Manger de la viande réchauffe énormément la planète

Article publié sur le site Atlantico le 17 décembre 2014 sous le titre :

Dérèglement climatique : pourquoi vous tenez Évelyne Dhéliat au bout de votre fourchette

Atlantico : Le débat autour du dérèglement climatique évoque bien souvent les émissions de gaz à effet de serre émanant des moyens de transport, ou encore de l’industrie lourde. Dans quelle mesure l’agriculture ou encore l’élevage participent-ils également à l’émission globale de ces gaz ?

Bruno Parmentier : L’agriculture mondiale est responsable à elle seul du quart des gaz à effet de serre émis par l’homme sur la planète ; un peu moins en France (mais quand même environ 20 %, comme on peut le voir sur ce récent rapport officiel). C’est effectivement un point qui est peu mentionné dans la presse, en particulier parce qu’on se focalise souvent sur le seul gaz carbonique CO2, lequel ne représente que 10 % des gaz à effet de serre émis par ce secteur (les émissions proviennent pour l’essentiel des pots d’échappement des tracteurs et autres camions utilisés). La moitié des dégâts provient du protoxyde d’azote (N20) issu des déjections animales et de la fertilisation azotée. En poids brut, nous parlons là d’émissions beaucoup plus modestes, mais comme ce gaz est 298 fois plus réchauffant que le gaz carbonique, ses effets sont considérables. Les 40 % restants sont émis sous forme de méthane (CH4) provenant de la fermentation des végétaux (soit chez les ruminants, en particulier les « pets et les rots » des vaches, soit dans le sol, ou en milieu humide comme par exemple les rizières) ; là aussi les quantités sont moindres, mais leur pouvoir réchauffant est 25 fois plus important…

On voit que l’élevage est fortement concerné ; en fait il l’est triplement : par les émissions directes issues de la digestion ou des déjections, mais aussi indirectement parce que près de la moitié des céréales produites dans le monde et les trois quarts des protéines végétales (soja, colza, etc.) sont destinés aux animaux, et enfin par le transport de ces énormes tonnages de nourriture vers les étables, porcherie et poulaillers ; des experts ont ainsi estimé que le seul transport de la nourriture pour les animaux élevés en Grande-Bretagne entraînait la consommation de 1,6 milliards de litres d’essence. Au total l’essentiel des émissions de gaz à effet de serre de l’agriculture provient en fait du seul élevage, soit environ 14 % du total émis en France.

Méthane vache

Une vache laitière en élevage intensif produit 90 kilogrammes par an de méthane issu sa digestion, contre quelque 35 kg pour un bovin de pays en voie de développement. Au total, 74 millions de tonnes de méthane sont « éructées » chaque année dans l’atmosphère par les animaux d’élevage. Par comparaison, l’industrie n’en dégage « que » 65 millions de tonnes 

Atlantico : Selon un rapport publié début décembre aux Etats-Unis (voir ici), le public serait sous-informé sur l’impact climatique d’un régime alimentaire comprenant des produits issus d’animaux. Que peut-on dire sur l’évolution de la consommation de ces derniers produits depuis une cinquantaine d’années au niveau mondial ? Celle-ci concorde-t-elle avec l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre ?

Bruno Parmentier : Lorsque le professeur Mark Post, l’inventeur du hamburger entièrement synthétique rappelle qu’un « carnivore qui se promène à vélo est beaucoup moins écologiste qu’un végétarien qui roule en 4/4 », il a parfaitement raison !

Viande et effet de serre

Or la consommation mondiale de viande a littéralement explosé depuis 50 ans ; en effet, dans toutes les cultures, dès qu’on sort de la pauvreté le premier réflexe est de manger et de donner à manger à ses enfants ce que ses grands-parents ne pouvaient pas se payer, à commencer par les produits animaux : viande, œuf et lait, la combinaison pouvant différer d’un pays à l’autre (par exemple les musulmans ne mangent pas de porc, et les Chinois boivent peu de lait), mais le mouvement est absolument général. La Chine de Mao, avec ses 700 millions de chinois, ne pouvait offrir que 14 kilos de viande par personne et par an. Aujourd’hui les 1,3 milliards de celle Xi Jinping en consomment plus de 60 kg. La Chine a donc multiplié par huit sa consommation de viande en quelques dizaines d’années, et est devenu, de très loin, le pays le plus consommateur. Et également le plus gros producteur ; la moitié du milliard de porcs de la planète sont chinois, ainsi que 4,4 milliards de poulets (contre « seulement » 200 millions en France).

Ce phénomène est mondial ; en 1950, on a produit 44 milliards de tonnes de viande, aujourd’hui on en produit 280 milliards. Il faut imaginer qu’on abat plus de 1 000 animaux chaque seconde sur terre…

Cette augmentation gigantesque de la production animale dans le monde n’est évidemment pas sans rapport avec l’augmentation concomitante des émissions de gaz à effet de serre…

Atlantico : En quoi la spécificité des régimes français actuellement participent-ils à ces émissions de gaz à effet de serre ? Où nous positionnons-nous sur ce point par rapport aux autres pays ?

Bruno Parmentier : En moyenne, un Français consomme actuellement 85 kg de viande de 90 de lait par an. C’est environ deux fois plus que son grand-père (on consommait de l’ordre de 45 kg de chacun de ces produits dans les années 50), et trois fois plus que son arrière-grand-père (de l’ordre de 25 kg dans les années 30). Pour rendre ces chiffres plus concrets, songeons qu’en une vie, nous consommons chacun environ 7 bœufs, 33 cochons, 9 chèvres et moutons, 1 300 volailles, 60 lapins, 20 000 œufs et 32 000 litres de lait. Vue comme ça, il est légitime de se demander si la gastronomie française est bien raisonnable ! Elle ne l’est ni pour notre santé (cet excès de produits animaux est probablement une des causes de l’augmentation de la fréquence des maladies du type cancer, artériosclérose, diabètes, obésité, etc.), ni pour celle de la planète. Ce n’est pas parce que les Américains en consomment beaucoup plus, de l’ordre de 125 kg par an et par personne, que nous pouvons éviter de réfléchir à cette question.

Il importe donc de baisser fortement notre consommation de produits animaux. De la même manière que nous avons fortement baissé notre consommation de vin (dans les années 50, nos grands-parents éclusaient 140 litres de vin par an et par personne, contre seulement une quarantaine aujourd’hui). Mais nous pouvons observer qu’il y a encore des viticulteurs : après les manifestations violentes des années 50 ou 60 à Carcassonne et Narbonne, ils ont fini par s’adapter en nous expliquant : « vous voulez en boire moins, ce sera que du bon, que du cher »… Et il n’y a plus de « piquette » dans ce pays ! De la même manière, il serait souhaitable que, dans 20 ou 30 ans, nous mangions beaucoup moins de viande et beaucoup moins de lait, mais « que du bon que du cher », ce qui permettrait aux éleveurs non seulement de survivre, mais également de vivre mieux. Et à la planète également !

Atlantico : A quoi ressemblerait alors un régime équitable, responsable du point de vue de son impact climatique, sans pour autant faire une croix sur les aliments issus d’animaux ?

Bruno Parmentier : La vérité est rarement dans le tout ou rien ; en l’occurrence, il ne s’agit pas de passer, sauf choix personnel motivé par des considérations éthiques, d’un régime excessivement carné un régime carrément végétarien. Il s’agit de manger mieux. Chacun le sait, même s’il n’en tire pas toujours les conséquences, manger mieux c’est d’abord moins : moins de viande, de lait, de sel, de sucre, de matières grasses ! Et plus de céréales, de légumineuses (les plantes qui contiennent beaucoup de protéines végétales comme les haricots, lentilles, pois chiche, soja, etc.), de fruits et de légumes (de saison), et de diversité. Finalement ce n’est pas si difficile, et c’est essentiellement l’imagination qui nous manque et la volonté d’inventer des chemins nouveaux en apprenant de nouvelles recettes. Les prêtres catholiques nous avaient bien convaincu qu’il ne fallait pas manger de viande le vendredi, pendant le carême et l’avent etc., et il ne s’agit que de revenir à ces préceptes sages, mais cette fois-ci pour des motifs sanitaires et écologiques !

On peut déjà commencer par réaliser qu’il est inutile d’offrir un plat de viande à des amis que l’on reçoit chez soi le soir, puisqu’ils en ont déjà mangé au déjeuner ; ce qui manque actuellement, c’est le savoir-faire pour réaliser un bon plat de résistance sans viande. Et puis, même à midi il n’est pas indispensable de manger chaque jour de la viande, et en quantité excessive. 100 g de viande quatre fois par semaine, (mais de la bonne, de la chère !), plus une fois du poisson et deux fois des protéines végétales, ça n’est aucunement un programme triste, insipide et rabat-joie ! Et si nous pouvons manger en plus pour l’essentiel des produits de saison qui ont été cultivés à moins de 100 km de chez nous, ainsi que des animaux intégralement nourris avec des végétaux européens, ça diminuera d’autant les transports (une étude a montré qu’en moyenne aux États-Unis des aliments parcourent 2 400 km avant d’arriver dans l’assiette du consommateur). Et enfin, cerise sur le gâteau, pourquoi ne pas augmenter la proportion de bio dans notre assiette, ça diminuera notre consommation indirecte d’engrais et de pesticides très énergitivores, et donc producteurs de gaz à effet de serre. Des conseils à méditer au moment où nous allons prendre de bonnes résolutions pour l’année prochaine !

Publié dans Actu MANGER, Actu NOURRIR, Actualités | Marqué avec , , | Un commentaire

Voir NOUS et l’eau mardi 16 décembre sur France 2

J’ai participé au film documentaire qui est passée mardi 16 décembre à 20 h 45 sur France 2, au cours de l’émission « NOUS, La France et l’eau ».

En fait j’ai passé 5 heures en juin dernier à enregistrer une déambulation dans un marché parisien avec Marie Drucker, pour parler de « l’eau virtuelle » (combien d’eau a-t-il fallu utiliser pour produire les différents aliments). Ils ont repris quelques minutes à la fin du film (avant dernière séquence). Le produit final n’est pas mal ; voir par exemple la critique de Télérama.

Publié dans Actualités | Laisser un commentaire

Le prix du pétrole baisse, quelles conséquences pour l’agriculture et l’alimentation ?

Le prix du baril de pétrole, qui dépassait 100 dollars depuis plusieurs années, a brusquement chuté en dessous de 60. Il faut remonter à la fin 2008 pour retrouver une baisse similaire (restée ponctuelle), et plus généralement  avant 2007. Nul ne sait encore si cette baisse, largement provoquée par l’Arabie Saoudite pour mettre à mal un certain nombre d’économies de pays (à commencer par celle de l’Iran) et rendre moins compétitive la concurrence des gaz de schiste nord-américain, va durer. Si jamais elle persistait, quelles en seraient les conséquences sur l’agriculture mondiale ?

Prix du pétrole 94-2014

Evolution du prix du pétrole sur 20 ans – Dollars par baril

Source : Federal Reserve Bank Economic Data

Il y en aura forcément, car notre alimentation est très énergétivore, à tous les stades, de la fourche à la fourchette. Les temps ont bien changé depuis l’époque où l’énergie solaire faisait pousser d’immenses forêts, sans aucune aide des humains, forêts qui se sont transformées au cours des temps géologiques en gisements de pétrole, de gaz et de charbon. Mais aussi depuis une époque, pas si lointaine, où l’essentiel de l’énergie utilisée dans l’agriculture était fournie par les humains et les animaux (on estime qu’au début du XXe siècle, un tiers de la surface agricole française était consacré à produire la nourriture pour les animaux de trait). Depuis ce secteur, comme tous les autres secteurs industriels, s’est développé énormément en utilisant l’énergie fossile de façon intensive. Aujourd’hui, on mange grâce l’utilisation combinée de l’énergie solaire nouvelle (la photosynthèse) avec l’énergie solaire ancienne, stockée dans notre sous-sol.

Faisons une rapide revue de détail.  Tout d’abord le labour, symbole s’il en est de l’agriculture depuis des siècles : dans la pratique, labourer 1 hectare consiste à remuer 4 000 tonnes de terre à l’aide de 15 à 40 litres de fuel, suivant la nature du sol. L’augmentation du prix du fuel ces dernières années incitait les anciens « laboureurs » à devenir de modernes « éleveurs de vers de terre », ces derniers se révélant autrement plus efficaces et beaucoup moins onéreux que les tracteurs. Ce changement en cours, fondamental et indispensable, risque d’en être retardé. « Encore une ou deux (ou dix) saisons de labours, Monsieur le bourreau », avant d’affronter l’inéluctable : cultiver sans labour, en « semis direct » ou avec des « techniques culturales simplifiées ». La France accuse un net retard sur cet aspect, et elle risque malheureusement de le conserver.

Mais l’essentiel de la consommation énergétique n’est pas là, elle est d’abord dans les engrais minéraux. Tout d’abord ceux à base d’azote, fabriqués pour l’essentiel à partir de gaz naturel. Entre 1960 et 2010, les surfaces plantées en céréales dans le monde n’ont pratiquement pas augmenté, mais la production, et donc la productivité a triplé, en bonne partie grâce ou à cause d’une consommation d’engrais multipliée par… neuf. Ce qui n’a pas empêché un appauvrissement généralisé de la fertilité des terres. Les autres engrais, principalement le phosphore et le potassium (mais aussi le soufre et le magnésium), sont des produits miniers, qui s’épuisent et donc verront donc leurs prix augmenter de façon structurelle.

Epandage d'engrais

Les agriculteurs français consomment à peine moins de 10 millions de tonnes d’engrais minéraux chaque année, et épandent 75 kg d’équivalent azote par hectare fertilisable.

On peut espérer que cette manière de fertiliser les sols sera moins onéreuse en 2015, ce qui sera plutôt bon pour leurs comptes d’exploitation. Mais à moyen terme, est-ce pour autant une bonne nouvelle ? En effet il est urgent de trouver d’autres manières de fertiliser les sols, plus durables, grâce à l’utilisation des légumineuses qui captent naturellement l’azote (luzerne, haricot, pois, soja, lentille, fève, féverole, lupin ; etc.). Cela peut se faire avec davantage de rotations de ce type de plantes, mais aussi des semis de légumineuses entre les récoltes de céréales, ou même le semis direct en mélange céréales-légumineuses. Les engrais minéraux pas chers constituent provisoirement une véritable solution de facilité, mais seulement à court-terme.

Les pesticides (insecticides, fongicides, herbicides) sont également une sorte de concentré d’énergie. Là aussi la baisse du prix du pétrole risque de provoquer une détente sur ce marché, et donc de retarder la plus que nécessaire baisse de l’utilisation, fort déraisonnable en France, de ces produits…

Autre poste énergétique important : les serres chauffées. Elles vont connaitre probablement une baisse de leurs charges, mais, sur le fond, là aussi il importe de trouver des solutions alternatives durables, en particulier l’utilisation de la chaleur résiduelle d’autres activités : les serres de l’avenir se situeront certainement autour d’installations industrielles comme les centrales électriques, nucléaires ou thermiques, ou d’unités de production de biogaz productrices d’électricité, etc., mais certainement pas « au milieu de nulle part ». Là aussi, « encore un instant, Monsieur le bourreau ! ».

En revanche, avant que le prix de l’électricité ne soit revu à la baisse, et que, par exemple, l’irrigation ou les transformations agroalimentaires coûtent moins, il risque de s’écouler pas mal de temps.

Et, pour terminer, on peut espérer un certain ralentissement du coût du transport. Pas énorme car, rappelons-le, le prix de l’essence à la pompe est d’abord constitué d’impôts et de taxes, et, comme nos Etats sont fauchés, ils n’y renonceront pas. Ce poste est important dans l’économie de l’élevage, qui pourrait là trouver un petit ballon d’oxygène dont il a bien besoin… Mais sur ce point aussi, ce sera quand même reculer pour mieux sauter : il importe absolument d’aller vers des relocalisations de la production agricole au plus près du consommateur, et, en matière d’élevage, de n’élever à terme que les animaux qu’on pourra nourrir avec des végétaux de la région (et donc de se passer purement et simplement de l’importation de soja d’Amérique du Sud). On a ainsi estimé que le transport de la nourriture des seuls animaux élevés en Grande Bretagne, consomme 1,6 milliards de litres d’essence, et qu’aux USA, en moyenne, la nourriture parcourt 2400 km avant d’arriver dans l’assiette du consommateur ! L’allégement des charges de transport pourra donc probablement avoir un effet positif sur les comptes d’exploitation de nombre d’agriculteurs et d’éleveurs, mais il va aussi continuer à accentuer la concurrence internationale, d’autant plus intense que le transport est bon marché ! Il n’est donc absolument pas sûr que cela favorise in fine l’agriculture française !

Bref, la baisse conjoncturelle du prix de l’énergie est à court terme plutôt une bonne nouvelle pour les pays importateurs d’énergie, et les secteurs consommateurs de ces pays, dont l’agriculture en France. Mais elle ne doit pas nous faire oublier que l’énergie coûtera inéluctablement de plus en plus cher et qu’il faut donc dès maintenant apprendre à produire de façon beaucoup moins énergétivore. De ce point de vue, l’agriculture est un secteur comme les autres qui ne doit pas perdre de vue l’objectif final : apprendre à survivre dans une autre donne mondiale.

Sans compter le fait que la consommation accrue d’énergie fossile continue d’accélérer le réchauffement de la planète. Et que sur ce point, l’agriculture est à la fois une grande accélératrice du phénomène et une de ses premières victimes. Elle produit environ le quart des gaz à effet de serre dans le monde (et à peu près 20 % en France). La moitié se trouve sous forme de protoxyde d’azote (N20) issus des déjections animales et de la fertilisation azotée, 40 % sous forme de méthane (CH4) provenant de la fermentation des végétaux ( soit chez les ruminants, soit dans le sol), et les 10 % restant sous forme de gaz carbonique (CO2) émis par les tracteurs et autres machines agricoles, et les transports. Moins l’énergie sera chère et plus l’agriculture continuera à émettre. Mais à l’inverse, c’est elle qui supporte en premier lieu les effets délétères et de plus en plus dévastateurs de ce réchauffement, en particulier : augmentation de la violence des cyclones et des tempêtes, aggravation des canicules, disparition des deltas fertiles des fleuves, avancée des déserts sur les savanes, pénurie d’eau (ou excès), hausse des risques sanitaires pour les plantes et les animaux, migration des cultures d’une région à l’autre et affaissements des rendements.

Au total, si la baisse du prix de l’énergie nous permet de moins souffrir financièrement à court terme, n’oublions pas qu’il faut rapidement et hardiment relever les défis industriels du XXIe siècle. Ne nous en servons pas d’excuse pour retarder les mutations indispensables.

Publié dans Actu NOURRIR, Actualités | Marqué avec , , , , | Laisser un commentaire

Le Banquet des ordures

Face au gaspillage alimentaire, le « Magasin général Darwin » de Bordeaux, lieu alternatif dédié aux « futurs souhaitables » a organisé, dans le cadre de la manifestation gastronomique bordelaise So Good un débat sur le gaspillage alimentaire, auquel j’ai participé, plus un banquet très original, confectionné par le grand chef Philippe Etchebest, uniquement à partir d’aliments considérés comme des déchets, avec un titre provocateur Le Banquet des ordures. Je me suis absolument régalé du Risotto de boulgour au poisson du bassin et sa crème de crustacés à l’estragon, du Pot au feu de veau vert pré du Périgord au tandoori, et du crumble de pommes Gala avec une chantilly Granny Smith et sa gelée de pommes reinettes. L’occasion de participer à la collecte des Banques alimentaires de la Gironde (lesquelles nourrissent 33 000 personnes par jour à travers une centaine d’associations, respect !).

Bravo pour cette initiative symbolique, qui rejoint celle de l’immense banquet anti gaspi de 7 000 personnes donné à Lille en octobre dernier par 4 grands chefs, là aussi avec uniquement des aliments de récup, qui a été filmé par M6.

Les ordures passent à table

Publié dans Actu MANGER, Actu NOURRIR, Actualités | Marqué avec , | Laisser un commentaire

RV télé sur la Chaîne Parlementaire

Rendez-vous à la télévision sur La Chaîne Parlementaire (Public Sénat) pour un débat sur le poids que fait peser la spéculation mondiale sur la capacité des gens à se nourrir, après l’excellent film de Jean Crépu « TRADERS, le marché secret des matières premières » :

Samedi 29 novembre à 22 heures ou Dimanche 30 novembre à 18 heures

Mais aussi : dimanche 7 à 10 h, ou mercredi 10 à 12 h 30, ou dimanche 14 à 9 h

On peut aussi voir le film (sans le débat) ici :

http://replay.publicsenat.fr/emissions/documentaire/traders,-le-marche-secret-des-matieres-premieres/145878

https://www.youtube.com/watch?v=xmgRafdvr7w

Publié dans Actu NOURRIR, Actualités | Marqué avec , , | Laisser un commentaire

Pourquoi vous allez payer votre huile d’olive beaucoup plus cher

Article Paru sur le site Atlantico le 24 novembre 2014

L’année 2014 a été une année particulièrement difficile pour les producteurs européens d’huile d’olive. Printemps trop chaud, été trop humide… Les conditions météorologiques auraient favorisé l’apparition de mites et d’insectes parasites.

Huile olive

Fritures sur la ligne – La bouteille risque de coûter plusieurs euros de plus !

Atlantico :  La production espagnole d’huile d’olive aurait chuté de moitié, l’italienne de 35%, et la grecque de 57%. Quelles conséquences peut-on prévoir suite à cette diminution, et notamment en termes de prix ?

Bruno Parmentier : Bien évidemment, quand les trois plus grands producteurs mondiaux voient leur production chuter dans de telles proportions les prix ne peuvent que flamber ! En effet, la production est très concentrée en Europe, qui représente 73 % de l’huile d’olive consommée dans le monde, et les stocks ne sont pas tels qu’ils puissent absorber cette importante variation. De plus, il est évidemment impensable pour les producteurs de, comme on dit, « réagir aux signaux du marché » car l’olivier n’est aucunement un rapide, c’est un durable, tout le contraire de notre société agitée : il faut attendre environ 7 ans pour faire sa première récolte, et sa maturité n’arrive qu’au bout de 20 à 30 ans ; en revanche, on peut le récolter pendant plusieurs siècles !

Atlantico : Cette crise de l’olive est-elle représentative d’un phénomène plus large ?

Bruno Parmentier : On ne peut jamais être sûr qu’un incident climatique ponctuel comme celui de cette année soit représentatif de réchauffement de la planète. Cependant, le doute existe. Nous aurons bien évidemment à l’avenir d’autres printemps chauds et d’autres étés pourris, qui favoriseront inéluctablement l’arrivée de maladies fongiques et d’insectes indésirables (ici la mouche de l’olive et la teigne de l’olivier). Or la culture de l’olivier est très liée au climat méditerranéen tel qu’il existe depuis 10 000 ans. Cela fait 6000 ans en qu’on a commencé à domestiquer cette plante dans cette région, profitant en particulier de sa grande résistance à la sécheresse. Mais cet arbre résiste mal à l’humidité, à la grêle, aux gelées printanières, et aux vents trop chauds au cours de la floraison (en mai et juin). Si le climat méditerranéen change profondément, il n’est pas sûr que l’on ait le temps de trouver une parade rapidement (évolution génétique, traitements chimiques, etc.). Il faut bien que les pays du Nord, qui sont à l’origine de l’essentiel des émissions de gaz à effet de serre, finissent eux aussi par se rendre compte qu’elles auront des conséquences très concrètes, et pas seulement dans les pays tropicaux !

L’huile d’olive pourrait donc bien devenir durablement plus rare et plus chère… À l’image par exemple du café : certains experts estiment par exemple que les caféiers arabica risquent de pâtir fortement de la multiplication des périodes de fortes précipitations et de sécheresses prolongées et que le rendement mondial de cette plante pourrait baisser de 38 à 90 % d’ici la fin du siècle !

Mais à moyen terme on pourrait également voir les zones de production de l’olivier remonter sensiblement plus au nord de l’Europe…

Atlantico : Des prix en forte augmentation signifient-ils pour autant que la consommation européenne va s’écrouler durablement ? 

Bruno Parmentier : A ce stade, il est difficile de faire des prédictions. Les Français consomment beaucoup plus d’huile d’olive depuis quelques années, mais ils n’en sont qu’à environ 1,5 litres par personne et par an, beaucoup moins que les Grecs (20 litres) ou les Espagnols et les italiens (12 litres). D’un côté on peut donc se dire que quelques euros de plus sur le prix du litre ne va pas les ruiner, d’autant plus que cette huile est associée au luxe et à la santé, qui n’ont, comme chacun sait, pas de prix. D’un autre côté, la concurrence reste féroce avec les autres huiles : colza, tournesol, voire arachide (qui a presque disparue de nos cuisines), ou soja, palme, pépins de raison, maïs, etc., qui vont évidemment tenter de profiter de la faiblesse momentanée de leur concurrent. Mais, à court terme, une fois qu’on aura écoulé les stocks, s’il n’y plus de d’huile d’olive dans les rayons, mécaniquement la consommation va baisser pendant un temps. Et la pénurie de matière première risque d’acculer à la faillite et à l’arrêt d’activité un certain nombre d’industriels… On va donc voir des regroupements de transformateurs et de commerçants, car, dans ces cas-là, les gros mangent souvent les petits !

On ne sait pas encore non plus si c’est la consommation d’huile, ou celle d’olives elles-mêmes qui va souffrir le plus…

Mais chacun sait que les consommateurs restent, eux, très volatils. S’ils changent d’huile de cuisine à cause de l’augmentation du prix de l’huile d’olive en 2015, ou des pénuries, rien ne prouve que ce soit définitif et si la récolte 2015 redevient correcte et les mêmes rapports de prix se rétablissent en 2016, ils pourraient bien revenir rapidement à leur structure de consommation antérieure, tant pour l’huile que pour l’olive elle-même.

En tous les cas il y a certainement un secteur qui va profiter de cette crise : c’est celui de la communication et la publicité !

Atlantico : Johnny Frantoio, producteur d’huile d’olive en Italie a récemment expliqué le phénomène selon lequel lorsque le prix de l’huile d’olive augmente quelque part autour de la méditerranée, tous les autres pays producteurs voyaient également leurs prix augmenter. Comment l’expliquer ?

Bruno Parmentier : Il y a très peu de pays producteurs de cet or jaune : l’Espagne assure près de la moitié de la production mondiale, l’Italie et la Grèce ensemble le quart. Il est bien évident que si la production faiblit dans l’un de ces trois pays, cela affecte fortement le marché mondial, d’autant plus que les traditionnelles quatrième et cinquième pays producteurs, la Syrie et la Tunisie, connaissent des problèmes politiques qui limitent frottements leur accès au marché mondial. Dans un marché aussi concentré, un problème climatique se répercute évidemment au niveau mondial. Et ce n’est pas la France, qui ne représente guère que 0,2 % de la production mondiale (et qui importe 90 % de sa production de ces trois pays), qui peut influer en quoi que ce soit.

Publié dans Actu MANGER, Actu NOURRIR, Actualités | Marqué avec , , | Laisser un commentaire

Interview vidéo sur Faim zéro

Une nouvelle interview télé à deux voix, enregistrée à Toulouse en octobre 2014 en marge d’une conférence, autour de mon livre FAIM ZERO (12 minutes), qui constitue une excellente introduction à sa lecture :

http://vimeo.com/110591414

495760388_295x166

Publié dans Actu FAIM, Actualités | Marqué avec , | Laisser un commentaire

Pourquoi les crevettes que vous achetez sont rarement ce que l’étiquette vous en dit

Article publié le 4 novembre 2014 sur le site Atlantico

Crevettes

30% des crevettes que nous mangeons ne sont pas celles que nous croyons !

Atlantico : Alors que le groupe environnemental américain Oceana affirme que 30 % des crevettes vendues aux Etats-Unis présentent une erreur d’étiquetage et qu’en France la répression des fraudes (DGCCRF) a été amenée en 2012 à donner 817 avertissements (28 %) sur les 2 927 contrôles portant sur l’étiquetage des produits de la mer et d’eau douce, quelle proportion de problèmes d’étiquetage des crevettes concernent la France ?

Bruno Parmentier : La fraude est malheureusement vieille comme le monde ! Un gouvernement responsable doit donc la limiter au maximum ! Obliger les vendeurs de nourriture à apposer une étiquette sur leurs produits constitue un premier acquis, mais contrôler fréquemment et inopinément la véracité des informations imprimées sur les étiquettes se révèle tout aussi utile. Rappelons-nous que dans le scandale des raviolis au cheval roumain, il y avait bien des étiquettes réglementaires sur les produits finaux, sauf qu’elles indiquaient « bœuf en provenance de la communauté européenne ».

Le commerce mondial de la crevette tropicale est très important ; la production mondiale est passée de 2 à 4,3 millions de tonnes de 2003 à 2012. Chacun peut comprendre que, plus un produit franchit de frontières, plus il est difficile à tracer et plus la fraude s’épanouit. Par exemple le pays de provenance sur l’étiquette est le dernier par lequel le produit a passé. La Thaïlande, qui a souvent mauvaise presse en la matière, fait souvent franchir plusieurs frontières à ses produits pour « noyer le poisson » !

Au total, on peut avoir à la fois des provenances qui ne sont pas les véritables, des allégations mensongères, par exemple « crevettes sauvages ou lieu d’élevages », et des noms espèces qui ne sont pas les bons…

Mais, moins en France qu’ailleurs, car nos contrôles restent plus fréquents et plus efficaces. Et les contrôles de provenance ne sont pas les plus importants, les sanitaires restent autrement plus décisifs ! Sur ce plan, on semble bien protégés en France, on a tiré d’excellentes leçons des scandales précédents, et on ne déplore pratiquement plus jamais de gros problèmes. La majorité de ceux qui restent sont d’ailleurs situés en bout de chaine (en particulier mauvaise hygiène et mauvais respect de la chaine du froid en restauration, surtout saisonnière).

Atlantico : Comment expliquer que les étiquettes déforment aussi fréquemment les origines des crevettes, l’espèce et la méthode de production ? Quelle est la législation en la matière en France et quelles sont les failles concernant la loi sur les étiquetages ?

Bruno Parmentier : Il est bien évidemment interdit de tricher. Tout le monde est content quand on a écrit une législation, qui reste néanmoins toujours perfectible. Une fois qu’on a dit ça, les bonnes questions à se poser ce sont « que fait la police » ! Et « a-t-on la police qu’on souhaite dans ce pays » et encore « veut-on la conserver, la développer ou la réduire en période de crise » ? Et notre attitude à ce sujet dépend énormément de la conjoncture : dès qu’un scandale semble pointer, on devient tous extrêmement exigeants et vindicatifs, mais entre temps… on pense à autre chose !

Version pessimiste : la fraude existe et existera toujours parce qu’elle rapporte gros ! Le prix au kilo peut varier fortement suivant l’attitude du consommateur, et certains sont donc tentés d’obtenir illégalement ce qu’ils ne peuvent avoir « à la loyale »… Mais on peut aussi avoir une version plus encourageante : on découvre mieux les fraudes qu’auparavant, et donc on a l’impression qu’il y en a davantage, alors qu’en fait on mesure l’efficacité des systèmes de contrôle publics et d’alerte démocratique, dont celui des associations environnementales comme Océana ! Exerçons donc une vraie pression sur nos gouvernements, et rejoignons les associations !

Atlantico : Alors que les crevettes d’élevage provenant essentiellement du deuxième producteur mondial qu’est la Thaïlande peuvent contenir une quantité importante de produits chimiques impropres à la consommation humaine mais aussi des antibiotiques, quels sont les risques pour la santé chez les consommateurs ?

Bruno Parmentier : Oui, les exploitations « industrielles » de crevettes tropicales en pleine mer, qui détruisent les mangroves et fragilisent le littoral, en particulier en cas de tsunamis, génèrent également d’énormes problèmes sanitaires, dans des mers chaudes et propices à la multiplication des microbes et virus. D’où en particulier le recours très fréquent aux antibiotiques, qui provoquent une accoutumance préoccupante chez le consommateur, amoindrissant ses défenses potentielles en cas de maladies graves chez lui. Sans parler des effets allergènes, ou des produits conservateurs à base de sulfites, ou de la concertation en mercure et autres métaux lourds…

On peut également évoquer la « contamination sociale » : de nombreuses ONG dénoncent régulièrement des pratiques d’esclavage en cours sur de nombreux bateaux de pêche asiatiques qui fournissent le poisson servi comme nourriture dans les élevages de crevettes…

Manger est et restera toujours une activité à risques !

Atlantico : A quelles conditions la France pourrait-elle résoudre ses problèmes d’informations sur la provenance et l’origine des crevettes et plus généralement des produits de la mer ?

Bruno Parmentier : Une des voies qui commencent à être explorées consiste à se lancer dans l’élevage de crevettes tropicales… en France même, où les contrôles et la traçabilité seront plus faciles. Bien entendu pas directement dans la mer, les nôtres sont trop froides et il faut élever les crevettes dans une eau à 28°. En fait sur terre au bord de la mer, par exemple en Bretagne, dans des bâtiments à énergie positive, parfaitement isolés, et maintenus à température avec de l’énergie solaire, éolienne et géothermique. A l’intérieur, de nombreux petits bassins, pour pouvoir résoudre les problèmes sanitaires. Et comme nourriture de base les algues (on en produit beaucoup en Bretagne…), les restes de poisson des conserveries, et les restes des légumes locaux. Un projet très prometteur se monte actuellement à Roscoff. Et quand on trouvera sur nos étals de la bonne crevette tropicale parfaitement locale et tracée, on aura fait un pas décisif !

Publié dans Actu NOURRIR, Actualités | Marqué avec , , | Laisser un commentaire

Interview sur Europe 1 pour parler agriculture

Pour réécouter l’interview de 6 minutes prenant du recul sur les manifestations d’agriculteurs et réfléchissant aux grands problèmes de l’agriculture d’aujourd’hui, sur Europe 1 le samedi 8 novembre à 9 h (émission de David Abiker « C’est arrivé cette semaine ») ; je suis le deuxième à être interviewé, vous pouvez zapper Henri Guaino si vous voulez et passer directement à 11:30 … :

http://www.europe1.fr/mediacenter/emissions/c-est-arrive-cette-semaine/sons/c-est-arrive-cette-semaine-david-abiker-08-11-14-2283613

Publié dans Actu NOURRIR, Actualités | Laisser un commentaire

Parler agriculture et écologie sur C dans l’air

Pour revoir l’Emission C dans l’air du 4 novembre intitulée : Agriculture-écologie, le choix, dans laquelle j’ai participé, aller à :

http://www.france5.fr/emissions/c-dans-l-air/diffusions/04-11-2014_276043

On y a parlé des grands projets contestés en agriculture en se demandant quelle agriculture et quelle société voulons-nous en France dans l’avenir ?

Barrage de Sivens dans le Tarn, aéroport de Notre-Dame-des-Landes près de Nantes, ferme des 1000 vaches dans la Somme… autant de projets d’aménagement qui donnent lieu à des affrontements sur fond de vision opposée de notre société, mais également d’interrogation sur notre modèle agricole et sur le respect de l’environnement. Alors quelle agriculture pour demain ? Et quelles sont les issues possibles dans ces conflits ?

 

Publié dans Actu NOURRIR, Actualités | Un commentaire