La vraie révolution agricole reste à venir

La vraie révolution agricole de dans 20 ans reste à venir. Ce qui va décoiffer ? L’alliance de la puissance du calcul et du génie de la vie, du silicium et du carbone, pour inventer une agriculture écologiquement intensive.

Une conférence de 20 mn faite à l’Université d’été du Medef 2018 qui s’interrogeait sur « La France dans 20 ans ». Veuillez excuser le ton un peu trop « familier », du aux conditions matérielles et météorologiques précaires… Mais je ne renie pas le fonds !

 

L'économiste Bruno Parmentier Le Labo by Widoobiz à l’#UEMedef18 !

Gepostet von Widoobiz am Mittwoch, 29. August 2018

Et la version écrite (plus « sérieuse) : :

Pour une agriculture écologiquement intensive

Pour un homme comme moi, pur produit du XXIe siècle, les changements que nous avons vécus ont été… ébouriffants ! Songez que, quand j’étais étudiant, il n’y avait pas de calculette, pas d’ordinateur, quasiment pas de téléphone (j’ai eu six mois d’attente pour obtenir ma première ligne fixe), pas de micro-onde, pas de GPS, pas de jeux électroniques, etc.

Les grandes avancées techniques que nous venons de vivre étaient faites de silicium, le monde du carbone arrive

En matière de sciences et techniques, j’avoue m’être fait piéger au moins deux fois dans la prédiction de l’avenir. Quand j’étais étudiant, nous avions l’impression que les deux « maîtres du monde » s’appelaient ITT et IBM. ITT, International Telegraph and Telephone, une entreprise assez puissante pour carrément organiser le coup d’État de Pinochet contre Allende au Chili ; ça fait belle lurette qu’elle a disparu et on ne sait même plus ce que c’est que le télégraphe ; elle ne sera pas restée maître du monde longtemps ! Quant à IBM, qui à cette époque avait un chiffre d’affaires supérieur au PIB de la Grèce, il existe toujours, en partie rachetée par des Chinois, mais personne ne le qualifierait aujourd’hui de maître du monde ! En fait, pendant qu’on défilait contre ces deux multinationales, on n’a pas assez observé les garages de Californie. Là-bas, des petits jeunes ont compris que les gros ordinateurs et gros centraux téléphoniques allaient se banaliser complètement avec la mondialisation car on trouverait toujours des ouvriers chinois sous-payés pour les fabriquer à la chaîne. L’important n’était pas la machine mais le logiciel. Apple et Microsoft sont arrivés sans qu’on s’en aperçoive, et sont devenus les vrais maîtres du monde. La première est l’entreprise à plus grande capitalisation boursière et le propriétaire de la seconde est l’homme le plus riche du monde, qui a en quelque sorte rang de chef d’état. Nous avons alors changé nos bannières et manifesté contre eux ! Mais, pendant qu’on manifestait à nouveau, on ne regardait toujours pas assez les garages de Californie, où de nouveaux jeunes ont compris que les logiciels allaient se banaliser car on trouverait toujours des informaticiens indiens sous-payés pour les rédiger. L’important n’était plus le logiciel mais la capacité à échanger de l’information à travers le monde. C’est alors qu’on a vu apparaître Google, Facebook, Amazon, etc., les actuels maîtres du monde. Mais, bien entendu, ils ne vont pas le rester, aucun empire n’est éternel, et comme je me suis fait piéger deux fois, j’ai tenté de réfléchir beaucoup à la question de ce qui va leur succéder, ce qui va les ringardiser à leur tour.

Et je crois que j’ai trouvé ! Toutes ces inventions des dernières décennies sont à l’intérieur du « Monde du silicium ». On prend du sable, on le transforme en microprocesseurs et on fait circuler de l’électricité dedans avec une logique binaire (0 ou 1). Tout cela est parfaitement primitif et l’avenir, le vrai, est dans le monde du carbone, du vivant, beaucoup plus riche et prometteur. Dans une vie antérieure d’éditeurs de livres, j’ai publié un ouvrage pas assez remarqué de Jérémy Rifkin, Le siècle Biotech. Il osait écrire qu’en 2050, quand on regardera en arrière, on parlera de l’informatique comme de la technique qui a servi à déchiffrer le génome et ainsi à démarrer la vraie révolution.

Donc je pense que les futurs maîtres de monde, ce seront ceux qui trouveront le moyen de relier le monde du silicium et le monde du carbone, la puissance du calcul au service du génie de la vie. Les prochaines inventions qui vont vraiment nous surprendre et bouleverser nos vies seront là, à la frontière entre ces deux mondes. Et nous allons explorer et découvrir deux univers que nous ne connaissons absolument pas et qui, à n’en pas douter, révèlent des richesses insoupçonnées que nous allons progressivement apprendre à maîtriser : le cerveau et le sol. Songeons qu’on trouve 100 milliards de neurones dans un cerveau, 6 milliards de paires de nucléotides dans une cellule, 108 000 gènes dans le blé, 220 millions d’êtres vivants sous un M2 de terre, 4 000 espèces de bactéries et 2 000 de champignons dans un gramme de terre… Nous découvrons progressivement l’ampleur de notre ignorance et que nous ne connaissons réellement qu’à peine 1/10 des êtres vivants, les gros, alors que les petits et très petits sont infiniment plus nombreux et aussi infiniment puissants.

Les défis de l’agriculture et de l’alimentation restent fondamentaux

L’agriculture mondiale a fait plus de progrès dans les 50 dernières années que dans les millénaires précédents. Depuis les années 60, le monde a doublé sa production de lait, multiplié par 3,5 sa production de blé et de riz, par 5 sa production de maïs, de fruits et de légumes, de viande de porc et d’œufs, par 7 pour les fruits à noyau, par 10 pour les agrumes, par 14 pour la viande de volaille ! Alors que la population n’a été multipliée « que » par 2,5. Résultat, nous sommes beaucoup plus nombreux, mais nous mangeons beaucoup mieux, dans la plupart des régions du monde, et en particulier en Europe ou de fait on pourrait maintenant décider d’arrêter de supplier notre Dieu de nous « donner aujourd’hui notre pain quotidien ». On mange nettement mieux dans la Chine actuelle de 1,3 milliards d’habitants que dans celle de 1960 qui n’en avait que 700 millions. Le tout sur les mêmes champs, et même moins car l’urbanisation, l’érosion et la pollution ont réduit les terres cultivables. Moi je dis bravo, bravo, merci les agriculteurs ! Même s’il reste 800 millions de personnes qui ont faim, autant qu’en 1900 autant qu’en 1950, autant qu’en 2000, chiffre carrément agaçant qui montre que, d’une certaine manière, l’agriculture a quand même échoué…

Mais on n’a pas fini le job car il faut encore augmenter de 70 % la production agricole mondiale d’ici à 2050. D’une part parce que la population va augmenter d’un tiers, donc il faut un tiers de nourriture en plus. D’autre part parce que de plus en plus de gens accèdent à un minimum de richesse leur permettant de consommer des produits d’origine animale, lait, viande ou œufs, qui chacun représentent une véritable concentration de produits végétaux. Rappelons qu’un végétarien ne mange que des végétaux, soit en particulier autour de 200 kg de céréales par an, alors qu’un carnivore, lui, mange indirectement tous les végétaux qu’ont consommé les animaux qu’il mange, ce qui l’amène de fait à multiplier par 4 sa consommation de céréales, autour de 800 kg par an. Enfin, malheureusement, nous gâchons énormément de nourriture, environ un tiers de la récolte mondiale ! Et malheureusement, plus on est riche, plus on gâche.

D’un côté on peut se rassurer en disant qu’avec les techniques actuelles, augmenter à nouveau la production de nourriture de 70 % alors qu’on a déjà réussi à la tripler ou quintupler devrait être possible. Mais d’un autre côté, il ne faut pas sous-estimer la difficulté de l’exercice. Il est plus facile d’augmenter les rendements et la production quand on produit peu que quand on produit beaucoup. Et aussi, et surtout, nous commençons à peine à affronter les conséquences de nos inconséquences : le réchauffement climatique va affecter très fortement la production agricole alors même que nos terres s’appauvrissent et que la biodiversité fond comme neige au soleil. Et enfin les promesses de l’agriculture « tout pétrole, tout chimie » ne sont plus ce qu’elles étaient et les progrès qu’elle a permis de faire sont dorénavant rattrapés par les dégâts qu’elle cause et son « acceptabilité sociale » est en chute libre. On n’arrive plus à augmenter les rendements mondiaux et, malgré une colonisation accélérée de nouvelles terres, nous cultivons chaque année moins de terres sur la planète.

De façon caricaturale, nous avons appris à produire énormément de nourriture en ponctionnant énormément de ressources non renouvelables et en polluant énormément ; nous savons produire plus (et souvent moins bien) avec plus. Nous avons dorénavant besoin d’une nouvelle révolution agricole qui nous permette de produire plus et mieux mais cette fois-ci avec moins : moins de terres, moins d’eau, moins de chimie, moins de tracteurs, moins d’énergie, moins de gaz à effet de serre et moins de gâchis.

Et c’est là que nous pouvons, si nous le voulons, être « sauvés par le gong », car justement cette équation, qui semblait impossible, se pose au moment même où le monde du silicium rejoint celui du carbone : nous allons enfin pouvoir avoir une vraie connaissance du monde du vivant et l’utiliser vraiment. Certains pionniers, souvent raillés et incompris, ont déjà approfondi cette connaissance et cette alliance avec le vivant ; je pense en particulier aux agriculteurs bio. Mais ils n’en sont qu’aux balbutiements, et leur pratique se paye d’une baisse de la quantité : ils savent produire mieux et avec moins, mais ils produisent moins. Mais maintenant, on a des chances raisonnables de pouvoir augmenter les rendements de la bio, et promouvoir une agro écologie intensive, une agriculture écologiquement intensive. Dans nos pays de très forte productivité, le défi est de produire autant mais avec moins, beaucoup moins, d’engrais, de pesticides, de tracteurs, d’énergie, d’irrigation, etc. Et dans les pays tropicaux, où en général la productivité est encore relativement faible, mais où les forces de la nature sont considérables, il s’agit d’augmenter fortement la productivité, mais cette fois-ci avec des méthodes agro écologiques et non pas chimiques.

Mieux connaître et mieux utiliser la nature, inventer une agroécologie intensive

La révolution agricole de l’agro écologie intensive va décoiffer, totalement changer nos paysages, et beaucoup désorienter les agriculteurs, car il s’agit d’un changement radical de notre rapport à la terre ; cette dernière était souvent vue comme une ennemie à conquérir, dominer et parfois combattre, dorénavant il faut la traiter en amie qu’il faut mieux connaître et avec laquelle on passe de multiples alliances.

Nous arrivons à la fin du labour pourtant l’activité symbole par excellence des paysans, qu’on a souvent appelés laboureurs d’ailleurs. Cette méthode de lutte contre les mauvaises herbes en les enfouissant est en fait très primitive. Elle consiste à dépenser énormément d’énergie (auparavant physique, maintenant fossile, de l’ordre de 14 l. de fuel par hectare), pour remonter les cailloux à la surface et transformer nos champs en champs de cailloux, pour donner à manger les vers de terre aux petits oiseaux alors qu’on en a besoin pour remuer la terre en profondeur, pour exposer les engrais de l’année précédente aux vents de l’automne qui les transforment en gaz à effet de serre, pour tasser la terre, détruire les filaments des champignons qui échangent des éléments nutritifs, et perturber toute la vie bactérienne. Le tout pour un résultat très approximatif, car les « mauvaises herbes » (appelées adventices) sont beaucoup plus coriaces que les bonnes puisqu’elles ont réussi à survivre pendant des millénaires malgré toutes les avanies que les paysans leur ont fait subir : sans relâche, ils les ont brûlées, arrachées, enfouies, empoisonnées, et elles sont toujours là ! Et comme elles peuvent endurer trois à cinq ans sous terre, elles ressortiront au prochain labour ! Sans compter que le paysan qui laboure n’utilise le rayonnement solaire que 5 à 6 mois par an. Tout cela paraissait raisonnable quand on avait peur d’une Nature qui nous était largement inconnue et que nous vivions comme hostile. Il nous faut maintenant apprendre à la connaître, et s’apercevoir que les mélanges de plantes, les vers de terre, les champignons et les bactéries sont beaucoup plus efficaces que la charrue. D’ailleurs, quand on les réfléchit, les deux systèmes de production les plus productifs au monde, la prairie naturelle et la forêt tropicale, n’ont jamais connu le labour !

Sur ces terres qu’on ne labourera, plus, ou pratiquement plus, il faudra arrêter de raisonner avec la chimie, laissant cette technique comme moyen de dernière chance, à utiliser ponctuellement quand on a tout essayé et qu’on a échoué, et non, comme actuellement, massivement et de façon préventive. Ou tout du moins on va passer d’une chimie éradicatrice en « -CIDE » (qui détruit ce que nous considérons comme « nuisible »), à une chimie stimulante, qui va aider la nature à mieux faire son travail, une chimie bio-inspirée. En tout premier lieu, on va arrêter d’épandre de l’engrais sur nos terres, puisqu’on va cultiver nos propres engrais. En fait on va faire au moins deux récoltes par an : entre chaque récolte de céréales ou de légumineuses, on va couvrir nos sols avec des mélanges de plantes complémentaires qui vont fixer de l’azote et du carbone entre le mois d’août et le mois de mars, perforer la terre, et d’une manière générale mieux la préparer pour bien produire à la saison suivante. Et quand je dis couvrir le sol, si l’on veut que ce soit efficace, c’est le jour même de la moisson, pour profiter de l’humidité qui reste dans le sol ; après avoir inventé la moissonneuse puis la moissonneuse-batteuse puis la moissonneuse-batteuse-lieuse on va certainement voir des moissonneuses-batteuses-lieuses-semeuses ! Voire même avant la récolte : par exemple certains expérimentent le semis de plantes de couverture par hélicoptère au-dessus des maïs à la fin de l’été, de façon à ce que, lorsque l’on récoltera ce maïs, ce soit déjà vert en-dessous.

De même lorsqu’on sèmera la culture principale, par exemple du blé ou du maïs, on ne commettra plus l’erreur de la semer seule. À bien y réfléchir, semer 20 ha de blé ou de maïs d’un seul tenant est une absurdité qui se paye cher en attaques de toutes sortes (insectes, maladies, etc.). On sèmera à l’avenir des mélanges de plantes qui s’aident mutuellement à pousser et se protègent l’une l’autre. Par exemple un mélange de céréales et légumineuses, plantes complémentaires dans la gestion de l’azote. La difficulté consiste à trouver le bon mélange dans les bonnes proportions, et à savoir si l’on sème groupées des plantes qui poussent ensemble, se récoltent ensemble et dont les grains sont de tailles différentes pour tamiser le tout à la sortie (par exemple blé et pois), ou en rangs alternés, avec obligation de guider les tracteurs par GPS pour ne rien écraser, des plantes qui n’ont pas la même hauteur et qu’on peut alors récolter séparément (par exemple du blé avec du soja). Mais surtout on va redécouvrir la notion de plantes de services, pour, par exemple, cultiver nos herbicides. Dans ce cas on sème notre céréale ou notre légumineuse avec des plantes à croissance rapide, à larges feuilles couvrantes, qui littéralement font de l’ombre aux adventices et les étouffent, en veillant à ce qu’elles soient « gélives » et meurent au premier gel, laissant alors la place nette après avoir effectué le service qu’on leur a demandé, et se transformant à leur tour en engrais. Pour limiter les adventices, il va falloir beaucoup d’intelligence pour les dérouter en allongeant les rotations, et en faisant se succéder plantes à cycle de vie différents, les étouffer en couvrant le sol en permanence pour ne pas leur laisser la possibilité d’accéder aux ressources (eau, soleil, etc.), les empoisonner autrement, via des produits naturels, les brûler ou les ébouillanter sélectivement (par exemple via des drones et des lasers), les faire manger par certains animaux (par exemple les canards qui n’aiment pas le riz, qui désherbent impeccablement les rizières), les enfouir durablement (pendant 5 à 7 ans), les arracher sélectivement, à la main, ou avec des robots spécialisés, etc.

On va aussi pratiquer systématiquement l’élevage d’animaux auxiliaires de culture, et ainsi par exemple élever nos insecticides, c’est-à-dire des insectes, oiseaux ou autres, qui mangent les bébêtes qui mangent nos plantes. Chacun sait par exemple que les coccinelles mangent les pucerons qui infestent nos plantes, et cet exemple peut être multiplié à l’infini. Chaque agriculteur redeviendra donc éleveur, de certains animaux auxiliaires : coccinelles, mais aussi carabes, araignées, chrysopes, guêpes, mouches, punaises, syrphes, mais aussi chauve-souris, crapauds, hérissons, mésanges, etc.

On va également remettre des arbres partout dans nos champs. L’arbre a mauvaise presse actuellement chez les agriculteurs céréaliers car ils constatent que dans les 2 ou 3 m à côté des forêts le blé pousse mal, et qu’en plus les haies empêchent « leur tracteur de s’exprimer » ! C’est ainsi qu’on a arraché 200 000 km de haies en France, 2 millions dans le monde, transformant des régions entières en semi déserts. Mais maintenant on redécouvre l’agro foresterie en raisonnant à l’échelle globale de la parcelle ou du territoire et en prenant conscience des multiples services que peuvent rendre les arbres qui font que, finalement, la productivité est meilleure avec eux. Ils vont chercher les ressources beaucoup plus profondément que les plantes annuelles, ils hébergent les animaux auxiliaires de culture, ils régulent l’humidité, ils font circuler les éléments nutritifs, etc. Et en plus, ils fixent durablement le carbone de l’atmosphère et refroidissent ainsi la planète ! Faire et défaire, c’est toujours travailler, on a subventionné les agriculteurs pour les arracher et maintenant on va remettre un peu partout, compatibles avec le tracteur !

Mais attention, toute cette agriculture nouvelle est extrêmement complexe. Ce n’est pas n’importe quel arbre au milieu de n’importe quel champ, ce n’est pas n’importe quel mélange de plantes, ce n’est pas n’importe quelle rotation de culture, et surtout les solutions pour Carpentras ne sont pas les mêmes que pour Cholet, Colmar, Clermont ou Cambrai. Il va falloir inventer non pas une mais 25 000 agricultures de précision une par canton, et même probablement une par champ, pour maximiser les forces de la nature au niveau micro local. Et à terme ce sera même une agriculture par plante ou par mètre carré, avec des systèmes d’analyse, d’intervention et de régulation d’extrême précision.

C’est là que la combinaison des mondes du silicium et du carbone va prendre sens et produire des effets tout à fait considérables. Ceci ne peut marcher qu’avec des systèmes de captation d’information, d’analyse fine de ce qui se passe dans le sol et des besoins de chaque plante, d’aide au traitement de ces informations, de découverte des mécanismes microscopiques, et d’interventions hyper précises et hyper ciblées que seul le monde du silicium pourra apporter aux agriculteurs. On passe une agriculture « mal au dos » à une agriculture « prise de tête », et d’une agriculture de tradition orale à une agriculture de big data, d’intelligence artificielle, de sondes, drones et robots. Mais les espoirs dans l’efficacité de ces techniques pour produire plus et mieux avec moins sont réels. N’oublions pas que ce qui est en jeu, c’est ni plus ni moins que la survie de l’humanité, car si les gens n’arrivent pas à se nourrir régulièrement correctement et durablement, il n’y aura pas de paix sur Terre.

A propos BrunoParmentier

Bruno Parmentier : Consultant et conférencier sur les questions d’agriculture, alimentation et faim dans le monde. Administrateur d’ONG et de fondations. J'ai 67 ans et j'ai dirigé de 2002 à 2011 le Groupe ESA (École supérieure d'agriculture d'Angers), numériquement, le plus grand Groupe français d'enseignement supérieur en agriculture, alimentation et développement rural. Ingénieur des mines et économiste, j'avais auparavant consacré l'essentiel de mon activité à la presse et à l'édition. J'ai eu ainsi l'occasion de découvrir à l'âge mûr et depuis un poste d'observation privilégié les enjeux de l'agriculture et de l'alimentation, en France et dans le monde (nous avions 40 nationalités chez les étudiants et 14 chez les profs). Il en est sorti trois livres de synthèse, un sur l'agriculture, sur l'alimentation et sur la faim. Trois livres un peu décalés, qui veulent « sortir le nez du guidon » pour aller aux enjeux essentiels, et volontairement écrits avec des mots simples, non techniques, pour être lisibles par des « honnêtes citoyens ». Ce blog prolonge ces travaux et cette volonté d'échange.
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3 réponses à La vraie révolution agricole reste à venir

  1. Gibalen dit :

    C’est intéressant, ça fait rêver, vous en parlez souvent mais en plus là vous développez un peu plus. Mais que pensez-vous de quelque chose que je lis souvent : l’agriculture de conservations aurait besoin d’herbicide.
    Par exemple :
    https://www.terre-net.fr/observatoire-technique-culturale/strategie-technique-culturale/article/une-impasse-pour-l-agriculture-de-conservation-des-sols-217-141944.html

    • BrunoParmentier dit :

      Il ne faut pas sous-estimer le problème gigantesque posé par les « mauvaises herbes » (adventices) aux agriculteurs depuis des millénaires. Le labour et le poison ont été deux armes massivement utilisées pour l’affronter. A ce stade je pense que le labour est écologiquement le plus nocif, malgré la mobilisation actuelle anti glyphosate. Arrêter brutalement les deux et très compliqué. Et quand un agriculteur arrête de labourer, avec une agriculture de conservation des sols, il plonge dans l’inconnu. Par exemple que faire des plantes de couverture s’il ne gèle pas l’hiver ? Au lieu d’autoriser le glyphosate pour 5 ans et de faire des polémiques sur sa possible interdiction après, il aurait mieux valu annoncer clairement, par exemple, que chaque agriculteur n’avait plus droit qu’à 5 et seulement 5 utilisations de glyphosate, pour l’accompagner dans un changement dans lequel il va forcément tâtonner au début.
      Pour aller plus loin, voir dans ce blog Monsanto condamné, qu’est ce qui va suivre ou encore Demain cultiver sans glyphosate.

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