Nourrir chiens et chats avec des insectes, une mesure écologique

Un fabricant de nourriture pour animaux annonce qu’il vient de sortir un aliment pour chiens qui contient 40 % de « mouches soldat », à la place du bœuf qu’il utilisait auparavant. Serait-ce une solution écologique au maintien des animaux de compagnie dans nos pays riches ?

Article paru sur le site Atlantico.fr le 13 janvier 2019

En France également on commence à trouver des croquettes écolos à base d’insectes
  1. Le régime alimentaire canin est-il adapté à un régime insectivore ?

Nous sommes de véritables obsédés de la viande d’animaux à sang chaud, mammifères herbivores comme les vaches, chèvres et moutons, ou omnivores comme les cochons et lapins, ou encore oiseaux comme les poulets et canards. Pour nous et aussi pour ces chats et chiens que nous aimons tant et dans lesquels nous ne cessons de nous projeter ! Mais la « rentabilité » de cette opération alimentaire est désastreuse, car l’animal à sang chaud consacre une bonne partie de son alimentation… à se chauffer (plus à faire des os, des plumes, des boyaux, etc. peu comestibles). Au total, suivant les animaux, il faut de 3 à 12 kilos de végétaux pour obtenir un kilo de viande consommable. Le développement massif de la consommation de viande et de lait dans le monde induit donc une consommation gigantesque de céréales et de légumineuses, et d’herbe, ce qui provoque en particulier raréfaction des ressources, épuisement des terres, et énormément de déforestation et de réchauffement de la planète.

On a calculé que les 163 millions de chats et chiens des Etats Unis consommaient plus de viande que les français… S’ils formaient un pays, ils seraient le 5e plus gros consommateur de viande au monde. Leur nourriture réchauffe la planète autant que 14 millions de voitures. Les français, eux, possèdent 21 millions de chiens et chats qu’ils nourrissent tous les jours avec de la viande. Il est donc légitime de se poser la question de la contribution de leur alimentation à l’aggravation des problèmes écologiques du XXIe siècle !


La chinoise Wang Yanfang a receuilli 1 300 chiens errants !

Or, consommer des animaux à sang froid a une « rentabilité » nettement meilleure, puisqu’ils ne gâchent pas la nourriture en se chauffant ! Le rapport devient d’environ 2 pour 1 (la production d’un kilo de viande ne nécessitant que deux kilos de végétaux). Et toutes les études montrent que la « viande » de sauterelles, de grillons ou de vers de farine est d’excellente qualité nutritive. Elle contient en particulier des protéines de haute qualité, des vitamines et des acides aminés, excellentes pour les humains… et les canins. Evidemment, on manque de recul pour évaluer ce que provoquerait une substitution intégrale de la viande de bœuf à la viande de mouche dans l’alimentation d’un chien, mais on en est encore fort loin !

La question du changement de pratiques alimentaire est donc avant tout culturelle ! Or il doit être plus facile à faire accepter à son toutou chéri de savoureuses croquettes à base de vers de farine ou de mouches que nous-mêmes troquer les brochettes de bœuf pour celles de sauterelles.

  • En quoi remplacer l’alimentation carnivore par des insectes serait bénéfique écologiquement parlant ?

Comme le soulignent les Nations-Unies, « les grillons ont besoin de six fois moins de nourriture que les bovins, quatre fois moins que les moutons et deux fois moins que les porcs et les poulets pour produire la même quantité de protéines. En outre, ils émettent moins de gaz à effet de serre et d’ammoniac que l’élevage conventionnel. De plus, les insectes peuvent être cultivés en utilisant des déchets organiques ». Dans ce cas précis, les larves des mouches soldats (Hermetia illucens) sont de grosses consommatrices de matières organiques en décomposition : fumier, déchets de cuisine, aliments avariés, et tout ce qu’on peut trouver dans un compost. Elles permettent la gestion, le recyclage et la valorisation des déchets d’origines animales ou végétales qu’elles transforment rapidement en engrais vert ou en biodiésel. Dès que ces larves en ont assez mangé, elles se transforment en mouches qui s’envolent, émigrent et deviennent ainsi faciles à récolter. Un cycle ne dure que 4 à 5 semaines.

Bien sûr c’est un peu écœurant de penser qu’on va donner à son toutou ou son minet chéri de la nourriture à base de mouches qui auront proliféré sur du fumier ou du compost bien pourri… Mais en même temps c’est bien ce qui se passe indirectement depuis toujours dans la réalité : les matières organiques ont toujours constitué un excellent engrais qui se transforme en plantes comestibles !

Elevage de mouches soldats noires nourries avec
des déchets végétaux chez NextAlim, à Poitiers

La seule ombre à ce beau tableau écologique vient du fait qu’actuellement les chiens et chats ne mangent pas du bon beefsteak pris dans le filet, mais les bas morceaux de bœufs, ceux que nous mangeons de moins en moins. Si leur alimentation passe massivement aux insectes, que fera-t-on de ces morceaux ? Des saucisses, de la viande hachée ? Tout est dans l’équilibre, mais on n’est pas prêt de passer au plan mondial d’un système à l’autre.

  • Peut-on appliquer le même schéma de réflexion concernant le régime alimentaire humain ?

Si de nombreux insectes présentent d’excellents profils nutritionnels pour les humains, ça ne veut pas dire que nous en mangerons directement et massivement ! Manger ne consiste pas seulement à absorber des calories, des protéines et des vitamines, c’est aussi un acte social et culturel complexe. On mange fort différemment suivant son pays d’origine, sa religion, son sexe, son âge, son niveau d’éducation, son tour de taille, etc. Il y a 50 ans certains avaient prédit qu’en l’an 2000 on se nourrirait de simples pilules, et on n’a rien vu : le beefsteak-frites et la blanquette de veau ont encore de beaux jours devant eux (même si on absorbe de plus en plus ces fameuses pilules, mais comme compléments alimentaires) !

En matière d’alimentation humaine, il est probable que les insectes vont faire une percée significative au XXIe siècle, de façon essentiellement indirecte. Gageons que bientôt il y aura des élevages de sauterelles couplés à ceux de poulets en Bretagne. Nous consommerons donc probablement sans problèmes des œufs de poules nourries partiellement avec des sauterelles ! Ce qui n’a rien de choquant, car une poule en liberté dans un champ a toujours adoré picorer des sauterelles ou des vers de terre, ou des larves de mouches sur le fumier, et… ça ne nous a jamais empêché de la manger.

De plus, dans le même esprit que les croquettes pour chien enrichies aux mouches à m…, gageons que nos petits-enfants mangeront probablement dans quelques décennies des barres chocolatées hyper protéinées dopées aux vers de farine !

A propos BrunoParmentier

Bruno Parmentier : Consultant et conférencier sur les questions d’agriculture, alimentation et faim dans le monde. Administrateur d’ONG et de fondations. J'ai 67 ans et j'ai dirigé de 2002 à 2011 le Groupe ESA (École supérieure d'agriculture d'Angers), numériquement, le plus grand Groupe français d'enseignement supérieur en agriculture, alimentation et développement rural. Ingénieur des mines et économiste, j'avais auparavant consacré l'essentiel de mon activité à la presse et à l'édition. J'ai eu ainsi l'occasion de découvrir à l'âge mûr et depuis un poste d'observation privilégié les enjeux de l'agriculture et de l'alimentation, en France et dans le monde (nous avions 40 nationalités chez les étudiants et 14 chez les profs). Il en est sorti trois livres de synthèse, un sur l'agriculture, sur l'alimentation et sur la faim. Trois livres un peu décalés, qui veulent « sortir le nez du guidon » pour aller aux enjeux essentiels, et volontairement écrits avec des mots simples, non techniques, pour être lisibles par des « honnêtes citoyens ». Ce blog prolonge ces travaux et cette volonté d'échange.
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