Réchauffement climatique et agriculture

Deux nouvelles fâcheuses viennent de tomber d’Amérique ces derniers jours, qui confirment s’il en était besoin les inquiétudes sur le réchauffement climatique :

  • La NASA nous dit que la période 1971-2000 a vraiment été la plus chaude de ces 14 derniers siècles, et que les choses s’aggravent puisque 8 des 9 années les plus chaudes (depuis 1880 où on a des relevés stables) ont eu lieu… depuis 2000
  • L’Université de Californie à San Diego nous apprend que nous venons de franchir en mai dans sa station de Hawaï le seuil symbolique de 400 parties par million (ppm) de dioxyde de carbone (CO2) atmosphérique, le taux le plus élevé depuis… 2,5 millions d’années (voir : http://scrippsco2.ucsd.edu/research/atmospheric_co2.html). De ce fait, l’objectif de limiter à 2°C le réchauffement d’ici à la fin du siècle est déjà presque intenable. Deux graphiques illustrent ci-dessous ces données, la concentration du CO2 depuis 800 000 ans et son évolution depuis 1960 :

Concentration CO2 depuis 800000 ans

Concentration CO2 à Hawai depuis 1960

On peut également visualiser une animation de la NASA très impressionnante sur l’évolution de la température des différentes régions du globe depuis 1880 ici :

Quand je la passe dans mes conférences, les participants en restent… sans voix ! Voilà une minute plus éloquente que de nombreux discours (légende : couleurs bleues : anomalies de -1 ou -2° par rapport à la moyenne ; couleurs jaunes et oranges : anomalies de +1 ou +2°).

La Planète Terre aura le dernier mot : si on la personnalise, elle s’en fiche complètement, elle, du taux d’endettement de la Grèce ou du déficit budgétaire français, elle se réchauffe et ses ressources s’épuisent. A nous de voir si l’on s’occupe sérieusement de relever ce défi avant qu’il ne soir bien tard, et alors même que, dans la seule année 2012, on a compté 32 millions de « déplacés climatiques » dans 82 pays…

Les conséquences sur l’agriculture mondiale seront absolument majeures : des cyclones plus violents, des canicules plus fréquentes, la disparition des deltas fertiles, l’avancée des déserts sur les savanes, plus assez d’eau dans de nombreuses régions, trop d’eau dans d’autres, augmentation du risque sanitaire, baisse des rendements, etc. (liste non limitative !).

En la matière, trois types d’actions doivent être menées simultanément.

D’une part ce secteur économique, comme les autres, doit absolument réduire drastiquement sa production de gaz à effet de serre. Le problème de l’agriculture, et surtout de l’élevage n’est pas tant l’émission de gaz carbonique que celle de méthane (CH4), un gaz 23 fois plus « réchauffant » et qui est produit en masse lors des processus naturels de fermentation (pets et rots des ruminants, ou décomposition de leurs excréments, cultures dans l’eau comme le riz), et celle de protoxyde d’azote (N2O), un gaz 298 fois plus réchauffant et qui est produit par les engrais azotés, et la décomposition des excréments. Ne tournons pas autour du pot : il faut absolument trouver de nouvelles voies pour en produire moins, rapidement.

D’autre part l’agriculture doit mieux remplir son rôle de stockeur de carbone dans le sol et dans les matières organiques. Moins de déforestation, moins de labour, plus de haies, plus d’agroforesterie, plus de compostage, etc.

Voir par exemple :

Et enfin l’agriculture va devoir s’adapter fortement, puisqu’au final le climat va de toute façon se dégrader : les cultures vont migrer, comme la vigne qui va s’implanter en Europe du nord et déserter l’Europe du sud, ou le maïs qui lui aussi ne cesse de remonter vers le nord ; on va devoir changer de culture, par exemple passer du maïs, plante du tropique humide très gourmande en eau, au sorgho, plante du tropique sec beaucoup plus sobre ; d’énormes travaux agro-environnementaux seront nécessaires, en particulier pour mieux stocker l’eau, mieux l’utiliser, et mieux la drainer ; il faudra couvrir les sols en permanence et donc fortement diminuer le labour, et planter des arbres (adaptés) partout ; probablement, dans les pays développés, changer nos habitudes alimentaires : moins de viande, plus de céréales et de légumineuses, de fruits et légumes, pour alléger la pression sur la terre ; et partout apprendre à moins gâcher…

Vaste programme, difficile et enthousiasmant. Quant-est-ce qu’on commence vraiment à s’y mettre ?

 

A propos BrunoParmentier

Bruno Parmentier : Consultant et conférencier sur les questions d’agriculture, alimentation et faim dans le monde. Administrateur d’ONG et de fondations. J'ai 67 ans et j'ai dirigé de 2002 à 2011 le Groupe ESA (École supérieure d'agriculture d'Angers), numériquement, le plus grand Groupe français d'enseignement supérieur en agriculture, alimentation et développement rural. Ingénieur des mines et économiste, j'avais auparavant consacré l'essentiel de mon activité à la presse et à l'édition. J'ai eu ainsi l'occasion de découvrir à l'âge mûr et depuis un poste d'observation privilégié les enjeux de l'agriculture et de l'alimentation, en France et dans le monde (nous avions 40 nationalités chez les étudiants et 14 chez les profs). Il en est sorti trois livres de synthèse, un sur l'agriculture, sur l'alimentation et sur la faim. Trois livres un peu décalés, qui veulent « sortir le nez du guidon » pour aller aux enjeux essentiels, et volontairement écrits avec des mots simples, non techniques, pour être lisibles par des « honnêtes citoyens ». Ce blog prolonge ces travaux et cette volonté d'échange.
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