Mieux cultiver avec moins d’eau

Magazine Terra Eco – Juin 2011

La sécheresse qui touche la grande majorité des régions françaises en ce début d’année 2011 nous fait comprendre que l’eau n’est pas inépuisable et qu’on doit apprendre à beaucoup mieux la gérer.

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Sur Terre 97 % de l’eau disponible est salée, et 2 % est douce mais gelée. L’eau douce liquide ne représente donc qu’un petit 1 % de l’ensemble, et elle est très mal répartie ; 10 pays possèdent 60 % de l’eau mondiale, et 80 pays souffrent de pénuries ; au total, l’Europe, qui doit nourrir 13 % de la population mondiale, ne possède que 8 % des ressources en eau.

Les plantes, constituées à 80 % d’eau, en ont énormément besoin pour pousser : ce n’est que parce qu’elles transpirent abondamment que la sécheresse de leurs extrémités fait monter par capillarité leur sève. Nous avons donc besoin de beaucoup l’eau pour manger : en moyenne, pour produire un kilo de céréales, il faut dépenser une tonne d’eau. Certaines céréales, comme le blé, sont habiles, parce qu’elles « boivent quand il pleut », au printemps ; d’autres se font remarquer, comme le maïs, dont les besoins en eau sont au maximum en juillet-août, quand en général il ne peut pas. Quand on passe du blé au maïs, il faut donc pouvoir conserver d’une manière d’une autre l’eau du printemps pour la resservir en été. Au total, au niveau mondial, 70 % de l’eau douce qui est utilisée l’est pour l’agriculture ; en France, on tombe à 43 %, autant que pour les usages domestiques et urbains.

Mais nous n’utilisons qu’une faible partie de l’eau de pluie : en France il tombe environ 480 milliards de M3 par an ; 320 s’évaporent ; de plus les fleuves transfrontaliers en apportent 10 de plus. On peut donc théoriquement disposer de 170 milliards de M3 par an, et on n’en utilise qu’un peu moins du quart, 40 milliards ; le reste se déverse inutilement dans la mer. Si l’on veut vraiment mieux gérer l’eau, on a donc de la réserve. Mais toutes les régions n’ont pas le même potentiel : la moitié Sud est nettement moins bien dotée que le nord, et, au nord, les terrains granitiques comme la Bretagne et le Poitou-Charentes retiennent peu l’eau, tandis que le bassin parisien consomme beaucoup plus qu’il ne reçoit.

Cinq pistes pour agir dans l’agriculture française

Alors, face à la dégradation du climat mondial qui va augmenter la fréquence des phénomènes extrêmes et nous exposer successivement à la sécheresse et aux inondations, que pouvons-nous faire pour sauvegarder notre agriculture, et donc notre alimentation ?

>> Augmenter partout où c’est possible nos réserves d’eau (petites moyennes et grandes !), les remplir en hiver et les années de fortes pluies pour pouvoir les utiliser lorsqu’on en aura besoin.

>> Utiliser systématiquement pour l’agriculture les eaux issues du retraitement des eaux usées des villes, plutôt que de les rejeter dans les rivières.

>> Mieux entretenir nos systèmes d’irrigation pour éviter des pertes en ligne, et passer à des systèmes plus économes, en particulier, irriguer la nuit plutôt que le jour et, partout où c’est possible, privilégier le goutte-à-goutte.

>> Changer nos assolements, pour produire des espèces moins gourmandes en eau ou qui nécessitent de l’eau dans des périodes de l’année plus favorables. En particulier remplacer du maïs par du sorgho ou du tournesol. Et trouver des variétés qui transpirent moins, quitte à utiliser les technologies OGM pour ce faire.

>> Changer nos pratiques culturales pour favoriser l’infiltration de l’eau dans le sol et limiter l’évaporation et le ruissellement. En particulier diminuer fortement le labour au profit du semis direct sous couverture végétale, et entretenir des haies.

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Nourrir-Manger, deux défis du siècle

 

Nourrir l’humanité, toute l’humanité, un défi presque impossible à tenir au XXIe siècle. De toute l’histoire de l’humanité, il n’y a jamais eu autant de gens qui ont faim qu’actuellement ; si la situation s’est (un peu) améliorée en 2010, on a bien franchi en 2009 le chiffre fatidique et honteux du milliard d’affamés sur la planète… et on attend un peu plus de 2,5 milliards de bouches nouvelles dans les 30 ans à venir, essentiellement là où se concentre déjà la faim : la péninsule indo-pakistanaise et l’Afrique noire.

 

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Or les « solutions » qui ont marché au XXe siècle ne « marchent plus » : c’était toujours plus de terres cultivées, on en cultive chaque année moins ; toujours plus d’irrigation, on atteint dorénavant presque le maximum de surfaces irrigables sur la planète ; toujours plus d’énergies fossiles, et elles se feront dorénavant de plus en plus rares, et la tentation sera forte de consacrer une part des terres agricoles à des cultures énergétiques et non alimentaires ; et toujours plus de chimie, et ce sera forcement moins : il faut considérer que les quatre principaux apports de la chimie à l’agriculture sont derrière nous : nourrir les plantes (l’engrais), les soigner (le fongicide), éloigner les mauvaises herbes (l’herbicide) et les insectes nuisibles (l’insecticide) ; il n’a a pas de grande et nouvelle révolution à attendre en la matière… Alors même que nous allons devoir affronter les conséquences de nos imprévoyances : baisse de la biodiversité et réchauffement de la planète.

Nous devrons donc mettre en œuvre un ensemble de solutions techniques (en particulier celles de l’agriculture écologiquement intensive) et de solutions sociales et organisationnelles, pour que l’agriculture d’aujourd’hui ne compromette pas celle de demain, que l’expansion de l’agriculture des uns ne détruise pas celle des autres, que l’on gâche moins et que tous les paysans du monde puissent se nourrir eux-mêmes.

J’ai publié un livre sur ce sujet, gravissime, en 2007 (remis à jour en 2009) : Nourrir l’humanité, les grands problèmes de l’agriculture mondiale au XXIe siècle (Editions La Découverte). Depuis j’ai eu l’occasion de faire 270 conférences, et à peu près autant d’interventions dans la presse écrite et audiovisuelle, vérifiant jour après jour l’acuité du problème. D’où l’idée de ce blog pour prolonger et partager les réflexions.

 

Manger tous et bien

Manger, tous et bien, durablement, reste un autre problème fort actuel. Jusqu’au début du XXe siècle, la vie alimentaire était simple : on se nourrissait peu et mal, de façon monotone, et une question essentielle demeurait, lancinante : mangerons-nous demain ? Depuis que l’on est absolument sûr (au moins en France) que la réponse est « oui », tout se complique. Puisque nous avons le choix, nous voulons en même temps du goûteux, sûr, traçable, biologique, naturel, local, équitable, énergétique, beau, abordable, simple, pratique, rapide, diététique, équilibré, varié, traditionnel, moderne, issu du terroir et exotique. Et en plus, nous voulons maigrir ! Bref, tout et son contraire : entretenir notre corps, mais pas grossir ; du plaisir, mais sans risque ; du « sain », mais vite acheté, vite préparé et pas cher. Et nous avons du mal à comprendre pourquoi nous n’y arrivons pas.

De plus, nous avons voulu nous libérer du temps pour travailler ou prendre des loisirs. Du coup, des professionnels s’occupent de notre nourriture à notre place, les chaines s’allongent démesurément et la méfiance s’installe : « on ne sait plus ce qu’on avale ». Choisir devient un casse-tête, se restreindre s’avère bien pire.

En France, nous ne savons plus si nous sommes encore au cœur du temple de la gastronomie mondiale, ou dans les bas-fonds sordides de la malbouffe ; nous n’avons plus faim, mais nous n’avons jamais autant parlé de nourriture, diététique, cuisine, recettes, menus, régimes, etc. Nous avons des avis sur tout, passionnés, fragmentaires, mais toujours définitifs (c’est normal, paraît-il, nous serions les spécialistes planétaires de la question). Mais en même temps, le doute nous mine : tout devient si compliqué. Et lorsque nous voyageons, nous nous apercevons que nos goûts et nos avis sont très relatifs, culturels et pas si avisés, libres et objectifs que ça.

Qu’est ce que manger, dans toutes ses dimensions ? Qu’est ce que « bien » manger ? Que risquons-nous exactement ? Comment faire, individuellement et surtout collectivement, pour bien manger, durablement ?

Ces questions font l’objet d’un second livre, « Manger tous et bien », à paraître le 3 novembre 2011 aux Editions du Seuil.

Je souhaite à travers ce blog démarrer un dialogue sur ces sujets. 

 

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