Exposition universelle de Milan : hors sujet !

Après Séville en 1992, pour le 500e anniversaire de la Découverte de l’Amérique, Hanovre en 2000, sur les économies d’énergie et d’espace, Shanghai en 2010 sur la « meilleure ville, meilleure vie », le thème retenu cette année était « Nourrir la planète, énergie pour la vie », un thème à ne pas manquer, en théorie ! La prochaine sera en 2020 à Dubaï.

Expo universelle, vue générale

Bonjour la démesure : 3 milliards d’euros d’investissement, 70 000 emplois créés, 29 millions de touristes attendus (160 000 par jour) 145 pays exposants, etc.

Eh bien, sur le fond, c’est très très décevant ! Au-delà du choc de la mégalomanie et des performances architecturales successives, les exposants n’ont rien de consistant à dire au public.

Déjà, comme tout est évidemment en italien, une langue finalement peu parlée dans le monde, tout est doublé en anglais, mais l’idée générale est que moins il y aura de texte mieux on se portera. Bref en fait le thème récurrent, c’est de tenter dire avec une débauche d’images animées « Venez, venez dans mon pays, il est très beau et on y mange bien » ; on est en face d’une gigantesque foire de promotion touristique mondiale, mais sur le vrai thème : comment allons-nous faire pour nourrir tout sur cette planète et pour résorber la faim dans le monde, il n’y a pratiquement rien !

Expo universelle, pavillon France

Pavillon de la France, original et beau certes, mais aussi insignifiant que les autres ! Enfin on y vante notre pain, nos vins et notre gastronomie…

Expo universelle, pavillon Chine

Le pavillon de la Chine avec son tapis de fleurs, mais… pas grand-chose dedans

Expo universelle, pavillon Israel

et celui d’Israël, avec son magnifique mur végétal de céréales et ses essais de propagande derrière

Israël par exemple a un message un peu sur vendeur à faire passer : c’est nous qui avons inventé l’irrigation, et un pays qui rassemble 0,015 % de la population mondiale a ainsi fortement contribué à son alimentation, vous voyez bien qu’on est des pacifiques ! A la sortie, malaise ! Evidemment ils n’allaient pas parler de leur politique d’accaparement de l’eau de la région, ni des difficultés à se nourrir dans la bande de Gaza !

Et toutes les dictatures de la planète rivalisent de séduction et d’amabilité. On est à Disneyland, tout le monde est beau et gentil, le Paradis est vraiment sur Terre, et d’ailleurs personne n’a faim sur cette planète !

Quand on va dans le pavillon des plus grands pays agricoles comme la Chine, les États-Unis ou le Brésil, le message est creux de chez creux. Aux États-Unis par exemple, on vous détaille les différentes sauces régionales pour faire le barbecue et les subtilités du hamburger. Le Brésil en est réduit à proposer un gigantesque filet d’escalade pour que les visiteurs daignent monter à l’étage, où on ne trouve évidemment rien qui fâche, les inconvénients des OGM, la déforestation, les paysans sans terre, et rien non plus sur les belles réalisations sociales comme leur programme « Faim zéro », pourtant au cœur même du sujet (mais on ne va pas avouer que certains brésiliens mangent mal quand même). La France évidemment vend son pain à travers une boulangerie, sa gastronomie et ses vins ! Finalement, le pavillon que j’ai le plus aimé, c’est celui du Vatican : lui il n’a pas de tourisme et de bonne chère à promouvoir, et du coup il est presque le seul à parler des vrais problèmes.

Soyons honnête : je n’ai pas fait la queue pour entrer dans le pavillon de la Coca Cola ni dans celui de Mac Do, aussi grands que ceux des pays, et je ne peux pas en parler doctement ! Mais au fait, pourquoi sont-ils là, pourquoi voit-on partout des pubs pour Ferrero ?

Bref, on peut se passer d’y aller, surtout plusieurs jours, d’autant plus que Milan ne regorge pas de monuments touristiques, à part sa belle cathédrale, le Duomo.

A propos BrunoParmentier

Bruno Parmentier : Consultant et conférencier sur les questions d’agriculture, alimentation et faim dans le monde. Administrateur d’ONG et de fondations. J'ai 67 ans et j'ai dirigé de 2002 à 2011 le Groupe ESA (École supérieure d'agriculture d'Angers), numériquement, le plus grand Groupe français d'enseignement supérieur en agriculture, alimentation et développement rural. Ingénieur des mines et économiste, j'avais auparavant consacré l'essentiel de mon activité à la presse et à l'édition. J'ai eu ainsi l'occasion de découvrir à l'âge mûr et depuis un poste d'observation privilégié les enjeux de l'agriculture et de l'alimentation, en France et dans le monde (nous avions 40 nationalités chez les étudiants et 14 chez les profs). Il en est sorti trois livres de synthèse, un sur l'agriculture, sur l'alimentation et sur la faim. Trois livres un peu décalés, qui veulent « sortir le nez du guidon » pour aller aux enjeux essentiels, et volontairement écrits avec des mots simples, non techniques, pour être lisibles par des « honnêtes citoyens ». Ce blog prolonge ces travaux et cette volonté d'échange.
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