Rationnement des frites au Japon

2900 restaurants Mac Do au Japon, deux fois plus qu’en France

La société McDonald’s annonce qu’elle rationne les frites dans ses 2900 restaurants japonais, qui n’en serviront que des petites portions pendant les fêtes de fin d’année ! Une information totalement inattendue pour les Français, occasion de mieux comprendre comment on se nourrit dans le monde.

Les paysans japonais ne peuvent pas nourrir les japonais

Ce n’est pas parce qu’un pays est riche qu’il peut se nourrir tout seul ! Les pays qui ont une forte population et peu de terres arables ne peuvent pas se nourrir directement ; la richesse ne fait rien à l’affaire ; quand ils sont riches ils ne connaissent certes pas l’insécurité alimentaire, mais ils ont quand même vraiment besoin d’un approvisionnement régulier en provenance d’autres pays. Lorsque, pour une raison ou une autre, la logistique de cet approvisionnement grippe, ils connaissent des pénuries ponctuelles de certains produits ; c’est ce qui se passe actuellement pour les frites au Japon.

Les 126 millions de japonais ne peuvent compter que sur 4 millions d’hectares de terres arables (soit un hectare pour 31 personnes !). Alors que les 67 millions de français disposent eux, de 18 millions hectares (1 hectare pour 3,7 personnes). Difficile de se nourrir avec si peu de surfaces. A peu de choses près, le seul produit alimentaire pour lequel les japonais sont excédentaires, ce sont les poissons ! Car là, l’océan est immense et leurs très nombreux chalutiers écument, d’abord le Pacifique, mais bien au-delà : par exemple ils sont très présents en face des côtes de l’Afrique de l’ouest.

Le riz, principale production agricole au Japon

Ils subventionnent énormément leur production de riz, aliment de base s’il en est dans ce pays, même si avec l’occidentalisation de leurs modes de vie, leur consommation est passée de 120 kilos en 1960 à seulement 50 kilos actuellement. Leurs riziculteurs sont très efficaces, avec des rendements moyens de plus de 6 tonnes à l’hectare, ils consacrent à cette activité emblématique le tiers de leurs terres arables (1,5 millions d’hectare), ce qui fait qu’ils sont presque autosuffisants. Sur pratiquement toutes les autres productions ils doivent compter sur leurs importations.

Il y a bien d’autres pays dans ce cas ; par exemple la Corée du Sud, la Suisse, l’Autriche, ou la Grande-Bretagne (je ne suis pas sûr que les anglais qui ont voté pour le Brexit avaient bien compris que leurs paysans ne peuvent pas les nourrir…). Mais ce sont des pays riches. qui auront toujours des dollars pour acheter de la nourriture ; les situations de l’Égypte ou du Bangladesh et bien d’autres sont nettement plus préoccupantes.

Avec l’urbanisation, le mode de vie et de consommation des Japonais se sont largement occidentalisés

Les japonais mangent donc moins de riz. Ils se sont mis au pain et aux pommes de terre, à la viande et au lait ! Depuis 2015 ils dépensent même davantage pour le pain que pour le riz ! Évidemment tous ces nouveaux aliments sont largement importés.

La consommation alimentaire des japonais s’occidentalise à grande vitesse, ce qui augmente leur dépendance envers les productions étrangères.

Un des signes de cette occidentalisation est le succès très inattendu de McDonald’s dans l’archipel, qui compte maintenant 2 900 restaurants de cette enseigne (2 fois plus qu’en France), pour un chiffre d’affaires de 4,6 milliards d’euros. Cette aventure a commencé il y a 50 ans tout près des bases militaire américaines, notamment celle d’Okinawa. C’est d’ailleurs dans cette île que se situe le restaurant qui réalisent le plus gros chiffre d’affaires des 38 000 McDonald’s du monde ! Évidemment il y a eu une petite adaptation de la firme aux cultures alimentaires locales ; par exemple il y proposent des crevettes, du tofu et des sauces adaptées aux goûts locaux. Mais, comme partout ailleurs dans le monde, le Big Mac – cornet de frites fait un tabac ! Les ingrédients sont évidemment importés, mais le prix d’un menu est sensiblement inférieur à ce qu’il est en France (5,44 € contre 6,10 €).

La logistique sans ratés n’existe pas

En matière de pommes de terre, la production japonaise dépasse à peine les 2 millions de tonnes, 4 fois moins que la production française. Ils s’approvisionnent donc auprès de pays exportateurs. Et, tant qu’à faire, auprès de ceux qui sont plus faciles d’accès pour eux : USA et Canada. L’Ukraine, la Pologne ou la France, autres pays exportateurs, sont plus difficiles à atteindre. Tandis que les 2 plus gros producteurs mondiaux (la Chine et l’Inde) consomment chez eux l’ensemble de leur production.

Mac Do est de très loin le premier importateur de pommes de terre (surgelées) au Japon, et donc le premier à souffrir en cas de rupture des chaînes d’approvisionnement. Déjà à Noël 2014 il a eu une grève dure des dockers sur la côte ouest des États-Unis et les cargos ne partaient plus. Ils n’avaient alors pas hésité à faire venir 1000 tonnes de pommes de terre par avion, et avaient mis leurs clients au régime du petit cornet de frites seulement. II faut dire que les fêtes de fin d’année sont une période de pointe dans ce pays, surtout en période de Covid. On voit ainsi se former de très longues queues devant chaque restaurants, particulièrement via le drive, la vente à emporter et les livraisons à domicile.

En cette année 2021, nouveau rationnement : les portions de frites moyennes et grandes ont de nouveau provisoirement disparues. Cette fois-ci à cause des inondations catastrophiques dans l’ouest du Canada couplées avec la baisse du nombre de camionneurs et de dockers en activité due à la recrudescence de l’épidémie de COVID.

Des aléas finalement inévitables de logistique lorsqu’on achète sa nourriture à 8000 km de chez soi !

Le menu Big Mac est aussi très prisé au Japon, et moins cher qu’en France…

A propos BrunoParmentier

Bruno Parmentier : Consultant et conférencier sur les questions d’agriculture, alimentation et faim dans le monde. Administrateur d’ONG et de fondations. J'ai 67 ans et j'ai dirigé de 2002 à 2011 le Groupe ESA (École supérieure d'agriculture d'Angers), numériquement, le plus grand Groupe français d'enseignement supérieur en agriculture, alimentation et développement rural. Ingénieur des mines et économiste, j'avais auparavant consacré l'essentiel de mon activité à la presse et à l'édition. J'ai eu ainsi l'occasion de découvrir à l'âge mûr et depuis un poste d'observation privilégié les enjeux de l'agriculture et de l'alimentation, en France et dans le monde (nous avions 40 nationalités chez les étudiants et 14 chez les profs). Il en est sorti trois livres de synthèse, un sur l'agriculture, sur l'alimentation et sur la faim. Trois livres un peu décalés, qui veulent « sortir le nez du guidon » pour aller aux enjeux essentiels, et volontairement écrits avec des mots simples, non techniques, pour être lisibles par des « honnêtes citoyens ». Ce blog prolonge ces travaux et cette volonté d'échange.
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