Loué sois-tu, Pape écolo, de te centrer sur les vrais problèmes

L’encyclique « Loué sois-tu » du Pape François pourrait bien être l’acte le plus important de son pontificat que beaucoup annoncent devoir être court.

Enfin, le Pape et l’Eglise catholique s’occupent des choses vraiment sérieuses, des vrais problèmes que doit affronter l’humanité au XXIe siècle. Jusque-là on les avait surtout remarqués comme étant, en quelque sorte, obsédés par la famille et les questions sexuelles…

Le réchauffement de la planète (et d’une manière plus générale sa conservation en bon état pour les générations futures), et la faim dans le monde (et plus généralement la justice sociale) sont finalement les deux problèmes qui conditionnent tous les autres, et en particulier la paix dans le monde. Comme je l’ai écrit en conclusion de mon livre Faim zéro, en finir avec la faim dans le monde, si nous ne les affrontons pas, avec une volonté forte, implacable, constante, organisée et communicative des citoyens du monde, de leurs organisations et leurs gouvernements, le XXIe siècle sera bien dur à vivre pour nos enfants.

Il est frappant de constater que les Nations unies en sont arrivées au même point : les deux grands programmes de cette organisation internationale sont bien le défi Faim zéro et l’accord sur le changement climatique !

Mais sur ces deux questions, la mobilisation des opinions publiques est absolument fondamentale, tant leur solution oblige à revoir de fond en comble tout l’organisation du monde. C’est pourquoi la mobilisation des grands leaders d’opinion est absolument indispensable. Le Pape François est probablement aujourd’hui l’homme dont la parole peut compter le plus sur Terre pour changer les cœurs et les esprits. C’est pourquoi son engagement extrêmement clair sur ces deux problématiques représente une avancée considérable, qu’il convient de saluer !

Surtout qu’il les lie d’une manière particulièrement claire : « Il n’y a pas deux crises séparées, l’une environnementale et l’autre sociale, mais une seule et complexe crise socio-environnementale. Les possibilités de solutions requièrent une approche intégrale pour combattre la pauvreté, pour rendre la dignité aux exclus, et simultanément pour préserver la nature139L’environnement humain et l’environnement naturel se dégradent ensemble et nous ne pourrons pas affronter adéquatement la dégradation de l’environnement si nous ne prêtons pas attention aux causes qui sont en rapport avec la dégradation humaine et sociale48… Une vraie approche écologique se transforme toujours en une approche sociale, qui doit intégrer la justice dans les discussions sur l’environnement, pour écouter tant la clameur de la terre que la clameur des pauvres49 Tout est lié. Il faut donc une préoccupation pour l’environnement unie à un amour sincère envers les êtres humains, et un engagement constant de la société91… La protection de l’environnement doit faire partie intégrante du processus de développement et ne peut être considérée isolément141. »

Il reste à espérer que dans chaque paroisse on se saisisse de ce texte, que chaque prêtre s’en inspire pour ses sermons dominicaux, que de très nombreux de « hommes de bonne volonté » pour qui le Pape écrit pourront le lire, et que les décideurs de la Conférence de Paris sur le réchauffement de la

C’est pourquoi, au-delà des titres des journaux, j’ai tenté de lire sans attendre l’intégralité de ce texte, dont je me permets de relever ici quelques citations qui n’ont pas besoin de commentaires.

8 « Nous sommes appelés à reconnaître notre contribution -petite ou grande- à la défiguration de la planète et à la destruction de la création… Que les hommes dégradent l’intégrité de la terre en provoquant le changement climatique, en dépouillant la terre de ses forêts naturelles ou en détruisant ses zones humides, que les hommes portent préjudice à leurs semblables par des maladies en contaminant les eaux, le sol, l’air et l’environnement par des substances polluantes, tout cela, ce se sont des péchés ; un crime contre la nature est un crime contre nous-mêmes et un péché contre Dieu ».

13-14 « Le défi urgent de sauvegarder notre maison commune inclut la préoccupation d’unir toutes les familles humaines dans la recherche d’un développement durable et intégral, car nous savons que les choses peuvent changer… J’adresse une invitation urgente à un nouveau dialogue sur la façon dont nous construisons l’avenir de la planète ».

22 «  Le système industriel n’a pas développé, en fin de cycle de production et de consommation, la capacité d’absorber et de réutiliser déchets et ordures. On n’est pas encore arrivé à adopter un modèle circulaire de production qui assure des ressources pour tous comme pour les générations futures, et qui suppose de limiter au maximum l’utilisation des ressources non renouvelables, d’en modérer la consommation, de maximiser l’efficacité de leur exploitation, de les réutiliser et de les recycler. »

23 « Le climat est un bien commun de tous et pour tous… L’humanité est appelée à prendre conscience de la nécessité de réaliser des changements de style de vie, de production et de consommation, pour combattre ce réchauffement ou, tout au moins, les causes humaines qui le provoquent ou l’accentuent ».

24-25 « Ce siècle pourrait être témoin de changements climatiques inédits et d’une destruction sans précédent des écosystèmes, avec de graves conséquences pour nous tous… Le changement climatique est un problème global aux graves répercussions environnementales, sociales, économiques, distributives ainsi que politiques, et constitue l’un des principaux défis actuels de l’humanité ».

25 « L’augmentation du nombre d’immigrants fuyant la misère, accru par la dégradation environnementale, est tragique… Le manque de réaction face à ces drames de nos frères et sœurs et un signe de la perte de ce sens de responsabilité à l’égard de nos semblables, sur lequel se fonde toute société civile ».

26 « Beaucoup de ceux qui détiennent plus de ressources et de pouvoir économique ou politique semblent surtout s’évertuer à masquer les problèmes et à occulter les symptômes, en essayant seulement de réduire certains impacts négatifs du changement climatique… Il devient urgent est impérieux de développer des politiques pour que, les prochaines années, l’émission de dioxyde de carbone et d’autres gaz hautement polluants soient réduite de façon drastique ».

29-30 « Un problème particulièrement sérieux est la qualité de l’eau disponible pour les plus pauvres, ce qui provoque beaucoup de morts tous les jours… L’accès à l’eau potable et sûre est un droit humain primordial, fondamental et universel, parce qu’il détermine la survie des personnes, et par conséquent il est une condition pour l’exercice des autres droits humains ».

34 « Les efforts des scientifiques et des techniciens, qui essaient d’apporter des solutions aux problèmes crées par l’être humain sont louables et parfois admirables. Mais en regardant ce monde, nous remarquons que ce niveau d’intervention humaine, fréquemment au service de la finance et du consumérisme, fait que la terre où nous vivons devient en réalité moins riche et moins belle, toujours plus limitée et plus grise, tandis qu’en même temps le développement de la technologie et des offres de consommation continue de progresser sans limite. »

36 « La sauvegarde des écosystèmes suppose un regard qui aille au-delà de l’immédiat, car lorsqu’on cherche seulement un rendement économique rapide et facile, leur préservation n’intéresse réellement personne. »

42-44 « Il est nécessaire d’investir beaucoup plus dans la recherche pour mieux comprendre le comportement des écosystèmes et analyser adéquatement les divers paramètres de l’impact de toute modification importante de l’environnement… Les habitants de cette planète ne sont pas faits pour vivre en étant toujours plus envahis par le ciment, l’asphalte, le verre et les métaux, privés de contact physique avec la nature ».

50 « Au lieu de résoudre les problèmes des pauvres et de penser un monde différent, certains se contentent seulement de proposer une réduction de la natalité… Il faut reconnaître que la croissance démographique est pleinement compatible avec un développement intégral et solidaire. Accuser l’augmentation de la population et non le consumérisme extrême et sélectif de certains est une façon de ne pas affronter les problèmes. On prétend légitimer ainsi le modèle de distribution actuelle où une minorité se croit le droit de consommer dans une proportion qu’il serait impossible de généraliser, parce que la planète ne pourrait même pas contenir les déchets d’une telle consommation. En outre, nous savons qu’on gaspille approximativement un tiers des aliments qui sont produits, et que, lorsque l’on jette de la nourriture, c’est comme si on volait la nourriture de la table du pauvre. »

57 «  C’est le pouvoir lié au secteur financier qui résiste le plus à cet effort, et les projets politiques n’ont pas habituellement cette largeur de vue. Pourquoi veut-on préserver aujourd’hui un pouvoir qui laissera dans l’histoire le souvenir de son incapacité à intervenir quand il était urgent et nécessaire de la faire ? »

93-95 «  La terre est essentiellement un héritage commun, dont les fruits doivent bénéficier à tous… Le principe de subordination de la propriété privée à la destination universelle des biens et, par conséquent, le droit universel à leur usage, est une règle d’or du comportement social et le premier principe de l’ordre éthico-social… (Que signifie) le commandement « Tu ne tueras point » quand vingt pour cent de la population mondiale consomme les ressources de telle manière qu’ils volent aux nations pauvres et aux futures générations, ce dont elles ont besoin pour survivre. »

109-111 « Les leçons de la crise financière mondiale n’ont pas été retenues, et on prend en compte les leçons de la dégradation de l’environnement avec beaucoup de lenteur… La culture écologique ne peut pas se réduire à une série de réponses urgentes et partielles aux problèmes qui sont en train d’apparaître par rapport à la dégradation de l’environnement, à l’épuisement des ressources naturelles et à la pollution. Elle devrait être un regard différent, une pensée, une politique, un programme éducatif, un style de vie et une spiritualité qui constitueraient une résistance face à l’avancée du paradigme technocratique ».

119-122 « Nous ne pouvons pas prétendre soigner notre relation à la nature et l’environnement sans assainir toutes les relations fondamentales de l’être humain…. Quand l’être humain se met lui-même au centre, il finit par donner la priorité absolue à ses intérêts de circonstances, et tout le reste devient relatif ».

129 « Il y a une grande variété de systèmes alimentaires ruraux de petite dimension qui continuent à alimenter la plus grande partie de la population mondiale, en utilisant une faible proportion du territoire et de l’eau, et en produisant peu de déchets… Les autorités ont le droit et la responsabilité de prendre des mesures de soutien clair et ferme aux petits producteurs et à la variété de la production… Il peut parfois être nécessaire de mettre des limites à ceux qui ont plus de moyens et de pouvoir financier ».

160 « Il est nécessaire de réaliser que ce qui est en jeu, c’est notre propre dignité. Nous sommes nous-mêmes les premiers à avoir intérêt à laisser une planète habitable à l’humanité qui succédera. C’est un drame pour nous-mêmes, parce que cela met en crise le sens de notre propre passage sur cette terre ».

164 « Un consensus mondial devient indispensable, qui conduirait, par exemple, à programmer une agriculture durable et diversifiée, à développer des formes d’énergies renouvelables et peu polluantes, à promouvoir un meilleur rendement énergétique, une gestion plus adéquate des ressources forestières et marines, à assurer l’accès à l’eau potable pour tous ».

Merci, Pape François, pour ce texte qui nous interpelle sur le fond, et qui nous provoque à agir de façon beaucoup plus fondamentale et beaucoup plus centrée sur les vrais problèmes de la planète. Espérons qu’il puisse, avec le milliard de chrétiens nouvellement mobilisés et tous les hommes de bonne volonté auquel il s’adresse, et pour commencer moi-même et chacun de vous, lecteur, à faire bouger les lignes !

 

A propos BrunoParmentier

Bruno Parmentier : Consultant et conférencier sur les questions d’agriculture, alimentation et faim dans le monde. Administrateur d’ONG et de fondations. J'ai 67 ans et j'ai dirigé de 2002 à 2011 le Groupe ESA (École supérieure d'agriculture d'Angers), numériquement, le plus grand Groupe français d'enseignement supérieur en agriculture, alimentation et développement rural. Ingénieur des mines et économiste, j'avais auparavant consacré l'essentiel de mon activité à la presse et à l'édition. J'ai eu ainsi l'occasion de découvrir à l'âge mûr et depuis un poste d'observation privilégié les enjeux de l'agriculture et de l'alimentation, en France et dans le monde (nous avions 40 nationalités chez les étudiants et 14 chez les profs). Il en est sorti trois livres de synthèse, un sur l'agriculture, sur l'alimentation et sur la faim. Trois livres un peu décalés, qui veulent « sortir le nez du guidon » pour aller aux enjeux essentiels, et volontairement écrits avec des mots simples, non techniques, pour être lisibles par des « honnêtes citoyens ». Ce blog prolonge ces travaux et cette volonté d'échange.
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