquilles, etc.

Et pourquoi pas, pour que notre plaisir soit complet, utiliser en plus le circuit court et viser des labels comme Plante bleue, qui garantit que les végétaux ont été produits de manière éco-responsable par des horticulteurs ou des pépinières certifiés, Fleur de France qui garantit l’origine française des végétaux, Fairtrade Max Havelaar ou Fair Flowers Fair Plants, pour les fleurs équitables produites dans le respect des normes environnementales et sociales.

Bon St Valentin à tous et à toutes, avec des fleurs qui signifient plein de choses.

A propos BrunoParmentier

Bruno Parmentier : Consultant et conférencier sur les questions d’agriculture, alimentation et faim dans le monde. Administrateur d’ONG et de fondations. J'ai 67 ans et j'ai dirigé de 2002 à 2011 le Groupe ESA (École supérieure d'agriculture d'Angers), numériquement, le plus grand Groupe français d'enseignement supérieur en agriculture, alimentation et développement rural. Ingénieur des mines et économiste, j'avais auparavant consacré l'essentiel de mon activité à la presse et à l'édition. J'ai eu ainsi l'occasion de découvrir à l'âge mûr et depuis un poste d'observation privilégié les enjeux de l'agriculture et de l'alimentation, en France et dans le monde (nous avions 40 nationalités chez les étudiants et 14 chez les profs). Il en est sorti trois livres de synthèse, un sur l'agriculture, sur l'alimentation et sur la faim. Trois livres un peu décalés, qui veulent « sortir le nez du guidon » pour aller aux enjeux essentiels, et volontairement écrits avec des mots simples, non techniques, pour être lisibles par des « honnêtes citoyens ». Ce blog prolonge ces travaux et cette volonté d'échange.
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