Perdre 3 kilos avant le maillot

Avec le printemps les magazines féminins (et certains masculins) nous prennent tous pour des cloches en expliquant à longueur de colonnes comment « perdre 3 kilos avant le maillot ». Les vendeurs de régimes et de poudres de perlin pinpin sont au maximum de leur saisonnalité ! C’est l’occasion de redire quelques évidences sur le sujet.

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Si 75 % des gens qui suivent un régime commencent par maigrir, 80 à 95 % d’entre eux finissent par reprendre davantage de poids qu’avant

Les régimes font grossir

Modifier son physique en profondeur est une tâche dont on sous-estime la complexité. On réajuste alors d’un seul coup toutes les étapes de son rapport à l’alimentation : le contenu et la fréquence des courses, le choix des aliments (moins de ceci, plus de cela et certains totalement nouveaux), leur préparation (mode de cuisson, type de recettes), le rythme et la structure des repas. Ce « management » de son corps se paye souvent par une grande lassitude, des déprimes et une sorte de « fatigue d’être soi ». Pour finir, quand on se restreint trop, il y a en général tôt ou tard un effet retour désastreux.

On peut ainsi créer de toutes pièces des troubles alimentaires chez des personnes qui au départ n’avaient aucun problème de surpoids : plus elles se soumettent à des restrictions, plus elles finissent par grossir. Et souvent, c’est le traitement qui cause la maladie et non l’inverse. Certains contestent même la notion d’épidémie d’obésité, en lui préférant celle d’épidémie de mise au régime.

Rien de sert de courir, il faut manger à point !

Pour éliminer un soda et ses 150 calories, il faut marcher quarante minutes ; à ce compte, mieux vaut boire de l’eau dans son fauteuil ! 360 calories d’un muffin équivalent à trente minutes de course à pied ou à une heure et quart de vélo. Ce n’est pas à proprement parler en faisant du sport qu’on maigrit, mais en adoptant une alimentation appropriée. Une barre chocolatée de moins par jour, ou deux sodas, ce sont 5 kilos de moins à la fin de l’année ! Mais il faut quand même bouger, car les muscles sont aussi des glandes qui, stimulés par l’exercice, activent tous les gènes de notre organisme.

Plus exactement la prise de poids c’est la différence entre les calories qui rentrent par notre bouche et celles qui sortent par notre activité ; il faut donc avoir la sagesse de ne manger que ce que nous sommes décidés à évacuer, et donc de réduire les quantités ingérées lorsqu’on fait moins de sport, ou passe à un emploi sédentaire ou à la retraite… Dommage c’est justement un moment où on a plus de temps pour manger !

Pour des escaliers sympathiques

Rien ni personne ne nous empêche de monter les escaliers plutôt que prendre l’ascenseur… sauf les architectes qui s’obstinent à cacher les cages d’escaliers sordides en béton brut derrière les ascenseurs design. A quand des escaliers majestueux largement ouverts devant les halls d’entrée des immeubles (comme on les construisait avant) avec des ascenseurs cachés derrière ? Monter à pied deux étages de plus par jour peut permettre de consommer jusqu’à 2,7 kg en un an. Réclamons des couloirs et escaliers bien décorés, avec des couleurs chaudes et de larges fenêtres ouvertes sur l’extérieur, voire de la musique, des tableaux ou des panneaux d’affichage, pour qu’on ait plaisir à les emprunter, avec des coins repos où l’on ait envie de se parler ! Vive les pistes cyclables, les garages à vélo omniprésents, les chemins piétonniers ! Et le chemin vers la boulangerie doit se faire évidemment… à pied !

No stress, no télé à table

La sensation physique de satiété met quinze ou vingt minutes à arriver à notre cerveau. Si on mange en moins de 20 minutes, ou en pensant à autre chose, par exemple devant la télé, ou stressé, sans mâcher ou des aliments mous, on mange trop ! Rappelons-nous donc que la moindre pizza-bière devant la télé, c’est l’obésité assurée, alors que le banquet interminable au cassoulet et vin rouge avec les copains n’a jamais fait grossir personne !

Donc c’est simple, ne jamais manger debout, ou devant la télé ! Et si possible sans lire ni écouter la radio non plus : penser à ce qu’on mange, ou en profiter pour refaire le monde avec famille et amis !

Taille des verresTaille des assiettes

Ces deux assiettes contiennent la même chose, mais ne font pas le même effet (idem pour les verres)

Petites assiettes et long verres font des gens équilibrés

Ne sous-estimons pas le pouvoir de la vue sur la prise alimentaire. La mode des grandes assiettes design et des bols immenses se révèle ainsi désastreuse car les gens se servent immanquablement des parts plus grandes ! Surtout lorsqu’ils sont colorés et que les aliments disparaissent dedans. De même pour les verres, on a toujours l’impression de moins boire dans un verre bas et large que dans un verre haut et étroit. Ne prenons donc des boissons énergisantes, sucrées ou alcoolisées que dans des verres hauts et étroits, en réservant le verre obèse pour la bonne eau ! Travaillons aussi la taille de nos plats : ne servir les biscuits apéritifs ou autres chips que dans des petits plats, sinon les rondeurs nous guettent !

Chocolats et bonbons loin de la télé

Une boite de chocolat ou de bonbons sur la table basse du salon, c’est un véritable désastre ! Un homme prudent et raisonnable met donc sa réserve dans une autre pièce, derrière une porte opaque et s’oblige ainsi à se lever et à marcher pour satisfaire son vice. Une mesure de base pour diminuer sa consommation, mais pas son plaisir car l’unique carré de chocolat ainsi mérité sera, lui, vraiment dégusté !

De même méfions-nous de nous-mêmes : plaçons nos « petits vices » tout au fond du réfrigérateur et non juste devant, où ils seront sûrs d’être empoignés en premier. Laissons donc les aliments les plus sains sur la « ligne de front », et achetons-les en quantité, et pas l’inverse !

L’allégé pousse au vice

Le light autorise les excès : puisque l’aliment est léger, on croit pouvoir en reprendre sans risque. Les produits allégés provoquent ainsi une nette augmentation de la consommation alimentaire. Quoi qu’il arrive, le corps réclame son dû. De plus, le sacrifice du light, souvent moins goûteux, engendre des frustrations et appelle la transgression. Ne pas oublier qu’une crème au chocolat light ou un yaourt allégé aux fruits restent plus caloriques qu’un yaourt nature – surtout si au passage on a augmenté la taille des pots ; que les biscuits dits « légers » sont en général plus gros que leurs prédécesseurs, ou que les thés glacés, qui se donnent des airs légers et diététiques, contiennent en moyenne douze morceaux de sucre par litre…

Il n’y a d’ailleurs pas de miracle : un produit allégé en graisse, mais qui est onctueux et goûteux, est, dans l’état actuel des techniques, plein de sucres. Et inversement : les produits moins sucrés sont souvent plus gras.

Rappelons en plus qu’un verre de vin ou de champagne contient 105 kilocalories (soit l’équivalent de 5 morceaux de sucre) et une bière ou un whisky 200, l’équivalent d’un hamburger, de 7 petits-beurre ou de 10 morceaux de sucre, et nettement plus qu’un verre de soda qui ne contient « que » 67 kilocalories. De même, un verre de jus d’orange ou de pomme « sans sucre ajouté » équivaut à un verre de soda. Boire de l’eau reste donc une valeur sûre !

 

En définitive bien manger, c’est manger juste ce dont on a besoin, tranquillement, sereinement, en mâchant et en regardant ce qu’on mange (ni radio, ni télé, ni lecture) ; en famille ou avec des amis, dans la joie et la bonne humeur ; des plats qu’on aime, avec des recettes de nos grand-mères auxquels nos gênes sont adaptés ; moins de viande et de lait, de sel, sucre et matières grasses ; davantage de fruits et légumes (de saison), de céréales, de légumineuses, de diversité… et enfin local, bio, équitable, etc., sans en faire une religion !

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Réchauffement climatique et agriculture

Deux nouvelles fâcheuses viennent de tomber d’Amérique ces derniers jours, qui confirment s’il en était besoin les inquiétudes sur le réchauffement climatique :

  • La NASA nous dit que la période 1971-2000 a vraiment été la plus chaude de ces 14 derniers siècles, et que les choses s’aggravent puisque 8 des 9 années les plus chaudes (depuis 1880 où on a des relevés stables) ont eu lieu… depuis 2000
  • L’Université de Californie à San Diego nous apprend que nous venons de franchir en mai dans sa station de Hawaï le seuil symbolique de 400 parties par million (ppm) de dioxyde de carbone (CO2) atmosphérique, le taux le plus élevé depuis… 2,5 millions d’années (voir : http://scrippsco2.ucsd.edu/research/atmospheric_co2.html). De ce fait, l’objectif de limiter à 2°C le réchauffement d’ici à la fin du siècle est déjà presque intenable. Deux graphiques illustrent ci-dessous ces données, la concentration du CO2 depuis 800 000 ans et son évolution depuis 1960 :

Concentration CO2 depuis 800000 ans

Concentration CO2 à Hawai depuis 1960

On peut également visualiser une animation de la NASA très impressionnante sur l’évolution de la température des différentes régions du globe depuis 1880 ici :

Quand je la passe dans mes conférences, les participants en restent… sans voix ! Voilà une minute plus éloquente que de nombreux discours (légende : couleurs bleues : anomalies de -1 ou -2° par rapport à la moyenne ; couleurs jaunes et oranges : anomalies de +1 ou +2°).

La Planète Terre aura le dernier mot : si on la personnalise, elle s’en fiche complètement, elle, du taux d’endettement de la Grèce ou du déficit budgétaire français, elle se réchauffe et ses ressources s’épuisent. A nous de voir si l’on s’occupe sérieusement de relever ce défi avant qu’il ne soir bien tard, et alors même que, dans la seule année 2012, on a compté 32 millions de « déplacés climatiques » dans 82 pays…

Les conséquences sur l’agriculture mondiale seront absolument majeures : des cyclones plus violents, des canicules plus fréquentes, la disparition des deltas fertiles, l’avancée des déserts sur les savanes, plus assez d’eau dans de nombreuses régions, trop d’eau dans d’autres, augmentation du risque sanitaire, baisse des rendements, etc. (liste non limitative !).

En la matière, trois types d’actions doivent être menées simultanément.

D’une part ce secteur économique, comme les autres, doit absolument réduire drastiquement sa production de gaz à effet de serre. Le problème de l’agriculture, et surtout de l’élevage n’est pas tant l’émission de gaz carbonique que celle de méthane (CH4), un gaz 23 fois plus « réchauffant » et qui est produit en masse lors des processus naturels de fermentation (pets et rots des ruminants, ou décomposition de leurs excréments, cultures dans l’eau comme le riz), et celle de protoxyde d’azote (N2O), un gaz 298 fois plus réchauffant et qui est produit par les engrais azotés, et la décomposition des excréments. Ne tournons pas autour du pot : il faut absolument trouver de nouvelles voies pour en produire moins, rapidement.

D’autre part l’agriculture doit mieux remplir son rôle de stockeur de carbone dans le sol et dans les matières organiques. Moins de déforestation, moins de labour, plus de haies, plus d’agroforesterie, plus de compostage, etc.

Voir par exemple :

Et enfin l’agriculture va devoir s’adapter fortement, puisqu’au final le climat va de toute façon se dégrader : les cultures vont migrer, comme la vigne qui va s’implanter en Europe du nord et déserter l’Europe du sud, ou le maïs qui lui aussi ne cesse de remonter vers le nord ; on va devoir changer de culture, par exemple passer du maïs, plante du tropique humide très gourmande en eau, au sorgho, plante du tropique sec beaucoup plus sobre ; d’énormes travaux agro-environnementaux seront nécessaires, en particulier pour mieux stocker l’eau, mieux l’utiliser, et mieux la drainer ; il faudra couvrir les sols en permanence et donc fortement diminuer le labour, et planter des arbres (adaptés) partout ; probablement, dans les pays développés, changer nos habitudes alimentaires : moins de viande, plus de céréales et de légumineuses, de fruits et légumes, pour alléger la pression sur la terre ; et partout apprendre à moins gâcher…

Vaste programme, difficile et enthousiasmant. Quant-est-ce qu’on commence vraiment à s’y mettre ?

 

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Encore les insectes !

Décidément les journalistes se passionnent pour les insectes actuellement !

Vous pouvez trouver une interview que j’ai donnée sur ce thème sur le site Atlantico :

http://www.atlantico.fr/decryptage/grand-chef-propose-carte-serons-jour-contraints-manger-insectes-bruno-parmentier-710495.html

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Faim zéro : Brésil et maintenant Mexique

Il est temps de maîtriser ce concept de « Faim zéro » lancé par le président brésilien Luiz Ignacio « Lula » da Silva qui annonçait dans son discours d’intronisation : « Si, à l’issue de mon mandat, chaque Brésilien mange trois fois par jour, alors j’aurai accompli la mission de ma vie ». Ce programme a permis à 20 millions de Brésiliens de sortir de la pauvreté (ils sont passés de 28 à 10 % de la population), réduit la malnutrition infantile de 61 %, la mortalité infantile de 45 % et la pauvreté rurale de 15%, en favorisant l’agriculture locale et la consommation de produits locaux. Le Brésil est devenu une référence internationale en matière de sécurité alimentaire.

Faim zéro Brésil

 

Faim zéro : le Brésil qui mange aide la Brésil qui a faim

Les différents rapporteurs spéciaux des Nations-Unies sur le Droit à l’alimentation, Jean Ziegler et surtout Olivier de Schutter ont tenté de montrer que la mise en œuvre de ce droit est possible, et évidemment éminemment souhaitable et qu’il s’agit d’abord de mettre en œuvre les politiques nationales dans ce sens. Notons que c’est quand même incroyable qu’il ait fallu attendre l’arrivée de Lula au Brésil pour qu’un gouvernement se fixe officiellement cet objectif ! Sauf cas extrêmes du type catastrophe naturelle, éradiquer la faim, ce n’est pas d’abord un problème des paysans, des ONG, de l’aide internationale ou des fournisseurs de semences, d’engrais ou de matériel agricole, ça consiste avant tout à mettre en œuvre une véritable politique nationale ! La faim est politique, son éradication aussi.

Et bien, réjouissons-nous, cette idée simple commence à se répandre dans les esprits : ce défi Faim zéro a été officiellement lancé au niveau mondial par le Secrétaire général de l’ONU M. Ban Ki-moon en juin 2012, lors de la Conférence sur le développement durable Rio +20. Son ancien promoteur brésilien, M. José Graziano da Silva, qui est maintenant devenu directeur général de la FAO, vient de préciser à son tour en avril 2013 : « C’est principalement au gouvernement d’un pays qu’incombe la sécurité alimentaire de ses ressortissants : les objectifs du Millénaire pour le développement nous ont beaucoup fait progresser. Mais 870 millions de personnes souffrent toujours de la faim, aussi la guerre contre l’insécurité alimentaire est-elle loin d’être terminée. La seule réponse efficace à l’insécurité alimentaire reste l’engagement politique au niveau national, renforcé aux échelons régional et mondial par la communauté internationale des donateurs et les organisations internationales. Le droit à l’alimentation dans le contexte de la sécurité alimentaire nationale est désormais une base de discussion acceptée dans le monde entier ».

Les brésiliens avaient mis en œuvre un ensemble coordonné de mesures très efficaces, qui n’ont pas été étrangères au fait qu’après deux mandats, Lula soit un des seuls dirigeants politiques de la planète à avoir gardé une popularité incroyable en temps de crise et que son adjointe Dilma Rousseff, ait été élue à son tour :

  • Un système d’allocations familiales : la Bolsa Familia : 40 € en moyenne sont versés chaque mois aux femmes dont les enfants vont à l’école et sont suivis médicalement, fléchés sur les achats alimentaires. Cet argent a permis de redynamiser le petit commerce local.
  • Un programme de renforcement de l’agriculture familiale via le crédit et l’assurance, le PRONAF : bonification des taux d’intérêt des prêts pour les agriculteurs familiaux sous condition de revenus.
  • Un programme d’achat public de produits alimentaires, le PAA : la Compagnie Nationale d’Offre Alimentaire achète des produits alimentaires aux agriculteurs familiaux pour les fournir aux programmes de facilitation de l’accès à l’alimentation. Ces achats étatiques sont bonifiés de 30 % pour les productions issues de l’agroécologie, afin d’encourager ce type d’agriculture, et plafonnés pour chaque agriculteur, afin de profiter au plus grand nombre.
  • Un programme d’alimentation scolaire : le PNAE qui fournit aux élèves des établissements publics un repas gratuit, sain et adapté aux habitudes et traditions alimentaires, constitué au moins à 30 % de denrées issues de l’agriculture familiale locale achetées via le PAA.
  • D’autres instruments concernaient la gestion des risques (assurances), la régulation de certains prix, des dispositifs de formation professionnelle et de renforcement des capacités des acteurs, des systèmes de contrôle sur la qualité nutritionnelle, etc.

En ce début d’année 2013, une autre bonne nouvelle tombe (savourons-les, il n’y en a pas tant que cela !) : le nouveau gouvernement mexicain de M. Enrique Peña Nieto se lance à son tour, avec la Croisade nationale contre la faim, qui devrait toucher (dans un premier temps) 7,4 millions de personnes avec un budget de 18 milliards d’euros et un programme en 5 points :

  1. Zéro faim à partir d’une alimentation et une nutrition adéquate des personnes dans un état de pauvreté multidimensionnelle extrême et de manque d’accès à l’alimentation.
  2. Éliminer la malnutrition infantile sévère et améliorer les indicateurs de poids et de taille des enfants.
  3. Augmenter la production d’aliments et le revenu des paysans et petits producteurs petits agricoles.
  4. Minimiser les pertes post-récolte et d’aliments durant leur stockage, transport, distribution et commercialisation.
  5. Promouvoir la participation communautaire pour l’éradication de la faim.

Cruzada national contra el hambre2

Nous voulons transformer la vie de 7,4 millions de mexicains

Le Mexique, 11e pays du monde pour sa population (115 millions d’habitants) et 14e pour le poids économique, revient de loin en la matière : souhaitant profiter de sa position unique au monde, seul pays du Sud directement frontalier avec une grande puissance du Nord, il a signé un accord de libre-échange avec les USA et la Canada, une sorte d’alliance de la carpe et du lapin. Avec des salaires en moyenne 5 fois moins élevés, il a vu affluer sur son territoire des milliers d’usines de montage, qui ont créé des emplois, toujours précaires (car délocalisables en Asie à tout moment), mais actuellement bien réels. Mais le prix à payer a été de laisser également passer du Nord au Sud les camions de maïs subventionné qui ont complètement ruiné son agriculture, à la productivité 3 à 4 fois plus faible que celle de son grand voisin. Les paysans ruinés ont déserté les campagnes pour s’embaucher comme ouvriers dans les villes, et le pays est devenu fortement dépendant en matière alimentaire. Depuis 2000 ce pays a triplé ses importations de maïs et de riz et doublé celles de blé et de lait ! Les premières émeutes de la faim, en janvier 2007, ont eu lieu à Mexico, quand le prix de la galette de maïs (la tortilla), nourriture de base là-bas, a augmenté brusquement de 50 à 100 % suivant les régions, provoquant une baisse du niveau de vie de 18 % chez les mexicains pauvres…

On ne peut donc que se réjouir, tout en restant lucide : le Parti Révolutionnaire Institutionnel local a largement montré lors de ses 72 années au pouvoir que son art de la rhétorique dépassait largement sa capacité à se sortir de la corruption ! Les 5 items ci-dessus restent très généraux et beaucoup moins concrets et contraignants que ceux du plan brésilien ; de plus ce plan est déjà contesté : « L’intégration du secteur privé risque de convertir la croisade en véritable business de la faim visant à changer les habitudes alimentaires des pauvres à partir de produits très sucrés et salés, alors que les Mexicains sont déjà victimes de l’obésité », a dénoncé Patti Rundall, directrice de l’ONG Baby Milk Action.

Il reste que c’est nouveau que de grands pays émergents admettent qu’il est légitime de lutter contre la faim, et donc d’être jugés sur leur capacité à obtenir des résultats dans ce domaine. Or les résultats sont possibles, comme on l’a vu au Brésil, mais aussi en Chine, où le nombre de sous alimentés est passé de 387 à 140 millions dans les 40 dernières années, alors que sa population totale augmentait de plus de 500 millions de personnes dans le même temps.

D’autres pays d’Amérique Latine se sont lancés dans une voie proche de celle de Faim Zéro, en particulier Pérou et Nicaragua. A quand l’Inde, qui détient toujours le triste record de pays qui compte le plus d’affamés sur la planète, avec un nombre de sous-alimentés désespérément stable, supérieur à 200 millions ? Ou l’Afrique, où le nombre de sous-alimentés a été multiplié par 3 à 5 en 30 ans dans des pays comme la République démocratique du Congo, le Kenya ou Madagascar ?

Article paru le 29/4/13 sur le site Economie-Matin : http://www.economiematin.fr/les-experts/item/4533-faim-monde-programme-alimentaire-mondial

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Au Maroc, on est moins obsédé par la viande

Nous les français ne comprenons pas bien pourquoi les Maghrébins ne veulent toujours pas manger de viande de porc… Ils peuvent nous répondre légitimement qu’ils ne comprennent pas pourquoi nous sommes aussi obsédés par la viande !

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Regardons le menu d’un de nos restaurants français : on n’y parle que de viande ; on a le choix, mais entre le steak ou rôti de bœuf, la côte de veau, la grillade de porc ou le gigot de mouton, le pot au feu ou la blanquette de veau, le magret de canard ou la cuisse de poulet, la truite ou le saumon, etc. Après, ce n’est que la « garniture » ; on sent bien que le restaurateur s’en fiche un peu que vous choisissiez les pommes frites, la purée, les haricots verts, le riz ou la salade, là n’est pas l’important. Dans certains restaurants, une fois qu’on a choisi le « plat de résistance », les légumes sont même en libre-service, réputés gratuits.

Au Maroc, où je suis actuellement, pas de côtes de porc ni de sanglier rôti, soit. Mais on sent aussi que les valeurs culinaires ne sont pas exactement les mêmes. Les menus proposent d’abord le choix essentiel : couscous ou tajine  Ce n’est que dans un deuxième temps qu’on choisit l’accompagnement : légumes, poulet, bœuf ou mouton. Ce qui permet d’ailleurs de proposer du couscous ou du tajine végétarien ! L’essentiel de la nourriture est dans la « graine », pas dans la viande (même s’ils proposent de plus en plus souvent les « brochettes »…).

Et pour nous au fait, qu’est-ce qui est vraiment important, la viande ou la graine ?

 

Vendeur orange Marrakec

PS. Ah ! Le grand verre de jus d’orange frais à 40 centimes d’euros sur la place Jemaa el-Fna de Marrakech sous un beau soleil, ça vous change instantanément de la pluie française !

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Nouvelle version du site

Mon éditeur de site me propose une nouvelle version en ce début avril ; je vais donc tâtonner quelques semaines pour trouver le nouveau look de ce site et j’implore l’indulgence de mes lecteurs !

J’ai été un peu paresseux depuis quelques semaines ; pour vous faire patienter, voici une conférence faite récemment à l’assemblée générale des producteurs de maïs pour l’entreprise de popcorn NATAÏS www.popcorn.fr/ , un tout petit marché de niche très exigeant :

https://www.youtube.com/watch?v=gTkks6onIg8

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Revoir deux émissions radio et télé de la semaine

 

Emission C dans l’air sur la 5 : Tripatouillage alimentaire.

Le scandale de la viande de cheval permettra-t-il de réformer l’industrie agroalimentaire ? Les jours se suivent, les polémiques se succèdent : la France découvre, effarée, la complexité des filières, l’existence de traders, la difficile traçabilité des produits. Jusqu’où iront ces révélations ? Emission d’une heure

http://www.france5.fr/c-dans-l-air/sante/tripatouillage-alimentaire-38350

Radio Suisse Romande, Emission les temps modernes sur le thème “Que mangerons-nous dans 50 ans ?” Réponse : moins de viande, peut-être plus de porc, mais des insectes…Interview de 7 minutes

http://www.rts.ch/la-1ere/programmes/les-temps-modernes/4671337-que-mangera-t-on-dans-50-ans-26-02-2013.html

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Chat sur l’alimentation et le « chevalgate »

Pour voir le « chat » que j’ai fait ce 25 février sur le site du journal « 20 minutes » :

http://www.20minutes.fr/societe/1106255-chevalgate-interviewez-bruno-parmentier-expert-agriculture-alimentation

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Voici ma conclusion :

J’apprécie que cette crise soit l’occasion (sans frais, il n’y a pas mort d’homme) que chacun réfléchisse mieux à ce qu’il mange et au rapport qu’il souhaite entretenir avec son alimentation.

Quand on achète un produit, on achète «le monde qui va avec» !

Quand on veut une barquette de lasagnes avec de la viande à deux euros, prête en 10 minutes, on achète de l’industrialisation, des appels d’offres internationaux et des chaînes alimentaires longues.

De la même manière quand on choisit à la main une par une ses pommes, puis ses prunes, puis même ses cerises, on dit au commerçant et à l’arboriculteur « je ne veux pas qu’une seule mouche se soit posée dessus », et donc, fatalement, on achète trois passages supplémentaires de pesticides pour qu’effectivement il n’y ait aucun risque d’avoir un ver dans sa pomme, une moisissure sur sa prune, ou un prélèvement de pie sur sa cerise…

Et quand on veut du poulet pas cher, il vient forcement du Brésil, près des sources de matières premières (maïs et soja) et où les salaires sont beaucoup moins élevés. On achète donc de la déforestation de l’Amazonie et du chômage en France…

L’alimentation est un des rares secteurs où l’on peut, malgré tout, avoir une influence sur ce que nous proposent les commerçants et les producteurs . Commençons donc par manger autrement, ce sera déjà ça de fait. Le bio, le local et l’équitable, pourquoi pas?

Et exigeons plus de transparence, plus d’étiquettes, et plus de police alimentaire!

 

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Qu’est-ce que l’agriculture écologiquement intensive ?

 

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On va enfin le savoir, avec le livre de référence de Michel Griffon, président de l’association pour l’agriculture écologiquement intensive, qui vient de paraître aux éditions Quae.

Une production agricole abondante est possible tout en améliorant la qualité de l’environnement. Un développement agricole durable, écologique, plus productif et équitable peut voir le jour. Michel Griffon en décrit de façon très concrète les modes d’action, pour une agriculture durable, elle-même située dans le cadre d’écosystèmes durables pour des sociétés économiquement et socialement viables.

Editions Quae, coédition association AEI, 224 pages, 24 €, Table des matières :

1.     L’agriculture écologiquement intensive, (AEI) évolution des idées et des expériences

2.     Les techniques de l’AEI

3.     L’élevage écologiquement intensif

4.     L’AEI à l’échelle d’une exploitation et d’un paysage écologique

5.     Les services écologiques et environnementaux

6.     Les conditions de réalisation de l’AEI

 

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Salon de l’agriculture, dans 50 ans

 

Texte paru en feuilleton sur le site Economie-matin www.economiematin.fr 

Le Salon de l’agriculture va fêter ses 50 ans cette année. C’est l’occasion d’observer les bouleversements considérables de notre agriculture et de notre alimentation depuis les années 60, afin d’imaginer ce qui pourrait se passer d’ici le centenaire, en 2O63 !

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Un mot d’ordre cette année : pas de cheval roumain dans mes vaches salers !

Que mangera-t-on dans 50 ans ?

Notre assiette est très différente de celle des années d’après-guerre : en particulier nous mangeons deux fois plus de viande (85 kilos par an et par habitant), deux fois plus de lait (90 kilos), plus de fruits, mais moins de légumes (total identique 109 kilos), six fois moins de pommes de terre (18 kilos par femme, 25 par homme, contre… 153 kilos en 1950 !), trois fois moins de pain (42 kilos contre 121 en 1950), et toujours trop de sel (3 kilos) et de sucre (40 kilos).

C’est dire si ce serait bien ingénu de penser que dans 50 ans on mangera pareil qu’aujourd’hui ! Notre alimentation va évoluer fortement, en fonction de deux facteurs : la Nature et la Culture.

La Nature tout d’abord, qui va en particulier réguler le marché des produits animaux : des centaines de millions de personnes y accèdent progressivement, en particulier les ouvriers chinois se mettent à la viande (on est passé dans ce pays de 18 à 60 kilos de viande depuis les années 80, pour 1,3 milliards de personnes !), et les employés indiens se mettent au lait (185 millions de bovins là-bas contre 19 en France). Heureusement les chinois ne digèrent pas bien le lait, et les indiens, qui croient à la réincarnation, ne mangent pas de viande. Mais la compétition mondiale pour les ressources végétales ne peut que s’exacerber. Car en effet, comme on aime manger des animaux à sang chaud, leur productivité est très mauvaise : une bonne partie de ce qu’ils absorbent leur sert à se chauffer et non pas à produire de la viande. Il faut de l’ordre de 4 kilos de végétaux pour produire un kilo de poulet, 6 pour le porc et 11 pour le bœuf. Au total près de la moitié des céréales produites dans le monde ne sont plus consommées par les 7 milliards d’hommes, mais par les 20 milliards de bestiaux qu’ils élèvent, et les trois quart du soja !

Donc, dans 50 ans, on va probablement produire davantage de viande et de lait sur la planète, mais… nettement moins en France ! Et déjà pour commencer, compte tenu des difficultés croissantes de l’accès aux ressources de la planète, on n’élèvera que les animaux qu’on pourra nourrir avec des végétaux français, céréales et protéines. Or actuellement nos protéines proviennent majoritairement du soja d’Amérique du Sud, lequel occupe là-bas 20 millions d’hectares pour l’élevage européen ; à terme la production de ces hectares ira probablement plutôt en Chine, ou sera transformée directement sur place.

Des constatations peu encourageantes pour les éleveurs français, dont la crise ne fait donc que commencer ! Oui, mais arrêtons-nous sur un autre chiffre : la consommation de vin, qui était encore de 141 litres par français en 1950, n’est plus que de 45 litres. Plus de trois fois moins. Est-ce à dire que les vignerons français ont disparu ? Non, malgré les difficultés (on se souvient des nombreuses émeutes dans le Languedoc), ils se sont adaptés, en nous disant en quelque sorte « t’en veux moins, alors ce sera que du bon, que du cher », et ils sont toujours là ! la destinée des éleveurs français est donc de faire pareil : « ah, vous ne voulez manger de la viande que 4 ou 5 fois par semaine, alors ce sera que du bon, que du cher ! ».

La culture se mêlera également de cette affaire de choix de nourriture. Le fait d’ingérer une tonne d’aliments solides et liquides par an à travers notre bouche n’est absolument pas anodin : nous sommes (au sens physique) ce que nous mangeons et nos sociétés se définissent largement pas leurs choix alimentaires. Or nous sommes quand même un peu inconsistants : par oral, à nous en croire, c’est assez simple, nous voulons de la « bonne » nourriture, triplement labellisée bio, locale et équitable (en en plus goûteuse, sûre, traçable, hallal, casher, naturelle, énergétique, belle, abordable, simple, pratique, rapide, diététique, équilibrée, variée, traditionnelle, moderne, exotique, etc.) ! Mais, arrivés au supermarché, nous voulons d’abord du pas cher et du vite fait ; vive le surgelé, les plats tous faits et les barres chocolatées, et à moi les quatre barquettes pour le prix de trois !

Du coup l’agro-industrie et la grande distribution nous servent évidemment du « pas cher vite fait », et ça marche, ils en vivent assez bien, et en rajoutent avec force publicités agressives. Mais ils gagneraient également à faire attention aux valeurs montantes ; d’accord en matière de bio, nous sommes, comme dans d’autres domaines, « croyants mais pas pratiquants » et, malgré une croissance notable de ces produits, nous ne mangeons actuellement que 3 % de bio ! De même le local, ça nous fait plaisir de temps en temps, mais ne représente en fait qu’une toute petite partie de notre assiette. Et ne parlons pas du commerce «équitable, qui, lui, n’arrive même pas à 1 % de nos dépenses alimentaires, malgré notre sympathie affichée pour le bon Max Havelaar.

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Mais on aurait tort de mépriser ces formes de consommation actuellement économiquement marginales, car si elles représentent peu du point de vue économique, elles ont gagné la bataille culturelle, et alimentent en fait 70 % de nos conversations. Le bio, le local et l’équitable (plus le hallal), ça sert surtout à nous faire réfléchir sur le sens de notre alimentation, dans une société à la dérive. Alors, quand à trop vouloir faire « pas cher vite fait » on oublie ce puissant mouvement culturel, on se « ramasse » à la première crise car les citoyens ne nous la pardonnent pas. Il est fort à parier que les salariés de Spanghero auront beaucoup de mal à trouver des solidarités pour sauver leurs emplois…

En 2060, ces « valeurs émergentes » auront évidemment fait beaucoup de chemin, en particulier à l’occasion des multiples crises alimentaires qui auront surgi entre temps. Au salon 2063, le bio, le local, l’équitable et les diverses prescriptions religieuses ou para religieuses sur la nourriture auront certainement gagné de nombreuses parts de marché, ainsi que tout ce qui touchera à l’alimentation-santé.

Combien dépensera-t-on pour manger dans 50 ans ?

En 1960, lorsqu’on recevait son salaire, on en consacrait le quart pour manger et un dixième pour se loger. Aujourd’hui le rapport s’est inversé, alors même qu’on mange de la viande tous les jours et qu’on gâche énormément de nourriture : 12 % pour manger et 20 % pour se loger ! Les efforts de productivité effectués par les secteurs agricoles, alimentaires et de la grande distribution ont été beaucoup plus importants que ceux réalisés dans le bâtiment. En ces temps d’après-guerre, un ouvrier au smic devait travailler 4 h 24 pour se payer un kilo de poulet, et aujourd’hui seulement 13 minutes ! Alors que lors du premier salon de l’agriculture on n’était pas si loin de la promesse d’Henri IV pour les ouvriers (« La poule au pot le dimanche »), maintenant nous rentrons dans l’ère de l’obésité (déjà 8 % des françaises et 10 % des français). On va même bientôt dépenser davantage pour ses loisirs que pour se nourrir, et effectivement nombre de jeunes économisent sur leur dîner pour se payer un téléphone portable dernier cri…

De plus, ce chiffre est à apprécier en prenant en compte que notre nourriture est de plus en plus complexe. Quand on achète une baguette de pain, on achète de la main-d’œuvre, de l’énergie, des machines, du transport, du loyer, des impôts, et, accessoirement, à peine 5 % de blé ! D’après le rapport Chalmin de novembre 2012, sur 100 € de dépenses alimentaires, à peine 8 % va au secteur agricole ! Les « vrais » chiffres sont un peu au-dessus, car nous ne payons qu’une partie de notre nourriture à la caissière du supermarché, et une autre partie, sous forme d’impôts, au percepteur. Ce dernier abonde le budget de l’Europe, qui à son tour fait un chèque aux agriculteurs, pour qu’ils continuent à livrer leur récolte à la coopérative en dessous de leurs coûts de production. Ce qu’on appelle à tort « politique agricole commune » devrait en fait s’appeler « politique industrielle commune », puisqu’il s’agit bien en dernière instance de limiter le niveau du smic en assurant que ses détenteurs puissent au moins se nourrir bon marché…

 

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Alors, combien dépensera-t-on en 2060, et combien relèvera réellement des exposants du Salon de l’agriculture ? Faisons le pari que les chiffres actuels resteront relativement stables : autour d’un dixième de salaire pour se nourrir, et autour du dixième de cette dépense pour le secteur agricole. Donc de l’ordre de 1 % de nos salaires pour les exposants du Salon ! Il faudra bien qu’ils fassent avec, et donc qu’ils trouvent, année après année, une cote mal taillée entre nos aspirations à manger par cher, et celles de bien manger… Continueront donc à coexister un marché de masse, industrialisé, mondialisé, standardisé, adapté au jeudi soir après le boulot, et plein de marchés de niches, bio, locaux, équitables, etc. pour le dimanche midi quand on recevra des amis !

Comment cultivera-t-on dans 50 ans ?

Les « productivistes » des Salons de l’agriculture avaient raison : ils ont réussi le tour de force de produire énormément de nourriture pour nous nourrir pas cher : depuis le premier Salon de l’agriculture, les rendements ont triplé en France : en matière de blé on est passé de 25 à 80 quintaux à l’hectare, et en matière de lait de 2 500 à 8 000 litres de lait annuels par vache. Les vaches héroïnes du salon 2013 n’ont qu’un lointain rapport avec celles du salon 1963 !

Oui, mais cette politique de la « révolution verte » : prélever toujours plus de ressources de la planète pour produire toujours plus de nourriture, arrive à bout de souffle. Les rendements mondiaux des céréales n’augmentent plus aussi vite qu’avant, ni aussi vite que la demande ; nous devons maintenant faire face aux conséquences de nos inconséquences : réchauffement de la planète, baisse de la biodiversité, érosion et appauvrissement des terres, pollutions diverses, etc. Mais surtout, finalement les « écologistes » avaient raison, nous touchons vraiment aux limites de la planète, et, forcément, ce sont les agriculteurs qui s’en aperçoivent parmi les premiers puisque ce sont eux qui occupent le plus de surface sur la planète. On ne peut tout simplement pas espérer utiliser toujours plus de terre, d’eau, d’énergie, de chimie et de mécanique comme on le fait depuis 50 ans ; pour les 50 prochaines années, ce sera moins ! Moins de terres, d’eau, d’énergie, de chimie et de tracteurs ! En particulier on aura le plus grand mal à obtenir des engrais, azotés car ils sont faits avec du gaz, et phosphatés car les mines vont s’épuiser ! Et l’acceptabilité sociale du recours à des produits chimiques (engrais, insecticides, herbicides et fongicides) sera de plus en plus problématique.

Deux voies s’ouvrent donc aux exposants du Salon.

Tout d’abord les OGM, ou l’art de poursuivre sans sourciller la révolution verte en intégrant directement dans les gènes des plantes les fonctionnalités qu’auparavant on confiait à la chimie. Solution massive à l’échelle mondiale puisque, bien qu’on soit au tout début de cette histoire avec « seulement » deux OGM pas terribles (quelques plantes « naturellement insecticides » et d’autres « naturellement résistantes à un herbicide total »), les champs concernés recouvrent déjà 160 millions d’hectares, soit déjà 8 fois la superficie agricole de la France, un champ sur dix cultivé dans le monde et concernent 17 millions d’agriculteurs, plus qu’il y en a dans l’Europe des 27. Que sera-ce en 2063, quand il y aura probablement sur le marché plusieurs centaines d’OGM ? Nous auront-ils sauvé la mise ou au contraire précipité dans des problèmes inextricables ? Mais, le plus probable est qu’ils ne concerneront pas l’Europe, au moins dans un premier temps, puisque sur notre continent les anti-OGM semblent pour le moment avoir gagné la bataille des idées.

Les exposants du salon parisien de l’agriculture devront donc, pour s’adapter sans OGM à une planète aux ressources fossiles déclinantes, refaire de l’agronomie. Les nouvelles frontières à explorer seront celles de l’agroécologie ou de l’agriculture écologiquement intensive, par exemple :

·     Moins de labours, ou plus du tout, pour laisser nos champs couverts 365 jours par an, aptes à capter les rayons du soleil pour fixer du carbone et de l’azote été comme hiver, et laisser la vie du sol s’organiser : vers de terre, champignons, bactéries, etc. Il est urgent de transformer les anciens laboureurs en éleveurs de vers de terre post-modernes !

·     Davantage de mélanges des plantes qui s’aident mutuellement à pousser : avec racines superficielles et racines profondes, fixatrices et consommatrices d’azote (légumineuses et céréales), repousseuses des insectes qui attaquent leurs voisines, etc.

·     Agroforesterie, pour aller chercher les éléments nutritifs à 5 m de profondeur (ce que font les arbres) et ne plus se contenter des 50 cm du maïs, avec de judicieuses combinaisons d’espèces gagnant-gagnant. Les cultures céréalières seront en quelque sorte suspendues sur un tapis de racines profondes d’arbres adaptées, et on n’élèvera plus les animaux que sous des arbres.

 

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Agroforesterie dans le Gers

·     Multiplication des haies, corridors naturels et autres habitats des auxiliaires de cultures, oiseaux, chauve-souris, insectes, petits mammifères, etc., ou pour attirer les insectes prédateurs hors des champs. Et pour fournir du bois-énergie.

·     Sans oublier les promesses du bio mimétisme ; par exemple, on verra probablement à terme au milieu des champs des boitiers émetteurs de molécules olfactives répulsives envers les insectes prédateurs ou génératrices d’auto défense des plantes…

Il est donc à parier que nos paysages ruraux, qui ont beaucoup évolué depuis 50 ans, vont de nouveau être transformés d’ici 2060 : un réseau très dense de haies, des champs couverts 365 jours par an avec des mélanges de plantes, à nouveau des animaux d’élevage dans toutes les régions de France, etc. Le salon 2063 sera « agroécologique et écologiquement intensif » ou ne sera plus ! La seule question en la matière est celle du rythme de transformation : va-t-on anticiper les catastrophes, ou bien va-t-on les attendre pour réagir ? Et celle des acteurs de cette nouvelle révolution agricole : ceux de la précédente (coopératives, syndicats, Chambres, etc., et, en fondement idéologique, la jeunesse agricole chrétienne), ou bien seront-ce de nouvelles organisations qui verront le jour, des start-up, de nouveaux réseaux, comme on l’a vu depuis quelques décennies dans la révolution informatique et Internet, qui n’a pas été faite, loin s’en fait, par IBM qu’on croyait pourtant maitre du monde et invincible dans les années 60 ?

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