2016 : ouf, en France, nous avons échappé à la crise

Nous ne parlons que de ça et broyons du noir à longueur de journée, c’est devenu une véritable spécialité nationale : le mot crise a été sur toutes les lèvres en 2015 : crise économique, crise des valeurs, crise politique, etc. ! Bonne nouvelle : finalement nous allons peut-être y échapper ! On pourrait bien constater qu’en fait il s’agit surtout de paroles, de fantasmes, voire d’hallucinations collectives, bien loin des faits concrets, car, en vérité, nous ne sommes toujours pas vraiment (ou pas encore ?) en crise ! on se sera fait bien peur, mais pas de mal !

Par exemple la « vraie » crise économique a un indicateur très simple : c’est quand les banlieusards arrachent leurs rosiers pour planter des pommes de terre. On a pu voir cela en Grèce, au Portugal et en Espagne… mais, jusqu’à aujourd’hui, pas en France. Pour le moment, on en parle beaucoup, on aime se faire peur, on chemine au bord d’un gouffre plus ou moins imaginaire, mais on n’y est pas. Il est frappant de voir la différence absolument considérable entre l’état économique du pays, qui continue à tourner quand même avec une grande efficacité, et le moral des Français : nos trains arrivent à l’heure, nos routes sont entretenues, notre système de protection sociale exceptionnel tient bon, malgré un chômage beaucoup trop élevé, nos enfants sont bien éduqués, nous sommes correctement soignés, quand on ouvre le robinet ou qu’on tourne l’interrupteur, l’eau potable et la lumière jaillissent en permanence, etc. Voyageons un peu ailleurs sur la planète pour constater à quel point tout cela reste exceptionnel ! Notre art de vivre fait des envieux presque partout.

La crise des valeurs, mais, laquelle exactement ! Nous nous sommes levés par millions en janvier dernier pour défendre la liberté de la presse, la liberté de pensée, la liberté religieuse, la laïcité. Des gens de ma génération qui se sont construits en criant « CRS – SS » en sont même venus à aller serrer leur main. Catholiques, protestants, juifs, musulmans et athées fraternisent. Combien de gestes de solidarité, de fraternité a-t-on vus après les attentats de novembre ! On en oublierait presque nos vieux combats pour l’égalité ! On a vu deux listes socialistes se saborder aux régionales pour barrer la route à l’extrémisme, à l’intolérance, à l’exclusion, et… ça a marché !

Il est vrai que notre degré de confiance dans la classe politique a… faibli, et que nous avons l’impression que nous piétinons sans grandes perspectives. Mais, regardons autrement : lors des attentats, chacun a pu pu mesurer, en quelques minutes, puis en quelques heures, à quel point notre état et nos institutions fonctionnent. C’est à Paris et nulle part ailleurs que 195 états se sont mis d’accord, pour la première fois de l’Histoire, pour œuvrer en commun pour la survie de la planète, et la diplomatie française et notre Ministre n’y étaient pas pour rien ! Gageons que cet accord sera prolongé en 2016 par de multiples initiatives citoyennes. En Europe, nous avons, malgré tout, surmonté la crise grecque, et, jusqu’à présent, celle des migrants (dans laquelle il a néanmoins fallu que la Chancelière allemande et le Pape nous rappellent à l’honneur…). Nous avons participé activement à un accord historique sur l’Iran et un premier timide accord aux Nations Unies sur la Syrie, nos troupes ont empêché ou réduit des massacres en Afrique. Nos ONG sont particulièrement efficaces. Les nouvelles régions et les nouvelles municipalités se mettent en place, etc. Tout ne va pas si mal !

L’art de trouver que rien ne va, vraiment rien, devient une véritable passion nationale et notre système éducatif basé sur les vertus du doute et de la critique se retourne vraiment contre nous. Souhaitons-nous pour 2016 un peu plus de retenue et un peu plus d’objectivité en la matière, et un brin d’optimisme pour retrouver dynamisme et goût d’entreprendre ! Tentons donc, de temps en temps, de regarder notre pays avec les yeux des étrangers qui le trouvent… génial. La bonne nouvelle, c’est qu’on n’est pas en crise, mais en mutation, en pleine invention d’un nouveau monde, dont rien de dit qu’il sera plus laid que l’ancien ! Et d’ailleurs les jeunes couples continuent fort heureusement à faire des enfants, signe d’espérance. Efforçons-nous d’observer et de conforter ce qui nait au lieu de regretter en permanence ce qui s’en va…

A propos BrunoParmentier

Bruno Parmentier : Consultant et conférencier sur les questions d’agriculture, alimentation et faim dans le monde. Administrateur d’ONG et de fondations. J'ai 67 ans et j'ai dirigé de 2002 à 2011 le Groupe ESA (École supérieure d'agriculture d'Angers), numériquement, le plus grand Groupe français d'enseignement supérieur en agriculture, alimentation et développement rural. Ingénieur des mines et économiste, j'avais auparavant consacré l'essentiel de mon activité à la presse et à l'édition. J'ai eu ainsi l'occasion de découvrir à l'âge mûr et depuis un poste d'observation privilégié les enjeux de l'agriculture et de l'alimentation, en France et dans le monde (nous avions 40 nationalités chez les étudiants et 14 chez les profs). Il en est sorti trois livres de synthèse, un sur l'agriculture, sur l'alimentation et sur la faim. Trois livres un peu décalés, qui veulent « sortir le nez du guidon » pour aller aux enjeux essentiels, et volontairement écrits avec des mots simples, non techniques, pour être lisibles par des « honnêtes citoyens ». Ce blog prolonge ces travaux et cette volonté d'échange.
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1 réponse à 2016 : ouf, en France, nous avons échappé à la crise

  1. Marc Nicolas dit :

    Merci pour ce message que je découvre seulement le 30 janvier …et que j\\’apprécie .Cela fait près de 40 ans que j\\’entends dire partout que nous sommes en crise . Cela devient de plus en plus ridicule . Une crise est un etat provisoire , extrême , et dans un domaine . On devrait empêcher tous les politiques ou journalistes d\\’utiliser ce mot la . Les débats doivent enfin devenir plus modestes, pragmatiques et concrets , centres sur la résolution de problèmes .Oui, il y a des problèmes à traiter . Que chacun apporte ses propositions . Bruno PARMENTIER , en ingénieur, nous apporte des éléments pour repérer ou sont les problèmes, et aider à trouver les meilleures solutions . Merci Marc Nicolas

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