Quelques rendez-vous médiatiques autour du Salon de l’agriculture

Je vous donne quelques rendez-vous médiatiques, pour ceux que ça intéresse :

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Madagascar, championne du monde de la crevette

Les deux producteurs malgaches de crevettes tropicales sont les meilleurs du monde ! Un palmarès auquel ce pays n’est vraiment pas habitué, tant il est abonné aux dernières places[1] : 151e à l’indice de développement humain, 174° en PIB par habitant, 178° pour la mortalité infantile, 148° pour l’espérance de vie, etc.

Certes la production de crevettes malgache ne représente guère que 1 % de la production mondiale, et ne génère « que » 100 millions d’euros par an, mais les crevettes de la société OSO ont été les premières à obtenir le label Agriculture biologique, et celles d’UNIMA les premières à avoir un Label rouge !

C’est ce que j’ai constaté en participant à l’émission La quotidienne sur la Chaine de télé France 5 cette semaine.

Evidemment la qualité se paye ! Mais, réfléchissons un peu, qu’est-ce qu’on achète exactement quand on achète des crevettes pas chères ?

  • Le pire : on peut acheter carrément de l’esclavage sur les bateaux qui pêchent les poissons qui nourrissent les crevettes, comme le dénoncent nombre d’ONG. Esclavage ? comment est-ce possible au XXIe siècle ? C’est que ces bateaux clandestins, ou fantômes ne vont jamais au port, comme on peut le voir sur l’image suivante : ils restent en permanence en mer et les pauvres travailleurs qui ont accepté d’y monter le payent parfois de leur vie !

Blanchiement pèche esclavage

Document Courrier International

  • L’assèchement des fonds marins (dans le cas des crevettes péchées, dites « sauvages ») : il faut bien comprendre que la crevette est petite, il faut donc des filets à maille resserrée pour la pêcher. Et, bien évidemment, ces filets attrapent tout ce qu’il y a dans la mer, surtout quand ils raclent les fonds : on a calculé qu’on rejetait souvent 10 kilos de poissons, tortues et autres pour chaque kilo de crevettes péchées ! Pour corriger ce désastre, les malgaches ont travaillé avec des organisations comme le sur des dispositifs comme TED (Turtle Excluding Device), pour permettre aux tortues de s’échapper, et BRD (By-catch Reduction Device), pour réduire les captures accessoires de poissons.
  • De l’opacité complète sur la filière. Quelle garantie avons-nous que cette crevette dite de l’Equateur en provient vraiment ? Chacun peut comprendre que, vu le nombre d’intermédiaires (voir schéma ci-dessus), si on repère l’usine de transformation, c’est déjà bien ! Et, bien évidemment, notre « police de l’alimentation » ne va pas analyser tous les lots de crevettes qui arrivent en France !
  • La destruction de la mangrove tropicale (dans le cas des crevettes élevées) : les gigantesques exploitations de pays comme la Thaïlande abattent en masse cette végétation si nécessaire aux équilibres écologiques, à la biodiversité, et à l’atténuation des tsunamis. Pire, le comportement prédateur de ces gigantesques exploitations les conduit à abandonner les bassins au bout de quelques années, quand ils sont bien pollués, pour aller défricher ailleurs !
  • Des doses massives d’antibiotiques et de produits chimiques : lorsqu’on élève 200 crevettes au M2 (les malgaches se contentent, eux, de 10 animaux au M2!), les maladies guettent, la mer s’acidifie, les déchets stagnent, les animaux stressent, et on tente tant bien que mal de corriger ces disfonctionnements à grand coup d’ajouts chimiques, lesquels se répandent dans la mer… et restent dans la chair des crevettes que nous mangeons ! Sans compter les agents colorants, ou de conservation.
  • Une salinisation des champs et des nappes alentour : pour corriger les différences d’acidité et de salinité, on prélève énormément d’eau douce, laquelle se remplace progressivement par de l’eau salée en ces bords de mer.

On voit donc, une fois de plus, que quand on achète un produit, on achète « le monde qui va avec » ! Au fait, vaut-il mieux manger moins de crevettes, mais de Madagascar, qui en plus sont nettement meilleure au goût, et relativement bien « tracées » puisque c’est la même société intégrée qui effectue toutes les opérations, en se soumettant en plus aux contrôles des labels Bios et Label rouge ? Ou plein de crevettes en se bouchant les yeux sur le monde qu’on achète ? Bon appétit !

Et n’oublions pas que d’ici deux ans, on pourra aussi commencer à manger de la crevette tropicale de Roscoff, produite dans des bâtiments à énergie positive sur terre au bord de la mer, avec un contrôle et une traçabilité totale…

Ferme crevettes Madagascar

 

 

Ferme de production de crevettes à Madagascar

[1] Source : Wikipedia

 

 

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Qui va accompagner la transition agricole ?

Article rédigé pour l’association AEI « Pour une Agriculture écologiquement intensive », à l’occasion de leurs ateliers annuels qui se tiendront à Angers les 4 et 5 mars 2015, sur le thème des « Transitions avec l’AEI ».

Les transitions que va devoir gérer le monde agricole sont très profondes. Les organisations actuelles sauront-elles être à la hauteur de ces enjeux ?

Prenons une comparaison avec les révolutions numériques des dernières décennies. Dans les années 1960, beaucoup pensaient que les « maîtres du monde » allaient s’appeler IBM et ITT, la première ayant un chiffre d’affaire supérieur au PIB de la Grèce, et la seconde ayant très fortement contribué à renverser le gouvernement Allende au Chili. Aujourd’hui la première est devenue une filiale d’une entreprise chinoise et la seconde a depuis longtemps disparue. C’est que, pendant qu’on contemplait des gros ordinateurs dans des salles immaculées et servis par des savants en blouse blanche qui parlaient un langage abscond, le micro-ordinateur a tout balayé sur son passage. Puis dans ce micro-ordinateur, les logiciels sont devenus bien plus importants que les machines elles-mêmes : des étudiants qui travaillaient dans des garages en Californie ont gagné le jackpot, et c’est Microsoft qui est devenu LE symbole de puissance dans le monde (ainsi qu’Apple). Mais pendant qu’on récriminait sur Bill Gates, devenu l’homme le plus riche de la planète, on n’a pas vu venir la nouvelle révolution : faire circuler l’information, encore plus crucial que la traiter… et de nouveau quelques étudiants géniaux ont renversé la table, les nouveaux cerveaux du monde s’appelant désormais Google, Twitter et Facebook. Et pourtant, malgré ces deux leçons magistrales, nous n’arrivons pas à imaginer par qui ils seront remplacés (car ils le seront, forcément).

Dans un autre secteur d‘activité, la plus grande entreprise du monde, General Motors, a fait faillite, pour n’avoir pas vu venir la hausse du prix de l’essence.

Alors, dans l’agriculture, que va-t-il se passer ? Toutes les organisations qui tiennent le haut du pavé sont nées avec la révolution verte, et risquent d’avoir du mal à faire leur propre nouvelle révolution.

Les coopératives par exemple, sont pour la plupart des groupements d’achat qui ont réussi. Malheureusement la réussite entraine souvent un certain conservatisme : pourquoi changer alors que tout va bien ? Aujourd’hui même, il est instructif de lire certains des rapports annuels, par exemple : « 2014 a été une bonne année, on a plus collecté et bien vendu », puis, page suivante « Bonne année, on a augmenté nos ventes d’engrais, de pesticides et de tracteurs » ! On croit rêver, 15 ans après le début du XXIe siècle ! Car dorénavant, une belle performance, c’est évidemment de produire plus et mieux, et donc avec moins d’engrais, moins de pesticides et moins de tracteurs.

Ceci va obliger les coopératives à changer totalement de modèle économique : en particulier de vendre du conseil au lieu de vendre des intrants. Et le plus grand changement est à faire… dans les têtes des dirigeants et des salariés. Heureusement nombre d’entre elles ont commencé à négocier ce virage long et difficile, à commencer par celles qui soutiennent notre association AEI, ou ont créé ensemble une « chaire AEI ». Mais pour d’autres, leur attentisme consiste souvent à se voiler la face et se réjouir de petites étincelles alors que c’est tout le brasier qui s’éteint. De ce point de vue la baisse (très provisoire) du prix des carburants risque de les conforter quelques saisons de plus, jusqu’à ce qu’elles soient contraintes d’aborder le nécessaire et profond changement sans l’avoir vraiment anticipé.

Quand on pense que, non seulement on n’a pas réussi dans notre pays à diminuer l’usage des pesticides de 50 %, comme il a été espéré (un peu naïvement il est vrai) lors du Grenelle de l’environnement, mais qu’en plus on l’a augmenté ! Quelles que soient les responsabilités, complexes et multiples, de cet échec, il laisse songeur sur notre capacité collective de mouvement, face à une planète qui, elle, continue inexorablement à se réchauffer et à voir s’épuiser ses ressources. Ceux qui attendront le tout dernier moment pour bouger risquent fort d’y laisser quelques plumes au passage.

De la même manière, de nombreux syndicalistes s’interrogent fortement sur l’accompagnement à la transition et réfléchissent à comment trouver et mettre en place de nouveaux moyens pour aider efficacement les agriculteurs à affronter les défis du siècle à venir. Mais dans le même temps, d’autres semblent surtout désireux de rejouer une dernière fois les conflits du XXe siècle, avec leurs grandes traditions de mobilisation médiatique (y compris les plus emblématiques, la manif de tracteurs, le dépôt de fumier, l’incendie de pylônes de péages, etc.).

On pourrait continuer avec les Chambres, et d’autres institutions. Certaines, comme celle des Pays-de-la-Loire et de Bretagne, montrent au quotidien qu’elles sont décidées à explorer de nouvelles voies pour faire face aux défis du XXIe siècle ; d’autres semblent nettement plus attentistes.

Et, alors même que les idées des bios deviennent enfin à la mode, après des années d’ostracisme, certains responsables, loin de se réjouir de la diffusion plus large de leurs bonnes idées et bonnes pratiques, se crispent parfois sur la défense rigoriste d’une légitimité ancienne, « ghettoïsée » et peu partageuse.

Le même défi concerne l’enseignement et la recherche. Les grandes institutions de ce secteur sauront-elles bouger assez vite et passer efficacement de leur implication ancienne et reconnue dans l’agriculture intensive (chimiquement intensive) à l’agriculture écologiquement intensive ? Ou bien vont-elles se faire doubler par d’autres acteurs émergents ?

Bref, la transition vers l’inconnu d’un autre monde, c’est difficile, et les virages sont toujours lents quand on est un ex-jeune acteur, devenu gros et ancien. Ça n’est pas perdu, mais c’est encore loin d’être gagné ! C’est parfois plus facile de faire un pas de côté quand on est tout neuf, même si on a peu de moyens. Quitte à se faire ensuite racheter ou récupérer par les gros (comme on l’a vu dans le numérique).

Du coup, on voit aussi apparaître dans le paysage de nouvelles organisations, de « l’âge d’Internet », qui se situent ailleurs, rassemblent quelques passionnés de l’expérimentation, ne demandent rien et s’assemblent pour s’entrainer et s’entraider au changement et à l’innovation. Des organisations centrées sur l’échange d’idées et d’expériences, sur l’expérimentation concertée, sur la construction d’une nouvelle agriculture, et sur la formation mutuelle. Les Sans labour, les Composteurs, les Méthaniseurs, les Demain la terre, etc. Et  l’association AEI « Pour une Agriculture écologiquement intensive », se situe dans la même veine alternative. Serait-ce justement l’équivalent des étudiants fous californiens dans leurs garages ? Finalement quelles seront dans 20 ou 30 ans les organisations qui compteront vraiment après toutes ces transitions : les actuelles qui auront fait leur mutation, ou ces nouvelles, qui les auront démodées ?

Notons que le défi est aussi planétaire : la « vieille Europe » et les Etats-Unis ont largement contribué à inventer et diffuser l’agriculture intensive du siècle précédent. Mais du coup c’est dans ces pays qu’on est devenu le plus dépendant aux intrants, ceux-là même qui vont commencer à manquer. Demain, qui va porter la nouvelle agriculture ? Question OGM, le match est joué (faute de combattants), ce sera en Amérique du nord que l’histoire s’écrira ; il est bien possible qu’il en soit de même pour les défis de la transition numérique, vu l’avance accumulée en la matière sur ce continent. Mais en ce qui concerne les autres transitions, et en particulier celle de l’agronomie et de l’écologie, tout reste possible : le vieux continent saura-t-il avancer plus vite et plus efficacement, ou bien dans ce domaine, comme dans beaucoup d’autre, est-ce que ce seront les pays émergents qui prendront le relais ? Songeons que les matériels de semis sans labour se conçoivent actuellement au Brésil… A nous d’écrire notre avenir finalement !

 

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Nourrir l’humanité sur la radio et sur la télé

Lors d’un passage pour les « rencontres de l’écologie » à Die dans la Drome, j’ai donné une interview de 50 minutes à la radio locale RDWA :

http://www.rdwa.fr/Bruno-Parmentier-Nourrir-L-Humanite-Au-XXIe-Siecle_a4608.html

Logo RDWAEt l’Université de Nantes a mis en ligne sur You tube une vidéo de 1 h 50, l’intégralité de la conférence « Nourrir l’humanité sur une planète aux ressources déclinantes » que j’ai donné le 14 novembre 2014. Bon visionnage !

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Demain vos sushi, à la tomate ou au soja ?

Article paru dans ATLANTICO le 29 Janvier 2015

Sushis à la tomate

Les vrais/faux sushis à base de tomate du chef James Corwell. Plus vrais que nature ?

ATLANTICO : Pour pallier à la disparition de certaines espèces animales, comme le thon rouge, des restaurateurs remplacent le poisson par des aliments à base d’algues ou de légumes ayant le même aspect physique que le thon. Pour protéger nos espèces animales et préserver notre environnement, sommes-nous condamnés à manger du « faux poisson » ? Au vu des richesses de la mer, en a-t-on réellement besoin ? Et serions-nous prêts à en manger ?

On en a mangé dans le monde 160 millions de tonnes de poisson en 2013, contre 18 millions en 1950 ! Soit maintenant 21 kilos par terrien et par an, dont près de 35 par français. Pour cela on a pêché 90 millions de tonnes et élevé 70 millions de tonnes. Croire qu’on peut prélever une telle quantité sans s’occuper sérieusement du renouvellement, et sans dépeupler la mer, est une opinion bien naïve ! Le poisson de mer est en fait tellement menacé qu’il est en fait proche d’être condamné, à commencer par des espèces comme le thon rouge !

Il nous reste donc deux solutions, élever des poissons, ce que nous avons commencé à faire (enfin pas nous les français, essentiellement les chinois et les pays du sud-est asiatique), ou baisser notre consommation ! Depuis 2013, on mange plus de tonnage de poisson d’élevage sur cette planète que de bœuf ! Mais pour des espèces géantes et carnivores comme le thon, l’élevage est difficile, et peu durable car il faudrait pêcher énormément de petits poissons pour nourrir les thons élevés.

Reste donc à réduire notre consommation, ce qui ne satisfait guère l’amateur de sushi, traditionnel (comme le japonais) ou récemment converti, comme quelques français urbains. Ceux qui sont « accros » à cette excellente nourriture en ont tellement envie qu’on en vient donc à leur proposer des substituts, comme pour les drogués finalement. Pourquoi pas en effet ! Si ces substituts nous apportent le plaisir que nous recherchons, en nous aidant à moins piller notre planète si fragile, pourquoi écarter a priori cette solution ?

C’est pareil pour la viande ! Le restaurant chinois Tien Hiang par exemple, à Paris, propose toute une carte de plats de « poulet, bœuf ou porc », qui semblent plus vrais que nature, bien qu’ils soient préparés à partir d’une base végétale, la « protéine de soja texturé ». On y vit une expérience fort intéressante, comme de nombreux articles de presse l’ont relaté.

Faux Boeuf de chez Tien-Hiang

ATLANTICO : Comment est-ce qu’on fabrique du « faux poisson » ? Ce dernier a-t-il les mêmes qualités nutritives ?

On travaille une matière première riche en protéine, qui est souvent le soja, mais aussi d’autres, tel la tomate utilisée par le chef californien James Corwell ; on lui donne la texture désirée (poisson, viande, etc.), puis on rajoute certains additifs qui apportent le goût, et des sauces. Les qualités nutritives ne sont évidemment pas exactement les mêmes. Et il y aura inéluctablement des problèmes un jour avec certains additifs… mais il y en a aussi actuellement avec le poisson, souvent bien chargé en mercure, cadmium, DDT et autres vu la pollution de la mer, à tel point qu’il est fortement déconseillé aux enfants et aux femmes enceintes de manger trop souvent des gros poissons prédateurs carnivores comme l’espadon, la lotte, la daurade, le thon, le loup de mer, le brochet, le requin, etc., qui concentrent fortement ces poisons. En matière d’alimentation, rien n’est jamais définitif et les excès se payent toujours.

ATLANTICO : Certains restaurant se sont spécialisés dans les poissons, comme les chaîne de sushi ou les très prisés restaurants asiatiques. Depuis quelques années, le France est également traversée par une mode du sushi/Sashimi. Ne risque-t-on pas de tuer le commerce si le poisson n’y existe plus ? Va-t-on assister à une expansion du commerce végétalien ?

Il est bien évident que si des millions de français se mettent fréquemment à manger des sushis, cela aggravera notablement l’assèchement des mers… cette mode ne pourra alors que refluer. Si nécessaire, on trouvera bien une autre mode pour se donner de nouveaux frissons gastronomiques. Pourquoi pas celle ces insectes par exemple, ou bien celle des vrais végétariens / faux restaurants de viande et poisson.

ATLANTICO : Dans certains restaurants américains, on sert une mayonnaise végétarienne en utilisant de la protéine de pois à la place des œufs. Dans certains fastfoods, c’est le traditionnel steak haché du burger qui est remplacé par un steak de Tofu. Les algues, plantes et légumes, ont-elles autant de protéines et de condiments que dans les poissons ou les viandes ? A terme ne risque-t-il pas d’y avoir un risque de santé pour l’homme ?

On mange actuellement beaucoup trop de protéines animales en France. Rappelons que dans sa vie gastronomique, un français consomme 7 bœufs, 33 cochons, 9 chèvres, 1 300 volailles, 60 lapins, 20 000 œufs, 32 000 litres de lait et 2 400 kilos de poisson. 85 kilos de viande par an, contre 45 dans les années 50 et 25 dans les années 30. 35 kilos de poisson, contre 10 en 1950. Dans un premier temps cette enrichissement de notre diète a amélioré notre santé (nous vivons quand même 15 ans de plus que nos grand parents), mais maintenant nous souffrons d’excès, ce qui aggrave incontestablement les épidémies d’obésité, artériosclérose, diabète, hypertension, cancer, allergie, intolérance, etc.

A ce niveau, remplacer certains excès de protéines animales par un renouveau de protéines végétales (soja, pois, lentilles, haricots, etc.) ne peut pas nous faire de mal, bien au contraire !

Il reste que manger est toujours un acte… dangereux ! Rappelons-nous que le dernier scandale alimentaire en Europe fut celui des graines bios égyptiennes qui ont tué 48 allemands et blessés des centaines d’autres ! Mais rien ne permet de penser a priori que les protéines végétales, même cuisinées en « fausse viande » ou « faux poisson » soient intrinsèquement dangereuses.

ATLANTICO : Ne risque-t-on pas de déplacer le problème de la culture animale et de notre consommation à celui des plantes et des légumes ?  En somme, être végétarien ne représente-t-il pas un risque également pour l’environnement ?

Les animaux à sang chaud que l’on élève mangent, comme nous… des végétaux, avec une productivité déplorable (suivant les espèces, de 3 à 12 kilos de végétaux pour produire un kilo de viande). Si on baisse notre consommation de produits animaux, cela allègera très fortement notre ponction sur la planète. Mais, au niveau mondial, on n’est pas près d’atteindre cet objectif, alors même que des centaines de millions de gens qui étaient autrefois trop pauvres pour de payer de la viande accèdent à un niveau de vie suffisant pour commencer à en manger. Ce sont bien les carnivores qui menacent le plus l’environnement, pas les végétariens ! Rappelons qu’on carnivore qui roule en vélo menace bien plus la planète qu’un végétarien qui roule en 4/4 !

ATLANTICO : Si nous continuons notre rythme de surproduction et surconsommation alimentaire, quels sont les prochains aliments du quotidien qui pourrait bien finir par disparaître à terme ?

Disparaître totalement, n’exagérons pas ! Diminuer fortement, oui. Les gros poissons carnivores certainement, mais ils seront partiellement remplacés par des poissons herbivores d’élevage (genre carpes, tilapias).

Ensuite, il faudra compter avec les changements de culture alimentaire. On mange beaucoup moins de cheval en Europe de l’ouest depuis que nos anciens chevaux de traits, symbole de virilité et de force, ont été remplacés par des chevaux de loisirs montés par des jeunes filles. Le cheval est devenu un animal de compagnie, on ne le mange plus ; les boucheries chevalines ont fermé et cette viande représente à peine 3 % de notre consommation actuelle. Le lapin devient tabou lui aussi, depuis que les enfants des villes en élèvent chez eux.

Une évolution du même type pourrait bien se passer avec le cochon. Très proche génétiquement de l’homme, il n’est pas impossible qu’il devienne un animal spécialisé dans l’assurance médico-chirurgicale. Lorsque chacun connaîtra des gens qui vivront avec un cœur transplanté de cochon, un poumon de cochon, un foie de cochon, etc., le sort des charcuteries pourrait bien rejoindre celui des boucheries chevalines. Il y a déjà trois catégories de la population mondiale qui ne mangent pas de cochon, les juifs, les musulmans et les hindous ; elles pourraient bien être rejointes par une quatrième, les riches. On imagine en effet ces derniers faisant élever leur cochon, adapté à leurs gènes, pour sécuriser leur santé et faire diminuer leurs assurances maladie et vie, ce qui très probablement les éloignera rapidement du jambon et des saucisses.

En revanche, les insectes feront certainement leur apparition progressivement sur nos tables. Et, qui sait, certains restaurants de sushis pourront se transformer en restaurants d’insectes…

D’autres évolutions pourront venir du changement climatique. Le café arabica par exemple : ses graines poussent dans une fourchette de températures restreinte : de 19 °C à 25 °C. Quand le thermomètre grimpe, la photosynthèse s’en voit affectée et, dans certains cas, les arbres s’assèchent. Les caféiers pâtissent en outre de la multiplication des périodes de fortes précipitations et de sécheresses prolongées. Au total, les rendements de cette culture, qui représente actuellement 60 % du marché mondial, pourraient baisser de 38 à 90 % d’ici la fin du siècle ! On reviendra peut-être à la bonne vieille chicorée, qui sait ?

 

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Film « Quand la Garonne aura soif » sur France 3 samedi 24 janvier

Amis de Midi Pyrénées et Languedoc Roussillon : Ne manquez pas sur France 3: samedi 24 janvier à 15h 20 la diffusion de l’excellent film de Thierry Gentet « Quand la Garonne aura soif ».

J’y participe largement pour réfléchir à cette question angoissante dans le Sud-Ouest : comment vivra-t-on quand il n’y aura plus d’eau dans la Garonne l’été ?

Rediffusion vendredi 30 janvier à 8h50  sur l’ensemble des antennes de France 3 Sud Ouest : Midi-Pyrénées , Languedoc-Roussillon, Aquitaine, Poitou-Charentes et Limousin.

La bande annonce fr3 :https://www.youtube.com/watch?v=InDJRCiBimU

Le dossier France 3 : http://france3-regions.francetvinfo.fr/midi-pyrenees/emissions/doc-24-midi-pyrenees-et-languedoc-roussillon/actu/quand-la-garonne-aura-soif-le-samedi-24-janvier-15h25.html

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Je suis Charlie, juif, flic…

Je suis Charlie, juif, flic

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L’Humanité sur Terre : Une histoire poétique sans faim ?

Lors de ma dernière conférence à l’Institut des futurs souhaitables, un artiste en résidence a fait un poème en direct !

Il s’agit de « Vincent Avanzi, Conférencier, Globe-Trotter et Poète d’entreprise » (voir aussi son site plus « commercial ».

Merci à lui pour ce supplément d’âme, que mes lecteurs peuvent trouver ci-dessous en ce début d’année 2015 ! (Pour télécharger, faire « upload » en fin de texte)

Votons donc le programme « Faim Zéro » auprès de la F.A.O.

Ce n’est pas tant l’abondance qui nous fait défaut,

Mais une agriculture enfin moderne, voilà ce qu’il nous faut.

La faim tel un fléau dont la fin serait l’écho pour repartir à zéro.

L'Humanité Sur Terre, Une Histoire Poétique Sans Faim

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2015 agricole et alimentaire, affronter l’incertitude

En fin d’année, il est de tradition de tenter de prédire ce que sera l’année suivante. Dans cet exercice risqué, peut-on cette fois-ci, plus modestement, commencer par se poser de bonnes questions, qui aident à situer les vrais enjeux ?

La Nature aura-t-elle le dernier mot ?

Nous commençons à subir les effets délétères du réchauffement climatique sur la productivité agricole. La France, pays tempéré, est relativement épargnée (elle est classée 133e sur la liste des pays qui souffriront le plus de ce phénomène). Cela dit, l’été 2014, chaud et humide, a provoqué l’apparition de mites et d’insectes parasites dans les plantations d’oliviers méditerranéennes, invasions que les producteurs n’ont pas pu maîtriser. Cela a provoqué une baisse de production mondiale allant d’un tiers à la moitié, et une flambée conséquente du prix de l’huile d’olive. Du coté des pommes de terre, c’est l’inverse qui s’est produit. Auparavant les étés chauds et humides provoquaient le développement d’une moisissure, le mildiou, dont l’impact sur le ravitaillement alimentaire était tel qu’on lui attribue de gigantesques famines, comme celle qui a frappé l’Irlande entre 1845 et 1848 (2 millions de morts !). Maintenant que les fongicides maîtrisent cette plaie, c’est la production qui flambe : 18 % de pommes de terre supplémentaires cette année dans les pays nord européens, ce qui a provoqué un véritable effondrement des cours de ce produit périssable.

2014 a été l’année la plus chaude jamais enregistrée depuis l’invention des relevés météorologiques, juste devant 2010, 2005 et 1998. Malheureusement, « grâce » à notre inaction, le réchauffement s’accélère ; 2015, année de la Conférence de Paris, sera-t-elle l’occasion de battre ce record ? Si oui, il est évident que conséquences sur l’agriculture seront énormes, cette activité étant étroitement dépendante de la météo. Il est plus qu’urgent qu’elle commence à développer des stratégies de survie dans un monde de plus en plus chaud ! Et de se mettre sérieusement à diminuer ses propres émissions de gaz à effet de serre, qui représentent quand même 25 % du total mondial (20 % en France).

Va-t-on enfin entrer dans le XXIe siècle ?

L’agriculture, tout comme la plupart des autres secteurs économiques, s’est développée à la fin du XXe siècle en utilisant un maximum de ressources non renouvelables : ce que l’on sait très bien faire, c’est produire  « beaucoup, avec beaucoup »… de terre, d’eau, d’énergie, de chimie, de mécanique, etc. et, en plus, par toujours « mieux » ! Au tournant du XXIe siècle, nous nous apercevons que les ressources de notre planète sont dorénavant limitées. Il faut donc impérativement faire une nouvelle révolution technologique pour apprendre à produire « plus et mieux avec moins », ce qui est bien plus difficile… mais aussi bien plus intéressant, une agriculture « écologiquement intensive » qui intensifie cette fois les processus agro écologiques au lieu d’intensifier les processus agro chimiques.

Le problème c’est que chacun a tendance à supplier : « encore une année ou deux, faites-moi une faveur, Monsieur le bourreau » ! Par exemple, on sait bien qu’on utilise beaucoup trop de pesticides dans l’agriculture européenne, tout particulièrement en France, et qu’on pourrait faire aussi bien avec beaucoup moins de ces produits nocifs pour la santé et/ou l’environnement. Le plan ECOPHYTO, élaboré en 2008 par le Ministère de l’agriculture après le Grenelle de l’environnement, prévoyait d’en réduire l’utilisation de moitié. Pour le moment, c’est l’échec : malgré tous les moyens mis en œuvre, non seulement on n’a pas réduit, mais on a augmenté la consommation de pesticides d’environ 5 % par an, et même de 9 % en 2013 ! Et tout porte à croire que ce n’est malheureusement pas en 2015 qu’on va effectuer ce virage absolument nécessaire. On envie de dire : « mais qu’est-ce qu’on attend ? ». On en est encore à des pratiques préventives systématiques, au lieu de mettre en œuvre des batteries de mesures agro écologiques qui rendent beaucoup plus rares les interventions chimiques curatives de dernière chance.

De même la baisse (probablement provisoire) du prix du pétrole en 2015 risque de geler les efforts des agriculteurs pour diminuer fortement, voire arrêter, la pratique du labour ; pourtant il faudra bien un jour abandonner cet usage séculaire et cultiver nos champs 365 jours par an en laissant les vers de terre et les champignons proliférer pour aérer le sol, gratuitement, continuellement et bien plus efficacement que les socs des charrues. On va encore perdre du temps pour passer résolument au XXIe siècle !

La crise va-t-elle finir par nous atteindre ?

Non, nous ne sommes pas vraiment en crise ! Il y a un indicateur très simple de la « vraie » crise : c’est quand les banlieusards arrachent leurs rosiers pour planter des pommes de terre. On a pu voir cela en Grèce, au Portugal et en Espagne… mais pas (encore ?) en France. Pour le moment, on en parle beaucoup, on aime se faire peur, on chemine au bord d’un gouffre plus ou moins imaginaire, mais on n’y est pas. Il est frappant de voir la différence absolument considérable entre l’état économique du pays, qui continue à tourner quand même avec une grande efficacité, et le moral des Français. L’art de trouver que rien ne va, vraiment rien, devient une véritable passion nationale et notre système éducatif basé sur les vertus du doute et de la critique se retourne contre nous. Souhaitons-nous pour 2015 un peu plus de retenue et un peu plus d’objectivité en la matière, et un brin d’optimisme pour retrouver dynamisme et goût d’entreprendre !

Pourra-t-on produire et manger sans régulation ?

Au 1er avril 2015, l’Europe a décidé de supprimer la politique des quotas laitiers. Depuis 1984, elle avait permis de réguler le marché du lait sur notre continent, et ainsi de favoriser nos achats de produits laitiers variés tout en maintenant un tissu riche de fermes traditionnelles réparties sur tout le territoire. Ceux qui nous gouvernent espèrent que Le Marché pourra dorénavant effectuer ce travail, via les contrats entre les industriels et les producteurs. Chacun peut comprendre que cela va accentuer fortement la concurrence entre les producteurs européens, car, bridée depuis des années par un maximum de production autorisée, la majorité peut et va produire davantage, alors que la consommation stagne. Même si on peut espérer exporter davantage en dehors de l’Europe, par exemple en Chine (mais plus du tout en Russie !), il est probable que l’on va plus ou moins rapidement vers un effondrement du prix du lait, et la disparition de milliers de petits producteurs au profit de grandes fermes industrialisées. Il est significatif de voir l’émoi qu’a provoqué en France le projet de ferme dite des « mille vaches », alors que c’est devenu pratiquement la règle dans l’Est de l’Allemagne. Lorsque les petits éleveurs français vont se retrouver en concurrence européenne frontale, ceux qui ne seront pas sur un marché de niche (par exemple la production de fromage d’appellation d’origine contrôlée) vont énormément souffrir. Et d’ici quelques années, la France risque de devenir une grande importatrice de lait ; un comble pour le pays aux mille fromages !

Dans un monde de moins en moins sûr, il est sage, et même impératif, d’imaginer que l’on puisse manger pour l’essentiel des produits cultivés à moins de 500 km de chez soi, et de la manière qui nous plaît. Ceci nécessite absolument une régulation de la production agricole, précaution ancestrale s’il en est. Déjà les empereurs chinois ou romains, et les pharaons égyptiens, avaient compris que si l’on n’ouvrait pas des voies de communication, si l’on ne stockait pas les produits en excédent lors des années de vaches grasses et si l’on ne régulait pas les prix des produits alimentaires, il ne pouvait y avoir de stabilité dans leur pays. Même en France, la pénurie de pain à Paris a été une cause décisive du déclanchement de la Révolution de 1789. La Politique agricole commune a permis depuis les années 60 un développement sans précédent de l’agriculture européenne (et en particulier française), avec différentes méthodes de régulation inventées au cours des âges. Mais maintenant, on ne veut plus réguler du tout, et on risque de constater en 2015 les premiers dégâts provoqués par cette nouvelle mode… Peut-être que cela nous donnera envie de revenir à des politiques plus volontaristes et raisonnables.

De même, au niveau du consommateur, nous savons bien que nos dérives alimentaires sont mauvaises pour notre santé et pour celle de la planète. Nous mangeons trop de viande, trop de lait, trop de sucre, trop de sel, trop de gras, et pas assez de fruits et des légumes de saison, de céréales, de légumineuses, de diversité… Et, disons-le, nous ne dépensons pas assez d’argent ni de temps pour nous alimenter correctement, préférant prendre des risques sur la qualité et augmenter nos dépenses réparatrices de santé, ou celles de gadgets électroniques pas toujours indispensables, tout en passant le minimum de temps au marché et en cuisine. 2015 sera-t-elle une année d’inflexion en la matière ? On boit bien trois fois moins de vin que nos grands-parents des années 50, pourquoi ces évolutions alimentaires devraient s’arrêter ?

Pourra-t-on créer du consensus autour de projets ?

Pendant les « 30 glorieuses », il y avait un consensus national autour de la notion de progrès. Ceci a permis, entre autres, de mettre en œuvre de grands projets d’aménagement du territoire, par exemple en matière d’irrigation pour l’agriculture. Depuis quelques décennies, c’est le reflux : moins de consensus, moins de dialogue, et éloignement croissant du monde des agriculteurs et de celui des écologistes. Du coup, il devient de plus en plus difficile d’imaginer et de réaliser des investissements : installation de nouveaux élevages, infrastructures d’irrigation, méthanisation à la ferme, recherches variétales, création d’équipements touristiques, mesures incitant à la diminution du transport par camions, etc. Le dialogue devient extrêmement difficile et des oppositions se font de plus en plus virulentes, avec l’apparition de militants passés en quelques années de l’internationalisme prolétarien à l’écologie radicale, et qui réussissent à geler les projets quasiment à chaque fois.

En 2015, la situation pourrait bien se durcir encore du fait de l’impopularité record du gouvernement, qui l’empêchera de statuer sereinement et avec autorité, et de tous les débats autour du réchauffement de la planète qui ne peuvent que radicaliser les militants. Comme en plus, la situation économique n’aidera pas à l’investissement, gageons que 2015 sera une année très atone en la matière. Or, il est absolument certain que n’allons pas pouvoir avancer si nous n’investissons plus, dans une situation de concurrence internationale de plus en plus exacerbée, en agriculture comme dans tous les autres secteurs… Même s’il convient, plus que jamais, de bien réfléchir aux tenants et aboutissants de chaque investissement et de créer préalablement du consensus autour.

2015, année de profonds changements malgré tout ?

En attendant que le ciel hexagonal s’éclaircisse, chacun peut quand même appliquer ces gestes simples pour booster sa santé, sa bourse et son cadre de vie… et utiliser « la crise » à son avantage : manger moins de viande, davantage local, jeter moins, recycler plus, laisser sa voiture au garage. Et, de ce point de vue, on peut néanmoins conclure sur une note d’optimisme. Lorsque les idées ont longuement muries, les changements concrets peuvent se mettre en place très rapidement. Songeons par exemple à la généralisation du tri des ordures ou à l’interdiction de fumer dans les lieux publics. Or l’idée que la Terre est finie, ses ressources limitées et qu’elle se réchauffe dangereusement a beaucoup progressée dans les têtes ! Finalement, et malgré tout, 2015 pourrait bien être une année de profonds changements dans nos manières de vivre.

 

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Mildiou et pomme de terre, famine ou faillite ?

La pomme de terre, originaire des hauts plateaux andins, froids et secs, supporte mal les étés chauds et humides. Elle est alors très sensible à une maladie « cryptogamique » causée par un microorganisme, qui attaque également, entre autres, la tomate et la vigne : le mildiou. Celui-ci se manifeste par des taches brunes ou une apparence de moisissures blanches et cotonneuses, suivies d’un flétrissement général de la feuille, puis de toute la plante. Le tubercule atteint pourrit rapidement, tout en dégageant une odeur désagréable et forte.

Dans une période relativement récente, le mildiou… tuait ! Le cas le plus spectaculaire se produisit en Irlande entre 1845 et 1848. La production de pommes de terre, aliment de base de la population, passa de 14 000 à 2 000 tonnes. Les décès par anémie, malnutritions et sous-nutritions engendrèrent une épidémie de choléra, et les colons anglais eurent une attitude inqualifiable : ils expulsèrent les paysans incapables de payer l’impôt sur leurs terres, refusèrent d’utiliser les réserves alimentaires de l’armée, et maintinrent les exportations irlandaises de nourriture : des convois de nourriture appartenant aux landlords, escortés par l’armée, continuaient à partir vers l’Angleterre. Pire : ils refusèrent ou diminuèrent l’aide internationale ! Résultat : l’Irlande passa de 8 millions à 4 millions d’habitants ; on estime que près de 2 millions de personnes périrent, et autant émigrèrent aux Etats-Unis, mais aussi en Australie, en Nouvelle Zélande et au Canada. Et la haine de certains irlandais envers les anglais est restée vivace.

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Le mémorial de la famine témoigne encore à Dublin de cette catastrophe nationale

Aujourd’hui, on sait traiter le mildiou, et on ne risque donc plus la famine ! Y compris en agriculture biologique, où les fongicides à base de sulfate de cuivre ou d’iode, ou encore de bicarbonate de soude avec du savon à vaisselle font merveille, sans oublier les fongicides de synthèse pour les non bios.

Mais… un nouveau phénomène apparaît lors des étés chauds et humides comme l’été 2014 : l’augmentation de la productivité à l’hectare, aux conséquences également désastreuses, non plus pour la vie des consommateurs, mais pour les revenus des producteurs. En effet la plante, lorsqu’elle n’est plus attaquée, profite largement de ces conditions climatiques.

Dans l’Irlande du XIXe siècle, la productivité à l’hectare était de l’ordre de 3 tonnes (et, en 1846, elle était tombée à seulement 1 tonne). Entre 1960 et 1990, en France, le rendement moyen était déjà passé de 20 à 33 tonnes. En 2000 il avait encore grimpé à 42 tonnes ; en 2013 on en était à 45 tonnes. En cette année 2014, chaude et humide, on a dépassé les 50 tonnes en France, et même les 56 tonnes en Belgique !

On peut ainsi mesurer les progrès accomplis par l’agriculture : actuellement l’agriculteur qui sème 2 tonnes de pomme de terre en récolte 25 fois plus (en moyenne, certains ont des pointes à 40 fois plus !). Rappelons que, pour le blé, on en est à un facteur de 80 : 100 kilos de semence, 8 tonnes de récolte !

Mais le problème est que la pomme de terre, contrairement au blé, ne peut pas être conservée d’une année sur l’autre. Du point de vie de sa commercialisation, elle ressemble davantage au légume : une mauvaise récolte ou une légère baisse de la consommation provoque une envolée des prix, et, à l’inverse, les bonnes années, les prix chutent brusquement. Car en plus, facteur aggravant, les cours soutenus depuis quelques années ont incité les producteurs à augmenter les surfaces de production. Résultat, dans les pays producteurs du Nord-ouest européen, la production totale est passée de 24,2 millions de tonnes à 28,6 (+ 18 %), alors que la demande n’a absolument pas bougé.

Pommes de terre

150 des 3 000 variétés de pomme de terre sont cultivées en France,

mais on n’en consomme plus qu’un kilo par semaine.

En fait, la demande n’a cessé de baisser dans les pays riches comme les nôtres, au fur et à mesure que le niveau de vie augmentait. Au sortir de la guerre, on en consommait encore 152 kilos par habitant, aujourd’hui entre 50 et 55 kilos (moitié en direct, moitié sous forme de produits industriels type purée, frites surgelées ou chips). Et on ne voit pas ce qui pourrait la faire remonter de façon significative, hormis une grave crise économique. Rappelons à ce sujet que nous ne sommes pas vraiment en crise : les banlieusards n’ont pas encore arrachés leurs rosiers pour planter des pommes de terre dans leur jardin !

Résultat, le prix de vente de la pomme de terre de consommation, qui était de l’ordre de 300 € la tonne en 2012, et 200 € en 2013, est tombé entre 35 et 90 € la tonne en cette fin d’année 2014, prix qui parfois ne paye même plus le coût de la récolte ! Inutile de dire que les producteurs sont… préoccupés.

Et, malheureusement pour eux, une organisation européenne des producteurs qui gèlerait une partie de la production (par exemple en ne la récoltant pas), pour obtenir le maintien des cours à des niveaux raisonnables, ou bien organiserait le stockage d’une année sur l’autre sous forme de produits transformés, ne semble pas pouvoir se mettre sur pied. En quelque sorte ils sont les victimes de leur succès agronomiques, et de leur individualisme !

Mais, avec le réchauffement de la planète les « années à mildiou » (maîtrisé) seront de plus en plus fréquentes, et, vu les progrès de la génétique, les rendements vont continuer à augmenter. Il faudrait peut-être songer à une meilleure organisation des producteurs non ?

En revanche on peut espérer qu’au moins les restaurants du cœur et autres banques alimentaires vont être largement servis !

  1. Chiffres : Comité national interprofessionnel de la pomme de terre CNIPT et Union nationale des producteurs de pomme de terre UNPT (merci à François-Xavier Broutin)
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