Guerre des laits : Comment savoir ce qui est le meilleur pour notre santé ?

Les supermarchés offre maintenant aux consommateurs un nombre impressionnant de choix de laits : de nombreux laits de vache, chèvre, brebis bien sûr, mais aussi de soja, avoine, amande, riz, noix de coco, etc. c’est dorénavant une véritable guerre commerciale ! Comment choisir le meilleur pour notre santé? (voir cet article)

Article paru sur le site Atlantico le 5 octobre 2020

  1. Parmi toute ces gammes de lait, quel serait le meilleur pour notre santé ?

L’idée qu’un aliment serait intrinsèquement bon pour la santé et un autre non est absurde ! Nous avons besoin de manger un grand nombre d’aliments différents et complémentaires et nous ne pouvons pas demander à un seul aliment de nous apporter tout ce que notre corps réclame. En revanche certains aliments sont à déconseiller à telle ou telle personne qui sont intolérantes où allergiques à l’un ou l’autre de ses composants.

Il se trouve que les Français vivent dans un pays qui est un très grand producteur laitier ; il a donc été culturellement très difficile d’y critiquer cet aliment qui, comme il constitue la seule nourriture de nos premiers mois de vie, est considéré comme particulièrement pur et salutaire. Observons que ce n’est pas du tout le cas de la Chine et du Japon, où il n’y a pas de tradition de consommation de lait après la petite enfance et où la proportion de gens qui y sont intolérants est beaucoup plus forte que chez nous. Mais personne ne peut dire que les japonais et les chinois sont tous en mauvaise santé parce qu’ils ne prennent pas de laitages ! C’est dans d’autres aliments qu’ils trouvent ce que leur corps réclame.

Observons également que parmi les mammifères, l’homme est le seul qui continue à boire du lait toute sa vie, et en plus du lait d’autres espèces, principalement bovines. Il est sûr que si on donne une coupelle de lait de vache à un chat, il s’empresse de la boire, mais on n’a jamais vu des chats attaquer les mamelles des vaches ! Et, par exemple, deux animaux qui produisent dans leur corps énormément de calcium ne boivent pas de lait : la poule et l’huitre !

Même dans nos pays très marqués par la culture laitière, à partir de 50 ans il y a assez peu de gens qui continuent à boire un bol de lait au petit-déjeuner le matin, s’étant aperçu qu’il devient difficile à digérer ; ils passent généralement à une consommation de lait « solide » et en quelque sorte pré digéré : fromages, yaourts, suisses, etc., plutôt au déjeuner ou au diner, en association avec d’autres aliments.

Ce qui est nouveau, c’est d’une part la prise de conscience et la popularisation de l’intolérance au lactose, largement sous-estimée auparavant, et le fait que le lait, comme la viande, devient moins à la mode ; on en a « trop » consommé et maintenant on écoute plus volontiers leurs détracteurs, qui critiquent les excès alimentaires, la souffrance animale ou les atteintes à la planète de l’élevage (surtout de ruminants).

  • Suite aux évolutions des modes de consommations liées aux intolérances aux lactose et au gluten, quel lait privilégier ?

Entre les gens vraiment et physiquement intolérants, et ceux qui le sont culturellement, un véritable marché s’est donc développé de produits « sans », à commencer par le sans lactose et le sans gluten, avec des taux de croissance annuel à deux chiffres, bien rares par les temps qui courent, et des chiffres d’affaires qui se mesurent dorénavant en centaines de millions d’euros annuels. Mais aussi sans allergènes, sans OGM, sans matière grasse, fruits à coque, arachide, sésame, avocat, fraise, kiwi, caféine, sans additifs ni résidus de pesticides, etc. !!!

On peut remarquer ironiquement que, moins il y a d’ingrédients, plus le produit est cher, d’autant plus que ce sont souvent les mêmes personnes qui recherchent les aliments « sans » et les coûteux compléments alimentaires : vitamines, oligo-éléments, acides aminés, oméga 3, calcium, magnésium, fer, bifidus, etc.

Bien que le lait de vache ait une valeur nutritive élevée, il n’y a aucune raison pour que, à part les bébés, les gens en aient besoin s’ils choisissent de ne pas le boire. Tous les nutriments contenus dans le lait peuvent être obtenus ailleurs dans l’alimentation. Chacun est donc libre de ses choix alimentaires !

De plus, du point de vue de la santé et du confort de vie, il y a une différence considérable entre un bol de lait de vache et une lichette de fromage, a fortiori de brebis ; cette dernière est beaucoup, beaucoup plus facile à digérer ! Et rappelons-nous que la crème fraiche et le beurre sont… très gras !

Les gens allergiques ou intolérants font d’ailleurs bien de se méfier : il n’y a que le lactose qui peut poser problème : beaucoup de personnes sont intolérantes au soja, aux noix (donc aux amandes et aux noix de coco), ou au gluten (donc à l’avoine) ! Et les laits d’avoine et d’amande sucrés, ou de riz, ne conviennent pas aux diabétiques.

  • Les nouveaux laits comme le lait de soja, d’amande et de coco sont ils si bénéfiques par rapport au lait traditionnel ? Comment expliquer leurs succès ?

Un des avantages du lait de soja est sa forte teneur en protéines, qui correspond à celle du lait de vache. Du point de vue nutritionnel, ce n’est absolument pas à négliger. (Remarquons toutefois que rares sont les Français qui sont carencés en protéines : on en mange actuellement beaucoup trop, et on en a probablement pas un besoin vital dès le petit déjeuner pour humidifier ses céréales !). C’est donc une bonne alternative, d’autant plus qu’il contient des graisses et des fibres insaturées et saines, et est généralement enrichi de vitamines et de minéraux, y compris de calcium. Rappelons toutefois, pour les puristes, que 85 % du soja produit dans le monde est actuellement OGM ! On peut néanmoins espérer que les laits de soja diététiques proviennent des 15 % restant…

Le lait d’amandes est probablement celui dont le goût est le plus proche de celui de vache, ce qui rend la transition plus facile. En fait le terme « lait » est très impropre : il s’agit de quelques amandes (à peine 2 à 8 % !) broyées et mélangées à beaucoup d’eau… et de sucre (souvent plus de sucre que d’amande !), et vendu nettement plus cher que le « vrai » lait. De plus, cet aliment qui est maintenant devenu très mode, donne lieu à une culture industrielle très concentrée en Californie, où il provoque d’énormes problèmes environnementaux [1](problèmes d’eau, de pesticides, de mortalité des abeilles, etc.). Rien n’est parfait dans ce bas monde.


[1]  Voir : http://nourrir-manger.com/2020/01/17/le-lait-damande-menace-t-il-la-californie/

A propos BrunoParmentier

Bruno Parmentier : Consultant et conférencier sur les questions d’agriculture, alimentation et faim dans le monde. Administrateur d’ONG et de fondations. J'ai 67 ans et j'ai dirigé de 2002 à 2011 le Groupe ESA (École supérieure d'agriculture d'Angers), numériquement, le plus grand Groupe français d'enseignement supérieur en agriculture, alimentation et développement rural. Ingénieur des mines et économiste, j'avais auparavant consacré l'essentiel de mon activité à la presse et à l'édition. J'ai eu ainsi l'occasion de découvrir à l'âge mûr et depuis un poste d'observation privilégié les enjeux de l'agriculture et de l'alimentation, en France et dans le monde (nous avions 40 nationalités chez les étudiants et 14 chez les profs). Il en est sorti trois livres de synthèse, un sur l'agriculture, sur l'alimentation et sur la faim. Trois livres un peu décalés, qui veulent « sortir le nez du guidon » pour aller aux enjeux essentiels, et volontairement écrits avec des mots simples, non techniques, pour être lisibles par des « honnêtes citoyens ». Ce blog prolonge ces travaux et cette volonté d'échange.
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