Ne plus rien gâcher, un principe apparemment simple et qui devient absolument indispensable alors que nous arrivons au bout des ressources de la planète. Voyons de plus près les expériences de quelques agriculteurs pionniers rencontrés récemment qui tentent de l’appliquer vraiment dans l’agriculture.
Rappelons que, contrairement aux déchets industriels, les « déchets » de l’agriculture sont composés principalement de carbone, d’azote, d’oxygène et d’hydrogène, que du bon et donc rien à jeter en vérité !
Ne rien gâcher de la végétation
L’association des agriculteurs-composteurs de France www.composteursdefrance.com vient de fêter ses 10 ans chez l’un de ses membres, qui « a créé un emploi par trimestre depuis 10 ans ! » dans le compost et le bois énergie : Lucien Gerbier de la société Loire compost environnement www.loire-compost.fr . Il fait la preuve que les emplois verts existent pour ceux qui veulent bien se donner la peine de les créer ! Et il valorise à lui tout seul 100 000 tonnes de déchets par an et fertilise 5000 hectares dans le Maine et Loire.
Leur métier : récolter les déchets verts, les trier, et les valoriser, pour le bois sous forme de combustible et pour le reste sous forme de compost obtenu par fermentation ; la température du « tas de végétation » carboné et azoté, broyé et humide, retourné périodiquement, monte naturellement à 70 ou 80°, l’assainit et le transforme en bonne terre végétale bien riche. 195 000 tonnes de compost retournent ainsi à la terre et permettent de diminuer fortement sur 17 000 hectares les apports d’engrais minéraux tout en élevant fortement le taux de matière organique !
La cinquantaine de membres de cette association dynamique traitent 500 000 tonnes de bio déchets sur 42 sites répartis en France ; ils sont aussi liés à l’association des agriculteurs-méthaniseurs, qui, eux, transforment les déchets ruraux et urbains en biogaz : www.pardessuslahaie.net/agriculteurs-methaniseurs .
Ils ont aussi créés une marque collective : planète terre www.planeteterre.net pour commercialiser ensemble leurs produits (compost, terreau, paillage, terre végétale, granulés de bois, plaquettes forestières, briques forestières, etc.).
Un dynamisme et une créativité impressionnants pour inventer ensemble les solutions du XXIe siècle tout en restant ce qu’ils étaient au départ : avant tout des agriculteurs, désireux d’entreprendre et de garder la main sur la transformation de leur propre production.
Autre approche, le lombricompostage, où le travail est fait à froid par les vers de terre qui digèrent la matière organique. J’ai rencontré il y a quelques mois à ce sujet Renaud de Loze, de la « palmeraie des Alpes », qui a fait des expériences très prometteuses à ce sujet. www.palmeraiedesalpes.com
Ne rien gâcher du soleil sur les champs
Le principe est simple : tout rayon du soleil qui nous fait l’honneur d’arriver sur un champ doit fixer du carbone et de l’azote, 365 jours par an, sauf quand il y a de la neige. Donc on ne laboure plus et on se creuse la tête pour faire se succéder en permanence sur les champs des mélanges de plantes qui s’aident à pousser et fertilisent la terre. On passe de « laboureur » à « éleveur de vers de terre ».
Nous sommes seulement au début du commencement de l’exploration de ces techniques de sans labour ; raison de plus pour échanger ses expériences entre pionniers, en particulier via les sites www.asso-base.fr et http://agriculture-de-conservation.com et le forum www.agricool.net
Ne rien gâcher du soleil sur les toits
Autre principe de bon sens : tout rayon de soleil qui arrive sur un toit de grande dimension doit être récupéré pour produire eau chaude ou électricité !
Là encore Lucien Gerbier montre la voie avec le superbe toit de son hangar de 700 M2. Pourquoi sommes-nous encore surpris par une pratique, qui devrait être parfaitement banale… J’ai rencontré récemment un agriculteur suisse qui me disait payer l’intégralité du loyer de ses terres en louant par ailleurs ses toits à un exploitant électrique !
Ne rien gâcher du vent
On peut continuer à décliner le programme des anti-gâchis : comment peut-on encore gâcher le vent qui passe sur ses terres, lorsqu’on est bien ventilé ?
La plupart des agriculteurs devraient à terme vendre de l’énergie, d’une manière ou d’une autre…
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