Sanitaire et social : le monde va beaucoup mieux

Quand on lit ou écoute les médias, on a l’impression que le monde va de mal en pis. Gardons la tête froide. Les chiffres ne corroborent absolument pas nos impressions. En réalité… le monde va de mieux en mieux et s’améliore relativement rapidement !

Relativisons donc les propos de ceux qui croient qu’il y a de plus en plus de violence, de maladies ou de catastrophes en tous genres. Certains annoncent même le déclin et l’effondrement pur et simple de nos civilisations !

Article paru sur le site Atlantico le 1er janvier 2020

Atlantico.fr : Suite à la publication de données sur les progrès humanitaires lors des années 2010, des résultats surprenants et encourageants ont été constatés dans des domaines majeurs à l’échelle planétaire. Les taux de mortalité infantile, l’extrême pauvreté ou bien encore le nombre de décès liés au SIDA ont notamment fortement baissé ces dix dernières années au regard de ces données.  

EN BLEU : l’extrême pauvreté // EN ROUGE : la mortalité infantile // EN VERT : les morts liées à la pollution // EN VIOLET : les morts liées au SIDA // EN BLEU CYAN : la faim // EN ORANGE : l’illettrisme

Quel a été le bilan mondial de ces dix dernières années en matière sociale et de santé ?  Quelles sont les principales raisons de ces progrès majeurs ? 

Prenons par exemple le taux de mortalité infantile dans le monde. D’après les statistiques de la Banque Mondiale, il est passé de 55 pour 1000 naissances en l’an 2000 à 29 en 2018 comme on peut le voir sur cette belle courbe. Une chute de près de la moitié ! C’est encore beaucoup trop naturellement, mais le progrès est incontestable !

En France… il stagne depuis 10 ans, mais à un des taux les plus bas du monde (entre 3 et 4 pour mille), lequel devient difficilement compressible malheureusement ; en effet une part non négligeable vient de la Nature, qui en quelque sorte corrige son erreur en abrégeant drastiquement la vie des bébés qui naissent avec de trop gros handicaps, ou du comportement des parents, par exemple consommation de tabac ou d’alcool par les femmes enceintes. Mais on revient de loin : d’après l’INED, lors de la Révolution française, un nouveau-né sur trois mourait avant d’avoir atteint son premier anniversaire. Vers 1850, c’était encore un sur six ; un siècle plus tard, en 1950, on en était à un sur vingt. Aujourd’hui ? Trois pour mille, soit une baisse de 99 % en deux siècles. En 2018, il est né 720 000 bébés en France, en nous n’avons eu à déplorer qu’environ 2 700 décès. C’est trop, mais il y a juste un siècle, en 1920, ils auraient été 88 000 !

Dans les 100 dernières années la mortalité infantile a été divisée par 30 en France

Bien sûr il reste des disparités inacceptables entre les différents pays du monde. En Afrique sub saharienne on enregistre encore des taux allant entre 50 et 80 pour mille, soit la situation où était la France dans les années 30… Et bien entendu on peut supposer qu’il meurt davantage de bébés en ce moment en Syrie, au Yémen, ou au Venezuela.

Et, ces bébés qui vont vivre, il va falloir les nourrir, les habiller, les instruire, les soigner, leur donner du travail, etc., vaste programme !

Ce qu’on a vu sur la mortalité infantile se retrouve sur nombre d’indicateurs. Même pour les maladies émergentes, qu’on a eu beaucoup de mal à juguler. On a malheureusement déploré dans le monde le décès de 770 000 personnes de maladies liées au sida en 2018, mais c’était quand même trois fois moins que les plus de 2 millions enregistrés au plus fort de l’épidémie, au début des années 2000.

Quant-au cancer, il a tué 157 000 français en 2018, un chiffre énorme, mais heureusement en baisse. En effet le taux de mortalité de cette maladie ne cesse de diminuer. Les chercheurs estiment, sur la base de l’évolution des taux de mortalité des différents cancers depuis 1988, les progrès de la cancérologie ont permis de sauver près de 5 millions de vies en Europe.

De même le pourcentage d’humains devant survivre en état d’extrême pauvreté (moins de 2 $ par jour) ne cesse de baisser. Il est heureusement tombé à moins de 9 %, ce qui est beaucoup trop, mais représente néanmoins un progrès.

Une des raisons de ces progrès est la baisse du taux de violence dans le monde. Là aussi les chiffres sont contre intuitifs, tant nous pensons, à trop regarder la télé, que le monde est à feu et à sang. En fait il n’y a jamais eu si peu de guerres dans le monde, et les dernières qui subsistent sont finalement nettement moins meurtrières que celles d’avant. Songeons qu’il n’y a pratiquement plus de guerres en Europe, en Amérique et en Asie, 3 continents qui ont pourtant au cours de l’histoire payé un lourd tribut à cette folie des hommes. Les dernières guerres restent concentrées en Afrique sahélienne ou tropicale et au Moyen-Orient. La guerre la plus meurtrière, celle de Syrie, semble avoir fait autour de 400 000 morts, soit l’ordre de grandeur de ce qu’a représenté la guerre d’Algérie, et beaucoup moins, fort heureusement, que celles du Biafra (1 million), du Rwanda (800 000), du Cambodge (2 millions), du Vietnam (1,5 millions). Sans oublier les guerres napoléoniennes (4 millions), la première guerre mondiale (19 millions) et la deuxième (60 millions), ou les victimes de Staline (entre 10 et 20 millions). Les un peu plus de 10 000 morts de la guerre de l’est de l’Ukraine sont absolument  inacceptables, mais observons qu’au siècle dernier, une guerre civile de ce type aurait été infiniment plus dévastatrice ;songeons que la guerre d’avant, celle de Tchétchénie, avait fait 150 000 morts, dans un tout petit pays ! Dans la plupart des régions du monde, la guerre n’est plus vraiment considéré comme un moyen correct de régler les problèmes.

Chez nous en France, on est légitimement traumatisés par les attentats et crimes de toutes sortes, mais au total, ils représentent autour de 800 morts par an, beaucoup trop certes, et absolument inacceptable, mais bien loin des 1 800 qu’on déplorait encore en 1995 et des probablement 4 à 5 000 de 1900, avec une population nettement inférieure.

Et quand nous nous scandalisons, avec raison, des crimes épouvantables de Daesch, et en particulier des décapitations publiques et barbares auxquelles il se livre, qui se souvient que la Révolution française a guillotiné à elle seule 17 500 personnes en place publique, et qu’on considérait alors que l’humanité progressait ?

On compte de l’ordre de 1 million de fumeurs de moins chaque année en France, et la mortalité routière continue à décroître: on en est maintenant à 3 200 morts par an, loin des18 000 morts de 1972 et des 10 000 de 1992.

Comment pouvions-nous tolérer 18 000 morts sur les routes dans les années 70 ?

Nous avons déploré 120 à 150 féminicides en France en 2019, il est plus que temps de prendre vraiment ce problème à bras le corps, mais qui peut croire qu’avant qu’on invente ce mot pour mieux cerner le problème, il y avait moins de meurtres de femmes, du temps où on se contentait de parler de « crimes passionnels » ?

Les français continuent imperturbablement à prendre 4 mois d’espérance de vie supplémentaire tous les ans. Au total, 7 ans de vie de plus que nos parents et 14 ans de plus que nos grands-parents. Bien sûr il faudra partager ce gain entre vie en bonne santé et vie diminuée, mais qui veut revenir en arrière, et à qui va-t-on faire croire qu’un homme de 70 ans d’aujourd’hui est en moins bonne santé que son grand-père au même âge ? Il n’y avait que 1 000 centenaires en 1960, maintenant près de 20 000, et ils seront entre 200 et 300 000 en 2060 ! Cela posera évidemment de nombreux problèmes d’équilibre des retraites, de financement de la dépendance et d’adaptation des logements, mais ne boudons pas notre plaisir, on saura bien y faire face.

Bref, sur de nombreux points, la France et le monde vont mieux, beaucoup mieux que ce que nous ressentons ; on peut quand même s’en réjouir en ce début de la 3e décennie du XXIe siècle, en espérant que ces progrès continuent.

Au regard de ces données et de ces nets progrès, quels sont les motifs d’espérer, grâce aux progrès techniques, économiques et scientifiques pour les années à venir, avec la nouvelle décennie qui s’ouvre avec cette année 2020 ?

Déjà, relativisons quand même les progrès. Certains sont en valeur relative (en pourcentage de la population), mais pas en valeur absolue (le nombre de personnes concernées). Car, en matière de chiffres absolus n’oublions pas que l’humanité s’agrandit de 75 millions de personnes chaque année !

C’est le cas par exemple des statistiques sur la faim dans le monde, les gens qui n’ont pas accès à suffisamment de calories alimentaires pour vivre ; on peut observer une espèce de « loi » : quelque soit le nombre d’habitants sur la planète, il y a toujours environ 800 millions de personnes qui ont faim. C’était vrai en 1900, lorsque nous n’étions « que » 1,8 milliards, en 1950, alors que ce chiffre était monté à 2,8 milliards, en 2000, nous étions alors 6,3 milliards… et toujours en 2019, alors que nous sommes 7,7 milliards ! En valeur relative, le progrès est incontestable, puisqu’on est passé de 44 % à 10 % de la population, mais qui peut se satisfaire du pourcentage ? On a vraiment réussi à rendre la guerre relativement désuète dans le monde, est-ce qu’on fera de même pour la faim ? Car, si il y a encore un siècle la faim était pour beaucoup le fruit de la fatalité et de l’ignorance (on n’était pas très bon en agriculture ni en transports internationaux), ce n’est plus le cas actuellement, et la faim n’est plus que le résultat de la cupidité, de l’incurie et de l’indifférence. Or, ce que l’homme a fait ou laissé faire, il peut le défaire, s’il le veut vraiment…

Quelle que soit la population du monde, il y a toujours 800 millions de personnes qui ont faim…

Néanmoins on peut voir les choses positivement : la conscience universelle progresse nettement. Nombre de maux dont on s‘accommodait tant bien que mal auparavant deviennent progressivement scandaleux, comme la pédophilie et les violences envers les enfants, le viol et le féminicide, les inégalités salariales entre les hommes et les femmes, ou encore la peine de mort. Gageons que cette nouvelle capacité de se scandaliser et de s’organiser pour nommer et éradiquer ces phénomènes va continuer dans les années 2020 et que l’humanité va continuer à se civiliser…

Cependant, du point de vue de la santé, ne crions pas trop vite victoire : nous ne mourrons plus des mêmes causes : peste, choléra, tuberculose, lèpre, dysenterie, poliomyélite, pneumonie, rougeole ou syphilis ont cessé de décimer les populations comme elles l’ont fait pendant des siècles. Mais… nous mourrons toujours, seulement de maladies plus modernes, des maladies de l’excès et de l’abondance, cancers, athérosclérose, diabète, maladies cardio-vasculaires, etc. ; elles existaient auparavant, mais peu de gens vivaient assez longtemps pour avoir le loisir de les connaître ! Progressivement, on apprend à les réduire elles aussi.

Il va cependant nous rester à affronter les nouvelles maladies « post-modernes » qui ne manqueront pas d’apparaître. Comme celles qui résultent de notre exposition croissante aux perturbateurs endocriniens, aux microparticules, aux ondes électromagnétiques, aux changements climatiques (qui pourraient faire apparaître de nouveaux virus dévastateurs, ou voir remonter vers les pays tempérés des maladies actuellement cantonnées aux tropiques), ou encore à la baisse d’efficacité des antibiotiques et la montée de l’antibiorésistance. Mais nous n’avons jamais et autant d’armes techniques pour affronter ces nouveaux problèmes. Restons raisonnablement optimistes.

Finalement, la menace principale reste bien le réchauffement climatique. Les événements s’accélèrent et nous allons bien devoir affronter dès cette décennie nombre de conséquences catastrophiques de nos inconséquences, même en France, pays tempéré qui sera l’un des moins touchés : incendies, tempêtes, inondations, sécheresses, canicules, épidémies, etc. Là, il reste à espérer que ce n’est pas trop tard et que la « personnalité de l’année 2019 », Greta Thunberg, qui a déjà réussi à réveiller la jeunesse du monde, fera de même avec nos politiciens court-termistes et immobilistes et l’ensemble des citoyens du monde. On peut encore y arriver, mais ça urge vraiment !

Bonne année, bonne décennie à tous et à toutes ! Pas trop chaude si possible !

A propos BrunoParmentier

Bruno Parmentier : Consultant et conférencier sur les questions d’agriculture, alimentation et faim dans le monde. Administrateur d’ONG et de fondations. J'ai 67 ans et j'ai dirigé de 2002 à 2011 le Groupe ESA (École supérieure d'agriculture d'Angers), numériquement, le plus grand Groupe français d'enseignement supérieur en agriculture, alimentation et développement rural. Ingénieur des mines et économiste, j'avais auparavant consacré l'essentiel de mon activité à la presse et à l'édition. J'ai eu ainsi l'occasion de découvrir à l'âge mûr et depuis un poste d'observation privilégié les enjeux de l'agriculture et de l'alimentation, en France et dans le monde (nous avions 40 nationalités chez les étudiants et 14 chez les profs). Il en est sorti trois livres de synthèse, un sur l'agriculture, sur l'alimentation et sur la faim. Trois livres un peu décalés, qui veulent « sortir le nez du guidon » pour aller aux enjeux essentiels, et volontairement écrits avec des mots simples, non techniques, pour être lisibles par des « honnêtes citoyens ». Ce blog prolonge ces travaux et cette volonté d'échange.
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