Mettre le soleil au travail

Il est encore possible de trouver de nouvelles voies pour nourrir l’humanité tout en sauvegardant la planète, si on y met de l’imagination, du professionnalisme et de l’enthousiasme… C’est bien ce qu’ont développé trois entrepreneurs que j’ai pu rencontrer récemment, et qui ont décidé de « mettre le soleil au travail » pour affronter de façon originale de vrais problèmes de l’humanité, se nourrir sans consommer de l’énergie fossile, et même produire de l’énergie.

Transformer le soleil en crevettes : MARTROP

La France importe 100 mille tonnes de crevettes tropicales pour 500 millions d’euros chaque année, et notre consommation de ce produit est encore faible par rapport à d’autres pays occidentaux… Et pourquoi ne pas en produire en France ? Elles ont besoin d’une eau à 26°, soit, mais pas du soleil tropical en fait.

D’où l’idée de créer des fermes d’élevage « écologiquement intensives » en Bretagne. Hors sol, pour contrôler tout le processus sans risquer de polluer le milieu marin (comme le font malheureusement aujourd’hui la plupart des élevages tropicaux), et à base d’énergies renouvelables : solaire, éolienne et géothermique. On tente d’aboutir à une production « bio ». Des bassins sous serres ensoleillées produisent des micro-algues, qui nourrissent les jeunes crevettes (relativement faciles à obtenir car les crevettes pondent des centaines de milliers d’œufs !). Ensuite on élève des crevettes dans une succession de bassins maintenus à température adéquate dans des bâtiments isothermes, et le peu de chaleur nécessaire pour maintenir la température provient d’énergies renouvelables. Au total cet animal à sang froid, qui ne gâche pas sa nourriture pour se chauffer lui-même, produit de la protéine animale de grande qualité avec très peu de végétaux, et des déchets de poissons (son rôle écologique est précisément de nettoyer les fonds marins). Au total, on espère une forte productivité à l’hectare, avec très peu d’entrants !

Y aura-t-il bientôt un label régional de crevettes bios fraiches, qui permettra de créer des emplois et des richesses avec une faible empreinte au sol, pas de production de gaz à effet de serre, peu de nuisances et une totale indépendance énergétique ? C’est ce que je leur souhaite…

Transformer le soleil en combustible : ECOpuissance3

On ne cultive que 12 % des terres immergées sur Terre (1,5 millions d’hectares sur 13,1) ! En France nettement plus, environ 36 %. Même si l’on ajoute 26 % de pâturages, il reste quand même 62 % de la surface de la planète où l’on ne produit pas de nourriture ! Avec un peu d’imagination, on doit pouvoir trouver quelques hectares dans ces immenses espaces pour produire de l’énergie…

C’est ce que tente de faire ECOpuissance3 : trouver des terres actuellement non cultivées, difficilement cultivables, et y produire du miscanthus, plante rustique à croissance rapide, pérenne (pas de nécessité de la replanter chaque année), qui fixe du carbone par photosynthèse pour fournir à faible coût du combustible à des chaufferies industrielles ou de collectivités.

Où ça : des friches industrielles, des réserves foncières, des lieux civils ou militaires, ou touristiques où, pour différentes raison on ne souhaite pas de production agricole, etc.

Détourner de bonnes terres pour produire des biocarburants me semble très contestable du point de vie éthique ; par pitié arrêtons de construire des usines de biocarburants de première génération, à base de grains de colza, de maïs ou de blé, alors que nous manquons maintenant chroniquement de céréales et de légumineuses ! Arrêtons également de transformer des pans entiers de forêts tropicales asiatiques, réservoirs de biodiversité mondiale, en monocultures de palmier à huile…

Mais en revanche pourquoi ne pas produire une partie de l’énergie calorifique de nos villes sur les friches, nombreuses, environnantes ? C’est ce qu’explore ECOpuissance3 à qui je souhaite bonne chance. Contact : caillet@ecopuissance3.com 

Transformer le soleil en réfrigération pour la production laitière : Africasolarfood

Un bon tiers de la production agricole mondiale est ainsi purement et simplement jetée ; au nord par pure gabegie publicitaire et commerciale qui conduit à des achats en quantité excessive, associée à des normes sanitaires de plus en plus strictes. Au Sud faute d’infrastructures pour conserver les maigres récoltes : pas de silos à grains, pas de tanks à lait réfrigérés, etc. ! L’Afrique en particulier, a toujours produit, au global, assez de nourritures pour tous les africains ; mais ses récoltes sont mal réparties et ses moyens de stockage et de transport très insuffisants. Or elle devra multiplier par 3 sa production agricole pour parvenir à nourrir tous ses habitants dans la première moitié de ce siècle !

D’où le projet Africasolarfood, qui fournit à des éleveurs des « tanks à lait solaire réfrigérés » pour leur permettre de stocker le lait produit, soit pour en répartir la consommation, soit pour le transformer en lait caillé, yaourt ou fromage en créant une petite laiterie locale… Ils recherchent des bonnes volontés pour des investissements peu couteux et très productifs, avis aux amateurs ! www.africasolarfood.org

 

Bravo au soleil, et bravo à ces entrepreneurs, et que mille autres surgissent !

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Pêcher moins de poisson

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La plus grosse « usine à poisson » du monde, le Lafayette, a 228 mètres de long, jauge 50 000 tonnes et peut traiter à l’aide de ses 320 hommes d’équipage et de ses 50 chalutiers associés, jusqu’à 1 500 tonnes de poisson par jour….

 

Un rapport de l’ONG Ocean 2012 (ocean2012.eu/?lang=fr) nous a récemment alertés : symboliquement, depuis le 21 mai 2012, la France a fini de consommer son propre poisson, et mange donc du poisson importé. La part du poisson importé (c’est-à-dire pêché hors de nos eaux territoriales) dans notre consommation est en effet passée de 1/3 en 1960 à 2/3 en 2012 ! Comment est-ce possible dans un pays qui possède tant et tant de côtes ?

La consommation de poisson a très fortement augmenté sur la planète dans les dernières décennies. On mange annuellement sur terre 132 millions de tonnes de poisson, contre 18 millions en 1950 ! En moyenne 19 kg de poisson et crustacés par an et par humain, soit 16 % des protéines animales absorbées ; la France est largement au-dessus avec 35 kg, contre 10 en 1950, elle draine donc plus que « sa » part. D’une manière générale, les européens consomment actuellement beaucoup plus de poisson que ceux que leurs mers peuvent produire.

La situation est particulièrement grave : d’un côté, 40 millions de pêcheurs artisanaux qui survivent de plus en plus difficilement et approvisionnent pour la plupart le milliard de personnes pour lesquelles le poisson est l’unique source de protéines animales. En face sont apparus des « pêcheurs industriels », largement subventionnés, équipés de bateaux énormes munis de sonars, de radars et de chaluts ou de filets dérivants qui vont de plus en plus profond. Ils ne représentent que 1 % de la flotte mondiale, mais ramènent la moitié des prises et l’essentiel des 20 à 40 millions de tonnes gaspillées (espèces non ciblées, mammifères marins, tortues, oiseaux de mer, poissons trop petits, etc., qui sont rejetés morts, sans être commercialisés ni consommé).

Si on ajoute à cela le réchauffement et la pollution des eaux, on estime que d’ores et déjà, 29 % des espèces de poissons et crustacés sont en passe de disparaître purement et simplement, et leur pêche a déjà chuté de près de 90 %. Exemples : la morue de l’Atlantique nord, qui semble avoir atteint le point de non-retour où elle ne se reproduit plus (la saga des Terre-neuvas est bien terminée), ou le thon rouge de Méditerranée.

Il faut donc que la communauté internationale réagisse vigoureusement en régulant « vraiment »cette activité. A commencer par l’Europe qui s’y emploie, mais avec un succès mitigé. La « vraie » solution consiste évidemment à élever les poissons plutôt que les pêcher, tout comme on est passé il y a 3000 ans sur la terre ferme de la chasse à l’élevage. C’est la pisciculture, qui croît heureusement très fortement : actuellement le tiers des poissons consommés dans le monde sont issus des élevages. Principalement asiatiques puisqu’ils sont à 90 % en Chine et dans le Sud-est asiatique. Pas en Europe, qui ne pèse qu’un modeste 3,5 % de cette activité (avec, entre autres, avec le saumon norvégien), et surtout pas en France, qui, elle, ne fait pratiquement rien en la matière, préférant réserver son littoral au tourisme.

Mais là, nouveau problème : les premiers éleveurs ont sagement veillé à domestiquer des races herbivores (vaches, chèvres, moutons), pas des races carnivores (tigres, guépards, etc.) ! En matière de poissons on fait justement l’inverse : la plupart ceux ceux que nous aimons manger sont justement… carnivores (saumon, bar, daurade, truites, thon, etc.), sans compter les crevettes : ils mangent… du poisson, pour au moins 30 à 50 %. Il faut donc pêcher préalablement d’énormes quantités d’espèces qui se nourrissent de plancton (anchois sardines, harengs, chinchards, merlans bleus, etc.) pour nourrir les poissons d’élevage, à l’aide de farines ou d’huiles de poissons. Dans la pratique, 53 % des farines de poisson (en particulier d’anchois) et 87 % de l’huile de poissons pêchés en mer nourrissent les poissons en aquaculture ; pour ce faire, ils ont pratiquement déserté le menu des poulets d’élevage. Pour nourrir nos saumons de Norvège, on écume et assèche actuellement le Pacifique Sud, car il faut 3 à 5 kilos de petits poissons pour produire un kilo de gros !

Il faut donc passer au poisson herbivore, comme la carpe chinoise ou le tilapia africain. Surtout que, animal à sang froid, son taux de transformation de protéines végétales en animales est particulièrement attractif, de l’ordre de 2,5 kilos de végétal pour un kilo de carpe, contre 4 pour le poulet et 6 pour le porc.

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Elevage de carpes en Chine

Plusieurs pistes restent néanmoins à explorer, par exemple :

·     En France, nous allons (enfin) construire des parcs éoliens en pleine mer, pourquoi ne pas profiter de ces infrastructures pour les entourer de parcs piscicoles éloignés des côtes touristiques ?

·     De plus, pourquoi ne pas implanter des bassins sur terre, près des mers ou des lacs et rivières, en sites propres, pour élever des poissons ?

·     Il est urgent de poursuivre les recherches pour transformer nos poissons préférés de carnivores à omnivores et réduire leur dépendance aux poissons des océans froids.

·     La communauté internationale doit poursuivre ses efforts pour réglementer la pêche industrielle, et protéger l’activité et les revenus des petits pêcheurs artisanaux qui ont besoin de cette activité pour seulement survivre.

·     Et enfin il conviendra de manger moins de poisson, surtout dans les pays comme la France qui en mangent largement plus que la moyenne, et que ce que l’écosystème peut générer. Surtout moins de poisson qui se situent au bout de la chaine alimentaire, les grands poissons prédateurs carnivores (espadons, thon, daurade, loup de mer, lotte, brochet, etc.), car en plus de tout, ils se chargent en mercure, cadmium, DDT et autres poisons. La concentration peut en effet être multipliée par 10 en passant du poisson mangé au poisson mangeur. Après deux ou trois stades de la chaîne alimentaire, on passe à des multiples par 100 ou 1 000…

NB. : J’ai commenté cela sur Europe 1 le 31 mai, on peut clicker ici pour écouter l’émission de 10 mn


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Vendez tout, achetez des terres…

Depuis le début des années 2000, et surtout depuis la flambée des prix agricoles de 2007, les riches du monde s’intéressent de nouveau à l’agriculture, constatant que ça peut parfois coûter très cher de se nourrir ! Il était temps : depuis plus de trente ans, c’était l’inverse, l’agriculture était jugée ringarde, et tous les « experts » recommandaient d’investir dans l’industrie et les services ; on laissait les paysans se débrouiller seuls pour produire notre pain quotidien.

Ce mouvement s’inverse : les riches du monde constatent que les terres cultivables redeviennent une denrée rare et donc amenée à prendre de la valeur. C’est de nouveau la course à la terre.

Rien de nouveau sous le soleil finalement : lorsqu’en Europe, on avait faim, et en particulier au XVIII et au XIXe siècle, on a profité d’une double avance technologique pour exporter nos pauvres, en leur fournissant un aller simple pour le bout du monde et un fusil en leur disant « trouve-toi une terre pour manger, et si tu as du surplus, on te l’achètera ». Les chinois d’aujourd’hui prennent la suite de la colonisation, mais de façon beaucoup plus civilisée que les européens d’hier : à coup de carnet de chèques et non plus à coup de baïonnettes !

Même la Banque mondiale, qui avait avec constance désertifié les campagnes du monde pendant des décennies, a trouvé son « chemin de Damas » en 2007. Dans son rapport 2008 (www.banquemondiale.org/ ), elle préconise d’investir davantage dans l’agriculture dans les pays en développement en se basant sur 3 constats :

·          Alors que 75 % de la population pauvre mondiale vit dans les espaces ruraux, seulement 4 % de l’aide publique au développement va à l’agriculture.

·          En Afrique subsaharienne, les dépenses publiques consacrées à l’agriculture ne représentent que 4 % des dépenses publiques totales.

·          Pour les populations les plus pauvres, une augmentation du PIB déterminée contribue environ quatre fois plus efficacement à faire reculer la pauvreté lorsque cette augmentation vient de l’agriculture et non d’un autre secteur.

Ce mouvement a pris une ampleur incroyable : tout le monde s’y est mis, à commencer par les pays « riches et peuplés » comme la Chine, la Corée du Sud et le Japon, mais aussi les pays « riches et secs » comme l’Arabie Saoudite, le Koweït, les Emirats arabes unis, sans oublier les « grands capitalistes » des sociétés d’investissements occidentales.

Où achètent-ils ? Là où la terre est bon marché et garde des marges importantes de productivité évidemment. Donc… là où les gens ont faim, à commencer par l’Afrique ! D’autant plus qu’on y trouve des gouvernements « accommodants ».

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Un nouveau site incroyablement bien documenté illustre de façon très pédagogique et précise ce phénomène, avec des cartes interactives très parlantes : http://landportal.info/landmatrix . On ne saurait trop recommander à chacun d’aller s’y promener. Il porte, excusez du peu, sur l’analyse de contrats de cession portant sur 76 millions d’hectares de terres, 4 fois la superficie agricole de la France ! On y voit qui vend et qui achète, pour faire quoi.

D’un côté, soyons optimistes ; on peut se réjouir du retour de l’agriculture au premier plan des investissements. Elle en a bien besoin, puisqu’il va falloir trouver de nouvelles voies pour augmenter de 70 % la production agricole en ponctionnant beaucoup moins les ressources non renouvelables, et alors même que le réchauffement de la planète et la baisse de la biodiversité va rendre cette tâche particulièrement compliquée. On ne peut pas se satisfaire d’une situation où la plupart des pays africains produisent aujourd’hui moins de nourriture que le jour de la décolonisation, et où une part importante des meilleures terres du monde, par exemple en Ukraine ou en Roumanie ne sont plus cultivées du tout ! C’est bien qu’on y fasse la démonstration concrète que ces terres peuvent produire beaucoup plus qu’aujourd’hui.

Mais produire quoi, comment et pour qui ? De la nourriture pour les gens du cru, ou pour les animaux des pays riches  et des biocarburants ? On peut être lucides, comme Olivier de Schutter, le rapporteur spécial des Nations-Unies sur le droit à l’alimentation, quand il observe que les petites exploitations sont plus productives que les grandes, que l’agroécologie est la vraie solution d’avenir et que l’emploi et l’accès aux revenus est au moins aussi important pour lutter contre la faim que la production elle-même.

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La couleur de la France…

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Contemplant à plusieurs reprises la France vu d’avion au mois de mars 2012, j’ai pris conscience qu’elle était pour une bonne part… marron. Quelle erreur, quelle faute de goût ! Quand la France n’est pas blanche, elle doit évidemment être… verte (sauf le gris des routes et des villes).

Dans notre pays, il a fait soleil pratiquement tout le mois de mars, faisant annoncer aux journalistes (en quête désespérée de bonnes nouvelles, elles sont si rares) qu’il faisait « beau ». Contre toute logique et tout bon sens évidemment, car, rappelons-le, le « beau » temps en mars sous nos latitudes, c’est… la pluie ! Et nous allons tous chèrement payer cet été ce soi-disant beau temps ensoleillé, et le déficit important de pluviométrie de la plupart des régions françaises à ce stade de l’année !

Donc le soleil nous a amplement gâtés de ses rayons (trop) généreux, et nous, au lieu d’en profiter pour stocker du carbone et de l’azote, on l’a perdu, gâché, méprisé, car la moitié de nos champs étaient désespérément nus. Pas la moindre plante pour activer la photosynthèse !

Dans quel siècle vivons-nous ?

Avons-nous compris que nous allons devant un réchauffement climatique, une crise énergétique et une prolifération du gaz carbonique ? Il n’y a rien de plus urgent que d’activer la photosynthèse sur nos champs, 12 mois sur 12 (sauf quand il y a de la neige). Nos champs doivent évidemment être couverts de plantes 365 jours par an, pour ne manquer aucun des précieux rayons du soleil !

Sans compter qu’un champ bien travaillé (de la tête) par des « éleveurs de vers de terre«  coûte tellement moins cher qu’un champ qui fait l’objet d’un acharnement des  « laboureurs à l’ancienne« , occupés à détruire année après année la vie du sol pour faire « terre rase » et tout recommencer à zéro.

Bannissons donc le « marron » de notre environnement et de notre imaginaire ! Que mille plantes (bénéfiques) poussent en permanence sur nos champs.

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banane… écologiquement intensive !

 

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Les producteurs de banane de Martinique et Guadeloupe, rencontrés récemment lors d’un colloque parisien, ont tenté une démonstration en vraie grandeur de l’agriculture écologiquement intensive (eux, ils l’appellent « de préservation »). En résumé, depuis 10 ans,        70 % de pesticides de moins (dont la suppression quasi-totale des insecticides), et, dans le même temps, 30 % de bananes de plus ; qui dit mieux ? Pas les bananes d’Amérique centrale, qui se voient infliger actuellement jusqu’à 10 fois plus de pesticides ! Rappelons que c’est en particulier le tristement célèbre insecticide chlordécone qui avait fait des ravages de santé publique dans ces îles, provoquant une prise de conscience et ces changements salutaires…

Leurs méthodes : celles de bon sens, ce fameux bons sens qu’on avait perdu auparavant, et quoi avait conduit à quelques désastres sanitaires : la jachère sur 10 à 15 % des terres, les rotations de culture (ananas, banane, canne à sucre), la fertilisation fractionnée par petites doses quotidiennes mélangées à l’eau d’irrigation, l’utilisation de compost, les canaux anti érosion autour des plantations, la couverture permanente du sol, l’engainage sous plastique (recyclé) des régimes de banane, le piégage biologique des charançons avec des cages parfumées avec des phéromones, la production des nouveaux plants en laboratoires aseptisés, etc.

C’est rassurant qu’on puisse ainsi démontrer qu’on peut vraiment produite plus et mieux avec moins, le grand défi de l’agriculture du XXIe siècle ! Et ce en vraie grandeur, sur 8 000 hectares et pour 280 000 tonnes de fruits.

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Manger « Normal » !

 

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Qu’est-ce que manger « normal » ? Une question d’autant plus intéressante que l’on sent bien que les lignes bougent en ce moment… Pour l’illustrer, trois anecdotes récentes :

·        Repas dans le train Paris-Bruxelles Thalys : on me propose de manger « normal ou végétarien ». Un dilemme absolument impensable il y a quelques années ; on m’aurait alors proposé « viande ou poisson ». Encore avant, le choix aurait été « bœuf ou poulet » ! Je demande le « normal » et on me sert du poisson !

·        Une semaine avant, j’étais en Inde ; là on me proposait « normal ou non végétarien ». Là-bas, le normal, c’est bien de manger végétarien et non poisson, encore moins viande ! Un indien moyen ne mange que 6 kilos de viande par an (contre 56 pour le chinois et 85 pour le français).

·        Cette semaine, dans le TGV franco-français, je vois également les menus évoluer ; cette fois-ci c’est « saveur » (alias sandwich), « traiteur » ou « tout bio » ! Je prends « traiteur » et je découvre que l’entrée, le dessert et le vin sont bio, tandis que le plat de résistance est « très gourmand, à base de produits 100 % naturels, sans édulcorant, sans conservateur, sans colorant ni arôme artificiel, sans huile de palme, sans OGM » et le thé « issu du commerce équitable » ! Gageons que, dès que le restaurateur pourra l’assurer, il proposera le choix entre les menus « normal ou pas entièrement bio ».

C’est dire si, en définitive, c’est bien le consommateur qui commande, et donc ses désirs, ses priorités, ses fantasmes. Les gens du marketing ont repéré que ceux qui prennent le Thalys ou le TGV, et en plus ont les moyens de se payer à déjeuner dans le train, veulent du bio, du naturel et de l’équitable ; on s’est donc débrouillé pour le leur servir. Le « local », dans un TGV, c’est plus compliqué, mais gageons qu’on pourra peut-être bientôt inventer les aliments « produits à moins de 100 Km des voies de TGV ! » !).

Vive la normalité du bobo français ; quand rejoindra-t-elle celle du bobo indien ?

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Les aliments bio sont-ils bons pour la santé ?

 

 

 

Fruits et légumes bio

 

C’était la question posée lors d’une rencontre à laquelle j’’ai participé à Vendôme en mars 2012. Question à mon avis mal posée, mais qu’’il vaut la peine de commenter puisque nombre de français se la posent. Trois éléments de réponse.

 

Le bio n’a pas été inventé pour la santé humaine

 

Fournir des produits sains n’est pas l’’objectif premier de l’’agriculture biologique. C’est seulement un ricochet : le but immédiat est d’’affiner les pratiques de production sans ajout artificiel : engrais, pesticides, antibiotiques (ou alors le moins possible), en estimant que, si les conditions de production sont saines, le produit final le sera forcément. Ces agriculteurs pensent d’’abord à la planète. Un observation grammaticale illustre bien ces différents points de vue : les consommateurs disent « le bio » en pensant au produit bio, tandis que les producteurs parlent souvent de « la bio » pensant, eux, à la production bio.

 

Le raccourci bon pour la planète = bon pour la santé humaine gagne à être étudié de près. Il part du postulat que la Nature nous veut du bien, et que si on mange des produits « naturels » elle nous le rendra en nous rendant « naturellement » en bonne santé… Est-ce si sûr ? La Nature ne nous veut rien du tout, elle a inventé la salade tout comme l’’amanite phalloïde, et au total 95 % des plantes sont des poisons !

 

Il y a un siècle, on peut dire que toute l’’alimentation était bio, et on mourait comme des mouches après souper, en absorbant des maladies bien naturelles. Rien ne prouve que manger des plantes « naturellement malades » ne soit pas parfois plus nocif que de manger des plantes dont les maladies ont été soignées avec des fongicides chimiques, de même qu’’on n’’est pas forcement en moins bonne santé en absorbant des médicaments qu’’en laissant nos maladies guérir « naturellement ». Rappelons-nous que les graines bio allemandes ont quand même réussi à tuer 48 consommateurs allemands en 2011 !

 

Les gens qui s’’occupent davantage de leur santé mangent aussi plus de bio

 

Les analyses scientifiques ne sont pas réellement probantes : rien d’’objectif ne permet à ce jour d’’évaluer l’’influence de tel ou tel mode de production sur la disponibilité des constituants d’’un aliment, ni ses effets exacts et précis sur la santé.

 

D’’autre part, comment comparer exactement deux populations vraiment comparables, les mangeurs non bio et ceux qui ne mangeraient que du bio (ils sont très rares), mais dont tous les autres pratiques seraient équivalentes. Or les gros mangeurs de bio font souvent partie des catégories de la population urbaines et éduquées qui s’’occupent mieux de leur santé et ont une plus grande espérance de vie. Ils choisissent cela à l’’intérieur d’’un mode de vie global : il est probable qu’’ils fument moins, boivent moins, mangent moins de sucre, de graisse et de produits industriels, davantage de fruits et légumes frais, vont plus souvent se promener à la campagne, etc. Comment isoler un seul facteur avec certitude ? Tout ce qu’’on peut dire, c’’est que la proportion de mangeurs de bio est plus importante chez les gens en bonne santé (ou chez les anciens malades que l’’épisode a inquiété), sans savoir s’’il s’agit d’’une coïncidence ou d’’une relation stricte de cause à effet.

 

Que et comment manger pour être en bonne santé

 

Tout d’’abord manger régulièrement, 3 repas par jour, si possible à heure fixe, et le moins possible entre les repas.

 

Ensuite ne rien faire d’’autre : pas de télé, ni de radio, ni de lecture. Prendre son temps pour mâcher. Manger en bonne compagnie familiale ou amicale, se parler, refaire le monde dans un climat joyeux et serein.

 

Manger moins (beaucoup moins) de viandes, de laitages, de graisses, de sucre, de sel, d’’alcool. Et ne pas fumer ! Rappelons que les deux seuls produits de la terre qui tuent de façon significative sont l’’alcool (45 000 morts par an en France) et le tabac (55 000 morts).

 

Manger davantage de fruits et de légumes (de saison), de céréales, de légumineuses. Des aliments peu raffinés (pain complet, sucre marron, etc.).

 

Manger des plats qu’’on aime, et en particulier ceux que mangeaient nos grands-parents et dont on sait qu’’ils sont adaptés à nos gênes, en quantité juste suffisante (pas trop).

 

Bouger ! Faire du vélo, du sport, marcher, monter les escaliers à pied, etc.

 

Et une fois qu’on a fait ça, qui est relativement simple si on veut bien s’en donner la peine, passons à la « cerise sur le gâteau » : mangeons chaque fois que possible bio, local et équitable, notre planète et notre société s’’en trouveront beaucoup mieux, et nous nous serons faits plaisir en donnant du sens à notre assiette !

 

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Les Ekovores, pour penser la ville de demain

Au menu de cette semaine, table ronde à Nantes avec deux joyeux utopistes locaux, les Ekovores (Victor Massip et Laurent Lebot), qui tentent d’imaginer comment on pourrait vivre autrement en ville, de façon plus conviviale, et manger autrement des légumes ou des œufs produits sur place, partager son compost, et d’une manière générale inventer un système « global et résilient pour nourrir autrement la ville ».

C’est très stimulant, et on trouve sur leur site des petits films très créatifs, qui nous élargissent notre imagination. Et si c’était possible, en fait il suffirait de le vouloir !

Exemples, parmi d’autres : le composteur urbain et le poulailler urbain.

Composteur de quartier

Poulailler urbain

Une visite sur leur site : http://www.lesekovores.com/ ne vous décevra pas !

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Quand le cheval « change de sexe », on ne le mange presque plus

On ne mange plus les mêmes viandes qu’auparavant. Louis XIV ne mangeait pratiquement jamais de bœuf, jugé trop « vulgaire », mais des cygnes, paons, cigognes, hérons et cormorans, jugés plus nobles, et qui aujourd’hui sont devenus tabous dans la France républicaine. On ne mange presque plus de cheval non plus, tentons de comprendre pourquoi.

Il y a quelques décennies, le cheval (ou la jument, indépendamment de son propre sexe) était symboliquement un animal « pour homme accompli », viril et associé aux valeurs aristocratiques, militaires, machistes et misogynes, dont témoignent bon nombre d’expressions rituelles dans les milieux équestres du type « A nos femmes, à nos chevaux et à ceux qui les montent ! ».

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Des savants progressistes avaient mis en avant la nécessité de nourrir la population toujours croissante des villes ainsi que l’amélioration du sort des chevaux, qui devait résulter de l’utilisation de leur viande pour l’alimentation humaine (car sinon ils étaient exploités jusqu’à leur dernier souffle et mouraient souvent d’épuisement en pleine rue, sous les coups des charretiers). Pour les consommateurs, cette viande ne pouvait que rendre celui qui la consommait noble, fort, intelligent, entreprenant et courageux, par transfert des qualités supposées de l’animal. Du coup les boucheries chevalines avaient pignon sur rue dans toutes les villes françaises. Les parents responsables donnaient à leurs enfants un steak de cheval avant un examen, en le faisant précéder d’une entrée à base de cervelle « car ça pourrait t’en donner » !

Or, à la fin du XXe siècle, en quelques années, inutile pour la guerre et l’agriculture, le cheval est devenu un animal pour les loisirs des jeunes filles bourgeoises. Dans les années 30, les femmes gagnent le droit de monter à califourchon ; en 1952, l’équitation féminine devient une discipline olympique (c’est le seul sport où les épreuves sont mixtes, à la fois pour le cheval et le cavalier). En 2008, 79 % des licenciées étaient des femmes et 67 % avaient moins de 25 ans.

Cette féminisation fait qu’on abandonne progressivement les anciens dogmes de dressage par domination et de soumission au profit de la persuasion et de la communication. Devant un obstacle qui fait peur au cheval, l’homme force sa monture à l’aide de la cravache et des éperons ; la femme, elle, commence par rassurer l’animal en lui parlant puis le ramène sur l’obstacle par un autre itinéraire.

Les hommes montent les chevaux, mais s’en occupent peu (avant il y avait des palefreniers pour cela) ; les femmes, elles, vivent avec le cheval et prennent plaisir à cette sorte de maternage qui consiste à préparer leur monture et à la panser longuement après le travail ; il se trouve d’ailleurs toujours dans les clubs nombre de femmes et de jeunes filles pour accepter de s’occuper des chevaux des hommes à leur place. Elles les transforment en animaux de compagnie, que bien entendu on garde près de soi jusqu’à leur mort naturelle.

Les boucheries chevalines ont presque toutes fermé et les supermarchés qui en vendent le font avec une grande discrétion et presque honteusement tout au bout du rayon viande. La consommation de viande de cheval ne représente plus qu’à peine 3 % du total des viandes consommées en France ; c’est la fin d’une époque.

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Demain, la fin des charcuteries après celle des boucheries chevalines ?

Une évolution du même type pourrait bien se passer avec le cochon. Très proche génétiquement de l’homme, il n’est pas impossible qu’il devienne un animal spécialisé dans l’assurance médico-chirurgicale. Lorsque chacun connaîtra des gens qui vivront avec un cœur transplanté de cochon, un poumon de cochon, un foie de cochon, etc., le sort des charcuteries pourrait bien rejoindre celui des boucheries chevalines. Il y a déjà trois catégories de la population mondiale qui ne mangent pas de cochon, les juifs, les musulmans et les hindous ; elles pourraient bien être rejointes par une quatrième, les riches. On imagine en effet ces derniers faisant élever leur cochon, adapté à leurs gènes, pour sécuriser leur santé et faire diminuer leurs assurances maladie et vie, ce qui très probablement les éloignera rapidement du jambon et des saucisses.

Le grand problème qui se posera alors sera celui de la viande de substitution : si on quitte le porc pour le poulet, c’est bon pour la planète car il ne faut guère que quatre kilos de végétaux pour produire un kilo de poulet, mais si c’est pour le veau, c’est dangereux pour la planète, car on est là dans une transformation de 10 à 12 de végétaux pour un kilo de viande, alors même que le veau a été transformé en mangeur de céréales.

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Combien faut-il dépenser pour se nourrir ?

Combien faut-il dépenser pour se nourrir ?

En 1960, un ouvrier français payé au SMIC devait travailler 4 h 24 pour acheter un kilo de poulet, et 3 h 27 pour un kilo de porc ; aujourd’hui, compte tenu des énormes progrès de la productivité agricole, il lui suffit respectivement de 13 et 34 minutes !

En 1960, on consacrait en moyenne en France presque le quart de son salaire à se nourrir (23,2%), aujourd’hui seulement un gros dixième (11,4%) : le logement pèse maintenant beaucoup plus (19,1 % du budget), et bientôt les loisirs (déjà 9,1 %).

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Pourquoi avons-nous intégré et accepté comme inéluctable que chaque année on devrait dépenser plus pour se loger, mais moins pour se nourrir ? L’industrie du bâtiment a pourtant fait, elle aussi, d’importants efforts de productivité.

Chacun sait que les courbes ne se prolongent pas indéfiniment ; nous ne consacrerons probablement jamais moins de 10 % de notre salaire à nous nourrir. Au contraire, compte tenu de nos nouvelles exigences en aliments de bonne qualité, locaux ou exotiques, ayant du goût, comportant des garanties de sécurité alimentaire, dépourvus d’OGM et de pesticides, sans gluten ou caséine, bourrés d’oméga 3, déjà lavés, épluchés et précuits, etc., et des pénuries mondiales à venir, nous aurons à retrouver un nouvel équilibre : par exemple un peu moins de téléphone portable contre un peu plus de « bonne bouffe »… Sachant que de nombreux autres facteurs que l’agriculture constituent le prix de nos aliments ; celui du pain, par exemple inclut 50 % de salaires et « seulement » 5 % de blé (mais aussi 4 % d’énergie, 4 % de loyer, etc.). Le niveau des hausses dépendra donc fortement du comportement des multiples acteurs de la chaîne alimentaire.

La hausse des prix des produits alimentaires ne va pas, chez nous, provoquer de pénurie, mais néanmoins de réelles difficultés sociales pour les personnes à faibles revenus, et certains changements de consommation. La politique alimentaire européenne pourrait bien avoir à se tourner en partie de l’amont, le niveau de vie du producteur, vers l’aval, le pouvoir d’achat des consommateurs les plus fragiles.

A l’échelle de la planète, les riches s’en sortiront toujours, mais les plus pauvres ont du souci à se faire, en particulier dans les pays les moins dotés sur le plan des ressources naturelles, qui ne produiront pas assez de nourriture, et n’auront pas de pétrole à vendre pour se la payer…

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